J'étais en train de m'arracher consciencieusement la peau du pouce droit, en regardant furtivement la sortie de la station de métro avec le cœur qui battait à je ne sais pas combien, très vite et très fort en tout cas. Et puis, il est apparu sous mes yeux, comme ça, hop, l'instant d'avant, j'entamais l'ongle du pouce, et tout à coup, il était là. Si nous avions été dans un roman ou dans un film facile, je me serais engouffrée dans ses bras, sans réfléchir, sur une impulsion pas si soudaine puisque j'y songeais depuis l'instant où il m'avait recontactée.
Mais non, je suis restée plantée là, prenant racine, incapable de lui dire quoi que ce soit puisque mon crâne était vide et mes mains tremblantes.
Je n'arrête pas de repenser à ce moment-là quand j'essaie de m'endormir, je le revois, je ressens aussi sa tête se reposer fugitivement sur mon épaule dans les escalators montant vers la terre ferme. J'aurais dû prendre une initiative, chercher à passer outre cette paralysie transitoire. Ça me fout des frissons d'avoir été aussi passive, d'avoir manqué le milliard d'occasions qui ont pointé leurs nez.
Et comme dirait Robert : "If only is a wish too late".
