Bien sûr, je n'ai pas réussi à me dépatouiller de l'histoire précédente en évitant grimace et orgueil rabougri. Je me suis sentie si nulle quand le silence est devenu certain, sans aucune suite, en gagnant dans l'assurance de plus jamais rien savoir de lui. Je ne voulais plus y songer à nouveau, ne rien taper à ce propos, mais c'est ma gorge se serrant parfois qui me fait bien sentir que je me fourvoie.
Ce matin, Js me parlait de son amoureux qui a duré quatre ans, les yeux brillants à un moment, car malgré le temps écoulé, ça lui fait encore du mal de repenser à ce type qui l'a bafouée, qui ne lui aurait rien avoué si elle n'était pas aller le chercher. Je me dis que c'est peut-être "ça" mon histoire dont je parlerais de temps en temps les mots serrés entre les dents parce que c'est encore un peu de douleur à l'évocation. Mais elle a vécu plusieurs années avec cet homme, c'était quelque chose de potable, quelque chose qui se vit pour de vrai. Lui et moi, c'était beaucoup de mots et peu d'actes. Alors, cela pèse-t-il autant sur la balance?
Js m'a demandé combien de garçon embrassés sur la bouche? J'ai dit six moins un, parce que je ne veux même pas le citer à comparaître, il n'a jamais vraiment existé, c'était de l'attente extatique, de la folie douce à venir. Oh, bien sûr, s'il réapparaissait encore un jour, je ne saurais peut-être pas répondre de moi-même, je serais peut-être à nouveau empêtrée dans mes doutes existentielles à vouloir faire sortir coûte que coûte cette envie de l'avoir à nouveau.
Il n'y a rien à expliquer rationnellement, c'est un X file en suspens, qui n'a même pas bien fini. Je pourrais en mettre des tonnes sur lui, monologuer à l'infini en soupirant, mais comme dit Js "et puis ça passe, c'est comme tout" avec un petit claquement de langue désespéré.
Dans le lot des petites déceptions qui continuent et me rendent acides, il y aussi, encore et toujours, C. qui ne me regarde même pas quand je lui parle, qui se détourne quand j'arrive en face de lui dans un couloir au Labo et qui va au restau avec mon frère et d'autres gens. J'étais amère hier en voyant mon frère partir le rejoindre alors que j'étais habillée en pouilleuse sur le pas de la porte avec mon chien. Je suis jalouse à en crever, puis je me dis que si ce n'était qu'un quidam venant travailler l'été au Labo, m'en sentirais-je blessée? Parce que c'est ce qu'il est devenu au fil des mois, un inconnu en blouse blanche.
Je suis à nouveau pleine d'espérance pour la rentrée prochaine à savoir que je caresse l'idée de faire de nouvelles connaissances grâce à ma Carole qui vient à N. et qui est moins acariâtre que moi, revoir Ian qui va dans une école à Perpette assez souvent pour ne pas qu'il me manque. M. aussi va me manquer, nos discussions et nos verres toujours remplis, les regards de connivence sur des petits riens qui mettent du baume au cœur. Je ferais mieux de penser à elle plutôt qu'à tous ces fantômes qui ne prendront plus forme humaine avant un paquet de temps.
samedi 2 août 2008
pipeau
dimanche 27 juillet 2008
sans titre
Autre exemple, nous venons d'engloutir une montagne de frites et de moules et je ne sais plus quoi faire : prendre un chocolat liégeois ou pas?
Ian m'explicite simplement les deux possibilités qui s'offrent à moi si je me décide à commander le dessert : soit je m'exécute sans une once de remords et ne songe qu'au plaisir que je m'offre là, soit je le fais avec un arrière fond de culpabilité et je ne savoure rien. Quand il me dit ça, mon visage s'éclaire parce que, zut, L. n'a jamais été foutu d'être aussi patient avec moi quand je lui parlais de ce genre de dilemme.
Je crois que je lui ai donné un bon point pour ça, ce soir-là.
Je veux me souvenir de toute sa gentillesse envers moi, ses petits sourires quant il me dit une de ses phrases-déclarations en détournant le regard quelques secondes pour mieux le planter dans le mien ensuite. Quand il me dit "hey, souris" parce qu'il y a de quoi.
Il me rend foutrement heureuse, y a pas à dire. Alors, j'essaie de me mettre au même niveau de sincérité que lui en lui avouant le surnom qu'il prend dans ma tête quand je songe à lui. Du coup, il a pris une posture concentrée pour essayer de se faire pousser les ailes dans le dos.
Pour ne pas être en reste, il m'a dit quelques jours plus tard qu'il ne trouvait pas d'autre nom approprié que Coralie pour me définir en lui même. Il a dit que de son côté, les mots lui manquaient : "ce serait comme un grand halo de lumière qui entoure, réchauffe et apaise" mais il se voit mal m'appeler "mon rayon de lumière éthérée".
J'ai hâte de pouvoir m'endormir encore et encore à ses côtés, de le serrer à lui briser des côtes, ou de sentir ses lèvres se poser sur mes cheveux délicatement ou même de sentir ses mains sur mon visage pour qu'il puisse affirmer que ma peau est douce et que s'il était aveugle, ce serait à ça qu'il me reconnaîtrait.
dimanche 20 juillet 2008
pierre blanche
C'est sûrement parce que nous sommes encore dans l'incipit de l'histoire que beaucoup de ses paroles et de ses gestes m'émeuvent. Par exemple : ces toutes petites roses anciennes coupées à mon intention avec des ciseaux d'écolier et ramenées jusqu'à Amnellville dans une boîte à savon, quand il me dit "tout ce que tu veux" de temps en à autre et que je ne suis pas obligée de lui narrer certaines choses. Mais je l'ai fait tout de même, dans une sorte de rituel de la confidence, je lui ai tout envoyé dans les tympans à moitié en chuchotant dans le train de retour de Paris vendredi dernier. Je l'ai prévenu du ridicule du récit, le côté mélodramatique forcé mais il m'a seulement prise dans ses bras en me faisant promettre de ne plus jamais recommencer. J'ai cru voir ses yeux rougir - mais ça devait être la fatigue - puis il a pris un air sévère et a dit qu'il devait verrouiller tout ça quelque part dans sa tête.
Il demande aussi "tu me pardonnes?" au lieu de conjuguer le verbe à l'impératif quand il commet une bévue de catégorie "manque d'élégance".
J'essaie de faire des efforts, de ne pas faire seulement selon mon bon vouloir et de penser un peu à lui avant d'engager quoi que ce soit. J'ai un peu hésité avant de lui proposer qu'on se retrouve à Paris pour une journée, je ne voulais pas lui faire miroiter l'idée avant d'être sûre de pouvoir tenir ma promesse.
Ça faisait longtemps que je n'avais pas eu comme objectif de rendre quelqu'un heureux. Et il me le rend plutôt bien.
Pourtant, je n'arrive pas à lui répondre autrement que par un sourire niais figé quand il me déclare à mots couverts ses sentiments qui prennent un peu plus racine chaque jour, d'où cette impression de sombrer encore et toujours dans l'égoïsme ou quelque chose d'approchant.
mardi 8 juillet 2008
inachevé
Voilà, je reprends les journées-types d'été à Amnellville. Ça ne me déplaît pas le boulot au Labo, j'ai même eu la surprise de rencontrer C. dans les vestiaires. Il m'a serré la patte comme si de rien n'était avec son air habituel alors que j'étais en train de ricaner bêtement avec mon frère. Donc, depuis une semaine, on se croise vaguement au Labo, on se vanne vaguement à propos de petites choses mais aucune invitation à se revoir après le boulot, je n'en ai même pas envie, je ne dis pas ça pour me faire plaindre. Ça ne me gêne plus de ne plus le voir. Il ne me manque pas. C'est ainsi, c'est limpide, je n'ai plus envie de le revoir.
C'est surprenant au début, on est interloqué, on se dit que ce n'est pas possible de retourner sa veste comme ça, puis on se penche sur la question, on retourne les données du problème et la réponse apparaît sans demi-teinte.
C'est un sacré soulagement quand arrive la conclusion de l'affaire.
Mon frère s'entend très bien avec C. je suis encore un peu jalouse mais quelque chose de léger, un fin brouillard qui se dissipera d'ici peu.
Il y a Ian pour rattraper le coup, je me sens fondre quand je pense à lui, c'est physique. Il me dit de très jolies choses que je me répète en souriant benoîtement.
J'ai essayé de reprendre contact avec L. en le félicitant pour son classement mais niet, aucun signe de vie alors qu'il a envoyé un message à mon frère. Je fais "humpf" intérieurement mais je ne peux pas rejeter la faute sur qui que ce soit. Je n'aurais pas dû lui parler comme je l'ai fait mais là, aucune envie de lui lancer des excuses et qu'il puisse s'en servir pour me culpabiliser un peu plus.
jeudi 26 juin 2008
on tombe dans le mielleux
Je n'avais pas relaté ce "bonjour" presque tonitruant lancé le fameux matin très tôt. "C'était quoi ce bonjour?" m'a demandé Ian dans un demi-soupir ensuite. Et hier soir, j'ai plaqué ma bouche contre sa joue à l'improviste, ce qui a valu un "c'était quoi ce baiser volé?" étonné et inquisiteur.
Il a des petites phrases comme ça qui me touchent, paf, et qui me font sourire benoîtement. Ce n'est pas comme avec L. où je m'étais lancée les yeux fermés, à reculons, sans filet et surtout, sans grand enthousiasme. Là, non, il n'y a finalement pas de redondance, il n'a rien à voir avec L. ni même avec les précédents. Il a une fâcheuse tendance à retenir tout ce que je lui dis, tandis que j'ai bien l'impression de poser des questions sans prendre la peine d'en écouter les réponses.
Je crois que je suis en train de m'enfoncer lentement mais sûrement dans quelque chose qui en vaut la peine. Je ne peux plus dire que cette histoire peut ne durer qu'un été, qu'il peut se passer du beau avec une date de péremption définie, que je ne m'en sentirais pas lésée.
Je lui ai avoué que la première fois que nous avons discuté, je n'avais pas envie que ça se termine, j'aimais bien sa façon d'aimanter son regard ou alors ce n'était qu'un effet d'optique. Plus tard dans la soirée, j'étais un peu saoule alors j'aurais bien pu l'embrasser sur le champ. On peut dire qu'il me plaisait déjà bien, à première vue.
Il dit aussi "qu'est-ce qu'il y a? Tu es malheureuse?" deux tiers plaisantin, un tiers soucieux, et je réponds naturellement "non, bien sûr que non" parce que là, il s'agit d'une évidence.
dimanche 22 juin 2008
libre arbitre
Vautrée dans la pelouse après le concert en plein air de JC, je fais part de mes doutes à M. à propos de Ian très épris et moi qui le suis indubitablement moins. M. me dit qu'elle est pareille, elle a quelques difficultés à se plonger sans réticence dans sa nouvelle histoire.
Mais pourtant, là, je repense au visage de Ian si calme pendant qu'il dormait, quand il me sourit et m'embrasse à n'en plus finir et j'ai envie de le revoir très vite.
Ian m'a dit qu'il n'était pas "un geôlier très regardant", que j'étais donc libre de faire ce que je voulais, si je préférais voir M. à lui, pas de problème a-t-il conclu.
Ça lui rapporte un paquet de bons points ce genre de déclarations.
jeudi 19 juin 2008
voilà voilà
J'attendais ma mère sur le banc devant la pharmacie où elle travaille, le chien sagement assis à côté de moi et du banc. Une voix féminine : "alors mademoiselle, comment allez-vous?" C'était la mère de C. Je me suis levée prestement en retirant mes lunettes de soleil pour lui faire la bise, mais elle a enchaîné directement en me demandant si j'avais eu "des nouvelles de mes résultats". Ah, les résultats.
S'en est suivi une petite conversation sur C. et Lou qui restent à Reims cet été pour travailler. C'est idiot mais j'ai été soulagée de l'apprendre. C'eut été à reculons que je serais allée au Labo sinon, ne sachant pas s'ils y seraient ou pas.
Je me sens comme ces enfants qui sont accusés à tort, qui finissent en larmes quand leurs parents les interpellent et qu'ils continuent à dire en chouignant, le visage abîmé par les larmes : "mais c'est pas moi!" tandis que la mère dit d'un ton sans appel : "tu arrêtes maintenant, ça suffit."
Je n'ose pas non plus demander des nouvelles du concours de L. Mes parents me disent qu'ils aimeraient bien savoir s'il a réussi, ma mère a même dit : "je m'en fiche de ton Ian, je veux savoir comme L. s'en est sorti". Je ne me fais pas de soucis pour lui, il pourrait être dans les trente premiers que ça ne m'étonnerait pas.
Et, dans la voiture, passait une chanson de David Bowie entraînante, vraiment pas du genre à faire pleurer, et pourtant.
Des larmes de crocodiles, probablement, parce que c'est pas moi, j'ai rien fait.
mercredi 18 juin 2008
Got got du aaah
Petits bouleversements, on peut employer ce mot pour résumer ces dernières semaines? Allons-y.
Je me sens étrangement bien, sûrement parce que j'en ai fini avec ma deuxième année depuis hier dix-huit heures. Enfin, fini jusqu'à ce que je sache le nombre de matières que j'aurai à repasser fin août, il ne faut pas se leurrer sur ce coup-là. Je suis bien ennuyée car "il" (Je ne sais pas comment je vais surnommer ce nouveau personnage) m'a fait remarqué que je vais devoir réviser mes cours en rentrant du Labo cet été, je n'avais pas encore réflechi à cet aspect du problème. Mais, pour le moment, ça importe peu, je viens de rentrer chez moi à Amnellville, demain, je vais récupérer Sioux au chenil après dix jours de réclusion.
Pour Ian (nommons-le ainsi) je n'aurais pas cru que ça irait si vite, ça ne fait qu'un mois que j'ai fait sa connaissance et nous avons déjà passés une nuit nus l'un contre l'autre, sans que je pense à personne d'autre que lui au moment présent, ce qui est plutôt de bon augure. Enfin, j'avais imaginé cette éventualité, l'occasion faisant le larron, mais je ne pensais pas que je parviendrai à lui susurrer à l'oreille, à cinq heures du matin pendant que les oiseaux commençaient à siffloter : "tu veux dormir avec moi? "
Quand il est parti en fin de matinée, il m'a lancé un regard qui "en disait long" avant de disparaître dans les escaliers, j'en aurais presque eu des frissons, je me sens responsable de quelque chose. Il est déjà très attaché à moi, j'en suis flattée mais ça me fait un peu peur. A la rentrée prochaine, il ne sera plus à N. mais il ne faut pas trop se poser de questions, nous verrons bien.
Hier soir, après le restaurant japonais tous les deux où j'ai été obligée de prendre une glace car je n'avais pas eu assez de mes sushis/maki/sashimi, nous sommes allés chez Cl. boire des bières jusqu'à en avoir la tête qui tourne. C'était amusant, je n'ai plus trop songé aux partiels médiocres, sans voir le temps passer, je n'arrêtais pas de caresser ostensiblement mais discrètement sa jambe alors que jusque là, nous nous effleurions avec grand peine. Nous sommes ressortis de chez elle à quatre heures bien tassées bras dessus bras dessous comme s'il ne voulait plus jamais me lâcher. Enfin, c'est le genre de trucs qu'on veut bien croire. Et donc, arrivés en bas de chez moi, impossible d'arrêter de l'embrasser, de ressentir ces frissons sur la peau du ventre, le serrer contre moi et ne plus penser qu'à ça.
J'ai l'étrange impression parfois de sortir d'une léthargie, à être presque en faute de ne plus être avec L. d'avoir trouvé quelqu'un que je connaissais ni d'Ève ni d'Adam et qui me plaît grâce à cette somme de détails anodins qui font que.
J'avais envie de noter ces dernières vingt-quatre heures parce qu'elles contiennent un peu de cette nostalgie de fin d'année.
Il y a aussi ML auquel je songe souvent, je tiens beaucoup à ce lien que nous avons créé en quelques mois, je me sens à l'aise avec lui comme si je le connaissais depuis des lustres. Je peux lui dire tout ce qui me passe par la tête sans que ça ne l'ennuie et c'est bien.
Parce qu'évidemment, je fais parti de ces gens qui tirent toujours la conversation à eux.
lundi 9 juin 2008
histoire de
Il faisait bon sur la terrasse tout à l'heure, signant la fin d'une journée paisible à Amnellville. Ce matin, en sortant de la douche, je me suis aperçue ça va faire six mois que je n'ai pas revu en chair et en os C. et compagnie. Ça me fait un petit quelque chose mais je ne peux pas généraliser le constat à toute la bande, il y a encore Ju qui m'a envoyé un sms dernièrement et qui ne semble pas me garder rancune ou rancœur pour quoi que ce soit. Je ne comprends pas encore bien pourquoi on pourrait me garder rancune pour des décisions qui ne concerne que moi en grande partie. J'aimerais pouvoir affirmer que je ne leur en veux guère, mais non, moi aussi je suis rancunière. Je ne sais pas comment ça va se passer cet été, si j'en croiserais certains au Café d'Amnellville ou pas, si je m'arrêterais quelques instants ou pas pour faire semblant de prendre de leurs nouvelles.
Je suis heureuse de reparler sincèrement à Cédille. La journée que nous avons passée ensemble à N. la dernière fois était un bon moment. La différence par rapport à nos discussions d'il y a trois ans, c'est que nous parlons de sexe ouvertement, sans que je me sente mise au rebut, j'ai l'impression d'avoir perdu une partie de ma pudeur. On s'esclaffait grassement sur le banc du petit parc à côté de chez moi, avec Sioux qui attendait sagement de repartir.
Globalement, je me sens satisfaite des dernières semaines écoulées, je ne sais plus à quoi ça tient mais ça me semble solide malgré le flou.
vendredi 6 juin 2008
hey! been trying to meet you...
C'est toujours étrange, cette impression de retomber doucement, cotonneusement dans la réalité ensuite. C'était pourtant la même ville, les mêmes trottoirs sous les pieds, les mêmes terrasses couvertes mais il y avait peut-être un regard neuf à poser sur tout ceci.
Ce fut ma foi très agréable, je ne trouve pas d'autre qualificatif, j'ai beaucoup aimé ne pas me poser de questions en attendant contre le mur de l'hôtel quatre étoiles, à juste attendre et bien voir la suite.
Il y avait encore cette sorte de certitude de connaître la personne alors que non, ce n'était que du vent jusque là, des mots qui ont rebondi aux quatre coins de je ne sais combien de satellites avant de pouvoir atteindre leur cible.
Je n'avais pas envie de me demander comment ça allait se dérouler, comment me comporter et que déblatérer en cas de gros silence. C'était de l'improvisation, à la va comme je te pousse et c'était bien.
Mais, il y a bien ce retour seule avec le parapluie à carreaux insistant bien sur le fait que c'est fini, que chacun retrouve son coin de rideau de velours rouge sombre derrière lequel se cacher pour jouer son rôle. Encore une affaire de train qui s'éloigne, avec en bonus trottoirs humides et chaussures neuves dans un sac plastique.
dimanche 25 mai 2008
procrastination is checking your emails
Ou alors, il existe une solution alternative : croire en l'amitié fille-garçon, un sentiment calme et sans ambiguïté que j'ai connu autrefois. Parce que ce n'est pas de lui ou de lui dont j'ai envie, même ce garçon auquel j'ai demandé mentalement le numéro de téléphone dans le tram, c'était juste pour alléger l'atmosphère.
AR aussi semble intéressé par ma personne, je me sens entourée d'une aura attractive ces jours-ci, et pourtant, je m'endors toujours aussi seule le soir. J'ai juste envie de discuter avec de nouvelles têtes, rire un bon coup et écouter des discours différents.
mardi 20 mai 2008
ahead
Il y a des petites choses à raconter, je n'y tenais pas trop jusqu'à maintenant, c'est tellement redondant. Le jeune garçon qui m'a fait les yeux doux au barbecue de samedi à Amnellville s'est avéré être lui aussi à N. en prépa compliquée. Du coup, je me suis sentie un peu faible, j'ai pensé "après tout, pourquoi pas une bière? "
Je reviens donc de la terrasse venteuse et non pas ensoleillée, j'ai allumé cinq cigarettes avec des allumettes, c'est un garçon bien agréable, nous avons tenu une discussion sans blanc alors qu'il paraît qu'il est timide lui aussi. Il n'est pas comme Yann qui essaie d'impressionner (laisser une marque sciemment) il est plus charmant. Après le deuxième verre, en me regardant dans le miroir aux toilettes, je me suis demandée si j'avais envie de l'embrasser sur la bouche. J'ai pensé à ma voisine qui gémissait encore dimanche soir à n'en plus finir, j'étais vraiment frustrée sur ce coup-là, même avec de la musique à fond (Elliott Smith n'était pas forcément le meilleur remède) la claque ne passait pas.
Mais même avec quelques centigrammes dans le sang, je n'ai pas tenté de me coller contre lui, je n'ai pas cherché à fermer les yeux et à tendre mon visage vers lui, je me suis dit qu'il souffrirait trop, le pauvre, s'il savait.
lundi 12 mai 2008
bla bla bla
En pensée, je lui parle, je lui adresse des phrases tartes comme : "j'aimerais juste savoir où on en est" alors qu'il n'y a rien à répondre à ça. Je pense à ses coups d'œil furtifs dans ma direction sur le quai du métro, l'observation de sa personne des pieds à la tête pendant que je le pouvais encore.
Encore et toujours l'étreinte à laquelle je n'ai pas su répondre d'office, sans réfléchir. Sa description du manque, ses mots doux que je n'espérais plus.
Il y a l'affiche avec le mot "engrenages" et j'aimerais bien pouvoir affirmer qu'il s'accorde à la situation. Je me dis que ça ferait bien, ça en jetterait.
Jeter quoi, on ne sait pas.
dimanche 11 mai 2008
pablo picasso never got called an asshole
D'accord, il faut admettre que ça va depuis quelques temps. Comme s'il était vraiment utile de faire un état des lieux des hauts et des bas qui se succèdent à un train fou. Je bois du thé glacé, de l'eau glacée et des bières fraîches en bonne compagnie pour résister à l'étuve qui perdure.
Il ne reste plus qu'un petit mois de cours, une semaine de révisions puis les partiels. C'est donc déjà la fin de ma deuxième année. Je n'en reviens pas. Avec Cl. on fait nos petites vieilles, on se répète, incrédules : "déjà? "
On ne fait plus de bilans, calmement, c'est usant. Un peu marre de récapituler et de ne pas projeter grand-chose vers l'avant.
Donc, depuis cet épisode de mauvaise humeur sans bonne raison apparente, ça va. On m'a téléphoné pour que j'arrête de geindre, j'ai bien ri, merci. Je suis même allée chez Cl. un soir pour boire des blanches et fumer des blondes, moi qui n'osais pas jusque là par peur de l'ennui et du chemin de nuit. J'ai tiré quelques bouffées sur ses cônes savamment roulés, mais la braise n'a pas tenu assez longtemps pour que j'en ressente un quelconque effet.
Et là, je m'apprête à descendre chez mon frère pour manger une pizza et ça me met toujours de bonne humeur, une pizza.
samedi 10 mai 2008
blancs
Je vais essayer d'arrêter de relire, m'y reprendre à deux fois, me remémorer la meilleure manière de faire que je n'ai pas su employer. Je vais essayer de me moquer du qu'en dira-t-on et de garder la tête haute en traversant les terrasses bondées. Et aussi, trouver une certaine forme de sérénité et de confiance et la garder intacte plus longtemps pour ne plus me retrouver ratatinée à n'importe quel sujet.
jeudi 8 mai 2008
21.
C'était une belle journée chaude comme celle d'aujourd'hui. Je m'en souviens avec beaucoup de détails. J'étais heureuse, pleinement satisfaite de moi-même : avoir enfin réussi ce concours!
Je suis montée à la fac nimbée de ma victoire pour vérifier les classements officiels au tableau d'affichage, L. m'accompagnant. Je me souviens de son mi-sourire après avoir fini ma conversation téléphonique avec Cl., il n'a pas éclaté de joie, alors que j'avais envie de crier tellement j'étais contente. Mais en inversant les rôles, si j'avais été dans l'attente de mes propres résultats, sachant que lui avait vaillamment réussi son concours, aurais-je su exploser de joie pour lui? Est-ce dans mon tempérament, l'empathie débordante?
Il était probablement trop tiède pour moi, je ne vois plus ça comme explication globale au trait tiré il y a quatre mois maintenant.
Je repensais au soir où il est venu chez moi, quand je suis revenue à N. après les vacances de décembre, quand je n'avais plus envie de lui, après avoir remué dans ma tête tout ce qui me déplaisait chez lui pendant de longues heures, à me demander si je pourrais encore continuer, si ce serait mieux avec ou sans lui?
J'étais dans mon bain, c'était ma période "tout est prétexte à un bon bain", il s'est assis à côté de la baignoire, m'a regardée avec son fameux mi-sourire encore une fois, et m'a demandé s'il pouvait se joindre à moi. Ca été très difficile de cacher mon désarroi à ce moment-là, je suis nulle en compromis, je ne sais pas mentir facialement, je lui ai bégayé que je ne préférais pas, la baignoire étant trop étroite, tu comprends? Son mi-sourire a pris une teinte contrite, il avait peut-être compris à ce moment-là que je ne voulais déjà plus de lui, dans la baignoire ou autre part.
Il y a aussi eu le soir après la fin, après le restaurant italien partagé avec mon frère et Laura, la première soirée à quatre moins un, quand j'avais décidé de lui expliquer la deuxième partie de la raison qui a fait que. Il était venu chez moi après mon coup de fil larmoyant, il voulait que nous discutions face à face. Je pleurais encore à son arrivée, mais un peu moins fort, juste pour être sûre qu'il ne resterait plus de larmes coincées plus tard. Nous avons donc eu cette explication, c'était difficile à exprimer à voix haute mais ça s'est fait. Il est reparti sans dire au revoir. J'ai mis cinq minutes à trancher : j'avais besoin d'un bon bain.
J'ai laissé couler l'eau de haut, pour qu'elle glougloute bien fort, que ça annihile mes pensées comme qui dirait, pour que le bruit de petit torrent me berce. Ce doux son me fait souvent repenser à cette douche avec X, serrée contre lui, avec l'eau qui gargouillait en atterrissant dans le creux formé par nos deux corps collés.
Je n'ai entendu l'insistance de la sonnette que tard, la baignoire étant déjà bien remplie. Je suis sortie dégouttante pour lui ouvrir, à lui qui revenais sur ses pas pour une fois. J'ai laissé la porte de la salle de bain entrouverte, pour ne pas qu'il croie que je ne voulais plus lui parler (c'était souvent des "pour pas qu'il ne croie que" au lieu d'exprimer à voix haute ce que je pensais) mais lui n'a pas osé y pénétrer, il n'avait plus l'autorisation d'observer ma nudité, comme si la gêne pudique du début était revenue en quelques jours.
Je l'ai revu de très loin, tôt hier matin, en promenant le chien. J'ai tourné la tête et ai remarqué cette silhouette qui m'observait. J'ai mis un quart de seconde à le reconnaître, temps suffisant pour qu'il détourne le regard et se remette en chemin, dans la direction opposée à la mienne.
J'aime les ciels bleu limpide mais pas que le soleil tape contre les vitres et transforme mon petit appartement en chaudière. Puis, je repense à des instants, des impressions, des souvenirs tassés et j'ai un frisson qui descend le long de mon dos.
jeudi 1 mai 2008
et pourtant
Hier soir, j'avais des phrases en tête pendant que je pleurais, je pensais à des expressions solennelles comme l'historique des sables mouvants et qui ne veulent rien dire.
Peut-être le manque de sommeil depuis dimanche, le cycle menstruel, toujours est-il qu'en pleine rue hier soir, avec Sioux au bout de la laisse, j'ai commencé à pleurer, je suis restée à l'orée de la crise le temps d'arriver à l'appartement. Ne pas se donner en spectacle, pauvre fille qui pleure en pleine rue.
Et, dans les faits, je ne saurais pas faire l'historique des sables mouvants. J'ai passé trois jours obnubilée par le chien, ses promenades, sa bouffe, j'ai occulté le reste. J'ai séché quelques heures de cours parce que le prof était narcoleptisant, j'ai fumé quatre cigarettes juste pour le style, à la fenêtre, et aussi hier soir parce que j'étais mal mal mal.
Ces trois derniers jours, j'ai mangé peu alors que pendant la quinzaine amnellvilloise j'enchaînais goulument les bons repas maternels et les gâteaux à la crème de la boulangerie.
Hier en début de soirée, quand je commençais à avoir ras-le-bol de relire des cours, M. m'a téléphoné. C'est très bête, je savais que mon moral commençait à chuter mais je n'aurais pas songé à prendre l'initiative de l'appeler. J'avais peur de fondre en larmes en lui parlant, le truc bateau à éviter. Surtout que je n'aurais pas pu lui expliquer le pourquoi du comment.
En rentrant de la promenade du soir, après les larmes intarissables et les sanglots baveux, mon père m'a téléphoné aussi. Il était tard pourtant. Il m'a demandé ce que je comptais manger ce week-end, comme s'il s'inquiétait à ce propos alors qu'il ne peut pas savoir que je n'ai presque rien mangé ces derniers jours. Il m'a dit que j'avais l'air taciturne, je lui ai confié mes craintes qu'un chien méchant non attaché saute sur Sioux un mauvais jour.
Je me souviens de mes rêves de cette nuit, il y avait un mail de X qui me disait à nouveau qu'il ne voulait plus de moi, qu'il n'avait plus besoin de moi. Alors, je souriais narquoisement en le lisant, je me disais "je m'en doutais, ce n'est pas grave, ce n'est rien" il fallait bien que ça revienne un jour alors qu'au fond j'avais envie de crever comme un vieux ballon pour ne plus être triste à ce point. C'est impressionnant comme les ressentis peuvent sembler réels dans les rêves parfois. Il y avait L. qui me montrait des photos de lui et moi, son grand-père en haut d'un escalier me regardant d'un air grave "dis-moi que ce n'est pas vrai, que tu n'as pas fait ça" et moi qui descendais l'escalier en lui souriant, le rassurant "mais non".
Alors ce matin, j'avais les paupières gonflées, la gueule de travers en me remémorant ces rêves et les pleurs d'hier soir. Je me suis levée prestement pour aller marcher dans les rues vidées avec mon chien, il n'y avait personne pour l'effrayer (il a peur des bus et des véhicules nettoyeurs de la ville, des affiches avec des visages humains, des gens qui crient et sifflent et de la foule en général).
samedi 26 avril 2008
what am i supposed to say?
Là, je sais pourquoi j'ai le vertige. Il me manque quelqu'un, une présence, un corps à serrer. Ce serait si simple que n'importe qui me convienne, que je n'aie pas besoin de chercher, de prendre le premier venu, lui faire les yeux doux et l'attirer à moi. Mais ce n'est pas mon truc, les tours de passe-passe bas de gamme.
sans titre
J'aimerais bien être dotée d'une longue-vue en permanence, être un peu plus perspicace quoi.
J'aurais dû me douter qu'en déversant toutes mes confidences dans une oreille humaine attentive, il y aurait des répercussions, des liens se créant, une amitié voire des sentiments. J'éprouvais le besoin de m'épancher, j'aurais dû faire sans, comme à mon habitude, tourner en rond en guettant la bonne sortie.
Je commence à m'accrocher à ces conversations, je suis contente d'avoir quelqu'un à qui parler sans ambages, de tout et de rien.
C'est un anonyme au début, un neutre qui ne demande rien et puis, tout se chamboule, sans qu'on ne puisse plus freiner le processus. Pour le moment, il n'y a rien de répréhensible à cela mais je suis douée pour imaginer tous les mauvais présages.
J'en ai assez du gâchis, des relations tronquées parce que cela vaut mieux.
vendredi 25 avril 2008
s'il ne fallait retenir que les guillemets
Bon, on dit qu'il faut que j'assume. Accepter ma propre médiocrité. J'ai du mal.
Je ne prends pas de résolutions, je ne les énonce pas parce que je m'en voudrais si je ne m'y tiens pas. J'en ai quelques unes pourtant. Je n'aime pas faire des efforts, je préfère me laisser aller quelque soient les humeurs qui me maintiennent à flot.
Et là, il ne faut pas boire la tasse.
On pourrait croire que je fais exprès d'être un jour rose et un autre sombre. J'aimerais bien que ce soit le cas.
"J'avais envie de me mettre à sangloter mais quelle raison avais-je de le faire? J'avais passé l'âge de pleurer et puis j'avais expérimenté trop de choses. Il existe en ce monde une détresse qui se passe de larmes. Je n'avais personne vers qui me tourner pour expliquer cela et, même si j'avais pu l'expliquer, c'était le genre de choses que personne ne peut comprendre. Cette détresse, incapable de changer de forme, pouvait seulement continuer à s'amonceler tranquillement sur mon cœur comme la neige par une nuit sans vent. "
La fin des temps, Haruki Murakami
memory's not life
Une nuit en pointillés, sans souvenirs des rêves.
Je n'aurais pas beaucoup révisé pendant ces quinze jours, pour diverses raisons non valables. Cet après-midi, j'aurais vraiment voulu être capable de me plonger dans les cinq dernières pages du cours que je survole depuis une semaine, mais non. J'ouvre mon portable, tombe sur des clichés en noir et blanc que je trouve beaux et décide donc de déterrer mon âme d'artiste incomprise en les croquant. Résultat plus que passable, ça ne va pas comme je veux, j'abandonne à mi-chemin. Mais, je suis tout de même satisfaite d'avoir eu cette envie de dessiner quelque chose.
Je suis troublée par cette phrase jetée en fin de conversation virtuelle, je me demande si j'en étais la destinataire légitime mais lui ne rebondit pas à ma surprise. Bon. J'en prends note.
Ils me disent que je suis très jolie, belle demoiselle et tutti quanti. Va pour la rime. Je suis flattée, mon ego se remplume, du coup, je n'ai plus les cinq mots bloqués dans mes pensées. Et de les avoir sortis de ma tête, ne serait-ce qu'en les tapant sur mon clavier m'a allégée. Ils n'avaient plus lieu d'être, tellement ils étaient grossiers une fois dehors.
Cet après-midi, je suis restée deux heures assise par terre sur la terrasse à lire encore un Haruki Murakami. Il faisait terriblement bon, j'étais bien.
mardi 22 avril 2008
just say yes
Ce soir, je me sens parfaitement bien. C'est toujours comme ça quand je reviens d'une discussion avec M., on parle d'elle, de son couple en cours, de beaucoup de choses et je me sens utile.
Elle me dit : "c'est fou, je n'arrivais pas à mettre des mots sur ce qui n'allait pas, et grâce à toi, c'est à peu près clair. Je te dois combien Sigmund?"
Donc, encore une fois, rien n'est grave, je suis sereine, je devrais pouvoir ramener Sioux à N. dimanche, je lui montrerai la ville, on discutera longuement, il comprendra que je suis un peu folle lui aussi, mais au moins, je me sentirai moins seule.
Je touche un mot à M. à propos de C. la déception, la trahison presque. On en connaît tous une, un jour ou un autre, on s'en souvient avec plus ou moins d'acuité. Mais là, je me dis que ce n'est pas grave, il ne faut pas s'y arrêter. Je tenais beaucoup à cette amitié avec C. j'étais contente d'avoir une confidence à partager avec lui, j'étais heureuse de pouvoir lui dire que je reparlais à mon amoureux d'antan. Comme une andouille. Lui n'a rien compris, n'a pas vu à quel point je serais heureuse à nouveau dans ses bras, entière, pleine, tout ce que vous voulez. C'est stupide dit dans ces mots mais je sais tout ce que je ressens pour lui, je me sens trépigner d'impatience, il va déborder de tout ce trop plein lui aussi quand je pourrais à nouveau le saisir dans mes bras, entre mes jambes, dans mes pensées, partout.
Alors voilà, ma vie c'est un peu une chanson mièvre stupide quand je suis bien mais il faut que je la conte. Je suis satisfaite de mon sort, on ne m'aura pas joué de mauvais tour aujourd'hui.
dimanche 20 avril 2008
soit dit en passant
J'ai envie de parler de quelques anecdotes, mais je ne trouve pas les mots, le bon ton.
Ici, je me laisse glisser dans une tristesse languissante, il n'y a pas beaucoup d'histoires drôles. Je ne suis pas toujours comme ça mais il m'est nécessaire de passer par cette case pour pouvoir poursuivre.
Si je n'avais pas oublié encore une fois mon carnet à N. je n'exposerai rien ici. Je n'ai plus envie d'exhiber mes phrases sans intérêt, j'ai de nouveau cette envie de disparaître.
J'ai fait un rêve étrange cette nuit, je ne m'en serais pas souvenue si je ne n'avais pas été à moitié réveillée par le froid dans la chambre. Quelqu'un enfonçait lentement mais sûrement une dague au niveau du sternum de mon frère. Je me disais que ce n'était pas possible d'enfoncer cette lame avec autant de facilité avec l'os en dessous. Je ne sais plus si c'était moi qui tenais l'arme.
Il y a quelques nuits, c'était mon père qui décédait et quelqu'un avait critiqué l'hommage partiel que je lui avais rendu à son enterrement. Je pense deviner la raison de ce rêve : ce soir-là, j'en avais un peu marre de courir partout pour rendre service à tout le monde dans la maison et qu'on ne se rende pas compte du mal que je me donne pour que personne ne manque de rien à table. Alors, ma conscience a dû me travailler et me punir pour cet agacement mal placé. Je me comprends.
Nous avons parlé de C. à midi, mon père a été quelque peu virulent à son égard. Je ne me sens même plus déçue par lui, son retournement de veste inopiné et son silence radio depuis deux mois. Je pense que je l'ai idéalisé, j'ai fait de lui mon meilleur ami parce que j'étais mal en terminale et il n'y avait qu'à lui que je parlais. Mais était-il à la hauteur de ces confidences? Maintenant, j'en doute. Je ne veux plus penser aux ragots disséminés, je ne me souviens plus exactement de leur teneur, c'est sans importance aujourd'hui.
Enfin si, ça doit jouer, enclencher ce mécanisme qui m'anéantit petit à petit. Ce sont tous ces détails amoncelés qui font que je me sens si mal parfois. Mais ce n'est pas grand-chose,
Je suis encore allée voir M. chez elle, quand JC son petit ami était là. Elle me dit que je ne dérange pas, qu'il faut que j'arrête de faire mon Amnell à me sentir toujours de trop. Mais tout de même, ce n'est pas normal d'être toujours là entre eux deux, ils vont en avoir ras-le-bol à un moment donné.
Et puis, hier soir, M. m'a dit "ah oui, c'est vrai, c'est dans ces moments-là qu'on sent notre différence d'âge", rapport à un journaliste (dont je ne me souviens plus du nom) mort il y a tout juste dix ans et qui m'était inconnu. Plus tard, elle s'est aussi demandée à haute voix si c'était elle qui était en retard dans sa tête ou moi qui suis trop mature pour qu'on s'entende si bien. Je lui ai assuré que c'était moi qui étais trop en avance sur mon âge.
jeudi 17 avril 2008
20.
Hier, ça allait déjà moins bien, j'avais perdu de vue mes résolutions de ne plus chouigner pour rien. Mais, je n'en ai pas parlé à haute voix avec la principale concernée, elle n'aurait pas compris, elle n'avait pas envie d'être importunée au moment donné. J'ai parlé de cette petite injustice à mon frère et Laura dans l'après-midi, quand nous étions allés prendre l'air frais. Mon frère a promis qu'il essaierait de faire des efforts dorénavant. Laura a compris ce que je pouvais ressentir, j'ai pensé je n'affabulais peut-être pas. Mais c'est terrible de ne pas être capable, parfois, de laisser dire, de fermer les écoutilles. Ma mère ne se rend pas compte qu'elle peut être blessante envers moi. Elle agit un peu comme je le faisais avec L. Je ne veux pas relater ces petits faits parce qu'ils ne méritent pas d'être remémorés. J'agis ainsi quand je ne veux pas me souvenir, je ne l'écris pas. Jusqu'à ce que le vide-mémoire soit saturé et qu'il se fissure.
Cet après-midi, une promenade dans le silence, le ciel gris, le vent faisant gémir les branches dans la forêt triste. Il y avait longtemps que je ne m'étais pas aventurée si loin dans ces bois. Je me suis cachée à un moment pour voir si Sioux se retournerait et partirait à ma recherche me voyant disparue. Ça n'a pas manqué. Je le ramènerai donc dans dix jours à N. et advienne que pourra. J'ai demandé à diverses personnes ce qu'elles pensaient de cette idée, mais je voudrais juste qu'elles me disent ce que je souhaite entendre. Je n'aime pas qu'on n'abonde pas dans mon sens, qu'on trouve quelque chose à redire à mes actes. M. a finalement changé d'avis sur cette question car son petit ami a lui aussi un chien qu'il trimballe partout alors elle pense que ce n'est pas si fou comme idée. Mon frère et Laura l'ont vu pour la première fois cette semaine et même Laura a trouvé qu'il avait une bonne tête.
Mon frère et Laura vont emménager pour de bon ensemble chez lui. Ils repartent demain à N. pour le déménagement. Ça ne modifiera pas grand-chose car Laura était plus souvent chez mon frère que chez elle. Je les envierais presque, de savoir qu'ils sont heureux ensemble, sûrs d'eux. J'avais fait remarquer à L. à quel point ils semblaient heureux quand ils étaient ensemble. J'avais déjà vu cette douceur dans le regard pour deux couples jusque là. Laura a pourtant ressenti des doutes à la rentrée de septembre dernier et m'en avait fait part. Je connais bien les défauts de mon frère, il faudrait d'ailleurs que j'arrête de le critiquer à tout bout de champ.
Je me souviens de ma première rencontre avec Laura à la maison, je revenais du barbecue d'anniversaire de G. un type avec qui je pensais m'être trouvée des atomes crochus en première, et ami de la bande de L. Je sentais le rosé et le vomis car j'avais eu la bonne idée de boire sans rien manger. C'était aussi cette nuit-là que j'ai eu mon premier rapport sexuel avec L. Quel romantisme. C'est un peu représentatif de toute l'attention que je lui portais. Je ne me souviens pas de m'être comportée avec lui comme mon frère et Laura, ou C. et Lou. Ces longs regards tièdes, cette connivence dans les moindres gestes.
Il aurait certainement parlé d'un appartement tous les deux pour l'année prochaine. Je ne me voyais pas du tout habiter avec lui, je lui aurais mené une vie d'enfer parce que les choses n'auraient jamais été à mon souhait. A chaud après notre séparation, le lendemain, il m'a déclaré que j'étais incapable de m'engager encore, que mes parents passaient avant lui, c'était évident.
Alors là, je n'arrive pas à conclure : ces réticences étaient-elles dues à une certaine forme de peur lâche ou était-ce parce que je ne l'aimais pas assez? Mais quelle importance aujourd'hui?
Je suis contente d'avoir renoué avec Cédille, on discute de tout et de rien comme autrefois. Je ne me sens plus rabaissée face à elle, j'ai pris conscience de mes atouts en trois ans et sais en user de temps à autre. Du coup, je ne me sens plus en confrontation, c'est plus sain.
"Qu'est-ce que j'avais donc perdu? Je réfléchissais en me grattant la tête. J'avais perdu beaucoup de choses, c'est sûr, si j'en dressais une liste détaillée, ça remplirait sûrement un classeur d'université. Il y avait des cas où je m'étais dit sur le moment que ça n'avait pas d'importance, et où je l'avais amèrement regretté ensuite, et dans d'autres cas c'était le contraire. Il me semblait que j'avais passé mon temps à perdre des choses, des gens, des émotions. Les poches du manteau symbolisant ma vie étaient pleines des trous de la destinée, et aucune aiguille, aucun fil ne pouvait plus les raccommoder. En ce sens, si quelqu'un avait brusquement passé la tête par ma fenêtre pour me crier : "Ta vie n'est qu'un zéro!", je n'aurais pas eu grand-chose à lui opposer."
La fin des temps, Haruki Murakami
lundi 14 avril 2008
feeling good
Ça ne se passe pas trop mal pour le moment à la maison, il faudrait que j'arrête d'appréhender le pire. Mon frère ne peut plus dire que je suis grosse puisque j'ai perdu un peu de poids, alors il dit que je vais perdre mes doigts à force de les rogner. Mais ça reste bon enfant, je ne le prends pas mal. Je me dis qu'il ne faut plus prendre les choses comme ça, en plein cœur, faire comme si c'était des badineries, s'il parlait tout à fait d'autre chose.
Je n'ai pas révisé depuis trois jours, pourtant, j'ai essayé cet après-midi, à la table du salon avec Laura qui a aussi des partiels bientôt, mais impossible de me concentrer. Je retombe sur mes bulletins de notes du lycée en fouillant dans mes tiroirs à la recherche de feuilles de brouillon. Je me remémore l'exploit du bac, les notes incroyables dans les matières scientifiques, il y a eu un miracle il y a trois ans, je ne vois que ça.
Je relis mes journaux intimes, je replonge dedans, je ne me souvenais plus de ces écrits, je ne me souvenais plus à quel point j'étais amoureuse. Du coup, je me dis que malgré tout, je ne me trompe pas, il y a eu sentiments, ils ont perduré en flottaison, en jachère pendant ces années et ils sont de nouveau à portée de main, je ne peux pas me leurrer. J'aimerais bien me dire que ce n'est pas plausible comme histoire au vu des faits, que j'ai dû me monter le bourrichon, mais je me souviens si bien maintenant.
J'ai beaucoup parlé de moi ces derniers jours, il semble que j'accaparais la conversation en mon sens, ce n'est pourtant pas dans mes habitudes. Ça m'a fait du bien d'avoir un regard extérieur à l'affaire, quand j'ai l'impression de sombrer un peu.
Je suis allée voir M. ce soir chez elle, il y avait son éventuel futur petit ami. C'était amusant, une fois qu'elle a refermé la porte sur lui, elle a chuchoté "alors tu en penses quoi?" et puis on a discuté de tout et de rien pendant deux heures, en buvant un punch et allumant trop de cigarettes. C'est fou à quel point on se ressemble, je l'apprécie de plus en plus. Elle m'a parlé de ses anciens petits amis, des périodes où ça n'allait pas, où elle se tapait la tête contre la baignoire et je lui ai dit "tiens j'ai fait ça aussi" et elle m'a dit d'un air goguenard "ça fait du bien hein?" mais elle avait bien plus de raisons que moi de tourner en bourrique, c'était du harcèlement moral qu'elle subissait, il m'aura juste suffi d'une petite déception amoureuse (R.) pour en venir là. J'ai une tendance à laisser les choses prendre de l'ampleur pour peu, pour peu qu'on me souffle dessus, je vois une tornade.
J'attends encore une réponse, j'attends qu'il me souffle du chaud ou du froid. S'il faut que je lui prouve par écrit à quel point je tiens à lui, pas de problème, je dois avoir les ressources, tant pis si ça aura été en vain, j'aurais essayé.
Ce soir, rien n'est grave.
samedi 12 avril 2008
points de vue
Hier soir, mon père m'a dit qu'il ne fallait pas travailler dans l'optique d'attendre une quelconque reconnaissance face au travail bien fait parce que c'est déjà tomber dans un travers que de souhaiter une telle chose. Quand nous avions déjà abordé ce sujet la dernière fois, je pensais qu'il entendait par là qu'il est inutile d'espérer de la gratitude.
Ça me fait penser à Fabien qui m'a demandé si on a la vie qu'on mérite. Si je demandais ça à mon père, il me dirait que s'imaginer méritant de quelque chose est déjà excessif, qu'on ne peut pas mériter quoi que ce soit si on se place dans cette optique. Alors, il faut continuer son bonhomme de chemin sans trop se poser de questions.
Mon père, il est content quand je lui ramène des chocolats ou des bouquins de N. ou quand on lui offre de beaux verres à bière avec mon frère, il veut à tout prix trouver la place de mettre un bassin dans notre minuscule jardin à Amnellville. Il m'a demandé si je pouvais lui trouver un magazine traitant des "plantes aquatiques et petits jardins" parce que ce n'est pas parce qu'on manque d'espace qu'il faut oublier l'esthétique.
J'ai fait un tour ce matin pour lui trouver cette fameuse revue mais peine perdue. Il était un peu peiné quand je lui ai relaté cette déconfiture. Par contre, j'ai déniché le bouquin que Maman m'a demandé parce qu'elle m'a dit s'ennuyer un peu en ce moment.
Je pense que mon père est d'un optimisme increvable, il ne conçoit pas qu'on puisse se sentir déprimé parfois. Quand Maman n'est pas bien, ce n'est pas à lui qu'elle se confie parce qu'il ne comprend pas où elle veut en venir, il pense qu'il ne faut pas s'arrêter à tous ces petits tracas, c'est accorder une importance qu'ils ne méritent pas, voilà un peu comme il raisonne.
Maman repense souvent à son passé, on ne peut pas l'en blâmer, elle essaie de ne plus trop y penser mais la plupart du temps, ses rêves sont peuplés de tous ces êtres qu'elle a laissé derrière elle il y a une vingtaine d'années. Elle se souvient avec netteté de son enfance, c'est de plus en plus flagrant avec les années qui passent, ça l'effraie, ce n'est pas un bon présage selon elle. Il faut tenter d'occulter toute cette grisaille, quand je la sais triste, je me sens stupide parce que je n'ai pas de quoi me plaindre.
vendredi 11 avril 2008
sans titre
Hier soir, M. m'a téléphoné, m'a raconté qu'elle avait acheté un guide pratique pour voir la vie en rose ou quelque chose d'approchant. Dedans, ils disaient qu'il faut bien être conscient que notre rectum n'est pas plus laid que nos oreilles. Bon, elle ne m'a pas donné le contexte parce qu'elle ne s'en souvenait pas mais c'est une information capitale à prendre en considération. Elle me dit qu'il ne faut pas trop rire non plus parce qu'elle essaie d'y croire à son bouquin. Ca me rappelle Maman qui en avait acheté un et qui avait écrit sur les dernières pages "suis-je malheureuse? heureuse? les deux?" alors je ne me moque pas.
Quand j'ai décroché, je lui ai demandé : "ça va?" et elle a évité de répondre pour aller directement au "et toi?" je connais ce genre de tactique puisque je l'utilise aussi alors j'ai reposé la question jusqu'à ce qu'elle avoue que ça n'avait pas été la joie pendant la journée mais qu'au moment où on parlait, ça allait mieux. Elle n'avait pas l'air de vouloir se confier alors j'ai laissé glisser.
Elle m'a redemandé si c'était ok pour le camping dans le Jura, je ne vois pas ce qui pourrait contrecarrer ce plan donc je lui ai confirmé ma présence. On demandera aussi à K. qui bosse aussi au labo l'été et qui est cinquième année de médecine. M. me dit qu'il faut qu'elle apprenne à allumer un feu de camp, je lui réponds que je sais entretenir un feu de cheminée, j'ai acquis la technique depuis le temps, mais qu'en allumer un sans la cheminée autour serait sûrement une autre affaire.
C'est amusant, l'été dernier, on se racontait nos vacances chacune de notre côté, elle, avec son coup arrangé par une copine à Marseille, qui s'étaient terminées sur une embrouille avec l'amie en question et moi avec L. C. et Lou qui ne s'étaient pas déroulées merveilleusement bien. Nous ne nous connaissions pas vraiment, elle m'avait l'air sympathique mais je me disais qu'elle ne me trouverait rien de bien intéressant puisque de dix ans sa cadette. Et finalement, cet été, nous sommes allées boire des verres après le boulot, on s'est raconté nos vies un peu, et du statut de "je suis avec une collègue" quand quelqu'un lui téléphonait en ma présence, je suis devenue "je suis avec une copine".
C'est aussi grâce à elle que je peux surveiller mon père quand il est au Labo, elle me raconte les vannes qu'elle lui envoie pour le décoincer un peu, il me les rapporte aussi à sa manière et ça me fait rire.
Cet après-midi, deux heures de cours avec celui que Cl. et moi surnommons affectueusement Papy. Lui aussi il m'a fait rire avec ses mimiques, son humour pour alléger les choses, sa sagesse inexprimée. J'aime bien les gens comme ça, qui ont des histoires à raconter, j'aime bien l'écouter nous expliquer la physiologie cardiaque, je comprends quand il dit que c'est "formidable" par moment, j'aimerais bien que tous les profs soient comme lui.
Ce week-end, je rentre à Amnellville avec mon frère et Laura, j'espère qu'il ne sera pas d'humeur petit con parce que je n'ai pas envie de perdre pied d'une manière ou d'une autre (comprendre : en lui arrachant les yeux ou en fondant en larmes devant tout le monde). Il ne comprend pas que ses remarques censées être comique au dixième degré ne font que me blesser et ne m'aident en aucun cas. C'est sa manière à lui de dire qu'il faut prendre les choses avec détachement, il me balance de grosses vacheries que je suis censée prendre avec le sourire.
mercredi 2 avril 2008
introspection
2.
Passé une mauvaise nuit, j'avais sommeil pourtant, vers 22 heures, plus envie de lire, l'attention n'y était plus. Alors, éteint la lumière pour rêver d'un monde meilleur. 22 heures 45, mon portable sonne, c'est un message d'Aurore qui remplace les "o" par des zéros, me demande si je vais bien, qu'on ne s'est toujours pas revues en tête-à-tête depuis le temps qu'on se l'était promis.
Bien.
Réveillée à nouveau vers 1 heure alors que je pensais qu'il devait être 3 heures au moins. Plus sommeil, pas envie d'allumer la lumière mais je m'y résous tout de même. On ne fait pas toujours ce qu'on veut dans la vie. Mon père m'avait redit hier quand on se promenait avec le chien que la vie est faite de renoncements, ce qui ne m'arrange pas vraiment.
Plus tard, de retour à la maison, il lit la quatrième de couverture du livre qu'il vient d'emprunter : "Et tant d'autres que domine le vrai (peut-être) héros hamsunien, le rêveur Bärdsen qui passe son temps à "philosopher" sur la vanité de l'existence et l'indifférence du destin." C'était bien tourné alors je me suis dit qu'il fallait que je le note.
Passé une bonne journée en compagnie de mon père hier, j'essaie de faire comme lui, de ne plus me départir de mon calme et d'arrêter de balancer des grossièretés pour rien.
3.
Je viens de bloquer l'accès de ce blog à quiconque, autant dire qu'il perd toute utilité ainsi, mais j'aime bien ce support, plus coulant que mon carnet papier alors allons-y donc.
Confrontation à propos de Sioux avec Maman encore hier soir, juste avant d'aller au concert. J'avais repoussé les paroles jusqu'au dernier moment, une véritable appréhension à l'idée de devoir remettre le sujet sur le tapis. Elle qui avait arrêté de bouder depuis que je lui avais dit que j'abandonnais l'idée samedi matin s'est remise en rogne évidemment. Elle m'a dit des trucs blessants même, je n'ai rien répondu parce que c'est inutile dans ces cas-là, il faut juste qu'elle répande son désaccord de tout son soûl. Elle ne comprend absolument pas l'intérêt du chien dans un si petit appartement, ni même l'intérêt du chien quelque soit la surface habitable.
Ce qui m'a fait changer d'avis (encore une fois) c'est quand ma tante m'a dit que personne n'était jamais venu pour voir ce chien parce que trop vieux (6 ans). J'étais persuadée que quelqu'un d'autre s'en occuperait si ce n'était moi. Alors il tourne en rond et devient un peu taré dans sa cage. Je me suis dit que c'était trop bête, d'abdiquer comme ça pour quelque chose qui me tient vraiment à cœur, j'ai envie d'essayer sur ce coup-là, quitte à subir les foudres maternelles.
Papa m'a soutenue jusqu'au bout, c'était presque amusant, samedi il a tiré la tronche lui aussi parce que ça n'allait pas au Labo et en plus il était énervé que ce soit toujours ma mère qui ait le fin mot de toute histoire. Quelque chose d'inédit se tramait là : la rébellion paternelle.
Il était proprement crevé samedi soir d'ailleurs, il ne parlait même pas, même pas pour raconter une blague nulle. L'heure était grave alors je ne l'ai pas ennuyé, je lui ai juste servi une bonne bière fraîche avec des tartines de trucs pour l'engraisser. Il m'a raconté dimanche matin que c'était un foutoir pas possible au Labo cette semaine vu qu'ils sont en train d'installer leur nouvelle machine censée leur faire gagner du temps mais qui le fait seulement rentrer à point d'heure pour le moment. Je n'aime toujours pas le savoir comme ça sous tension constamment, il fait encore des insomnies, je n'aime pas ça du tout.
Dimanche, journée de départ à N. pas fait grand-chose, promené une heure avec mon père le matin, et puis sieste-coma l'après-midi parce que je conduisais à l'aller pour N. et deux insomnies d'affilée m'avaient rendue vaseuse comme après une cuite.
Dimanche soir, concert deux pianos "La symphonie n°9 de Beethoven retranscrite pour deux pianos par Liszt" tout un sacré programme. Ça faisait longtemps (bien un an) que nous étions pas allés à un récital et c'est ce programme alléchant qui nous a décidés tous les trois, malgré le retour plus que tardif sur N. qu'il imposait. Interprétation par JPL (mon ancien prof de piano) et MPS (une dame de soixante-dix ans qui était la prof de mon prof dans le temps).
Je n'avais pas revu JPL depuis un an environ, je lui avais téléphoné quand j'avais eu mes résultats du concours en juin parce que je savais qu'il serait content que je lui donne des nouvelles. Dix ans de cours ça crée des liens, surtout en terminale quand je me suis acharnée sur mon piano comme une perdue (j'avais envie compris que c'était intéressant à travailler).
Il est arrivé sur l'estrade flottant dans son costume de concertiste, des lunettes sur le nez que je ne lui connaissais pas, les cheveux passés à la cendre. Je me souviens quand il m'avait demandé il y a trois ans si je mangeais correctement, il s'inquiétait vraiment pour moi. C'est à mon tour maintenant. Je ne sais pas combien de kilos il a perdu, on aurait dit un croque-mort. Il n'a pas perdu sa passion ardente pour l'histoire du piano et nous a raconté la transcription de la symphonie, il a toujours cette voix posée et douce, pourtant il semblait très nerveux, une nervosité sous-jacente que je ne lui connaissais pas. Peut-être à cause de la silhouette maigre et de son visage changé.
Ensuite, ils se sont installés tous les deux chacun à leur clavier, MPS avait l'air très calme, un visage presque inexpressif, insondable. Elle ne bougeait presque pas le buste en jouant, c'était incroyable l'aisance qui se dégageait d'elle, comme si c'était évident, et pourtant, une telle maîtrise. Comme si elle était sur une machine à coudre. (J'ai dit ça à Maman après le concert et elle s'est exclamé : "j'ai pensé exactement la même chose! Une machine à coudre! ")
4.
Après le concert, mon père, ce rêveur, pensait qu'on aurait le temps de passer au chenil pour chercher Sioux et ensuite repartir pour N. (ce qui rallongeait le voyage d'une petite heure). Il était 21 heures quand nous sommes rentrés à la maison donc c'était cuit. Je ne voulais pas que mon père arrive à trois heures du matin à Amnellville. Je suis égoïste mais jusqu'à un certain point. (Parce que je n'ai pas de voiture et il n'y avait plus de train passé 21 heures pour rentrer sur N. alors, pour le récital de piano, mon père avait décidé de sacrifier une partie de sa nuit pour faire l'aller-retour Amnellville-N. soit 3 bonnes heures à bonne allure).
Donc, ça retarde encore ma période d'essai avec le chien à N. mais il ne faut pas désespérer.
Ce soir, cinéma avec Laura parce que j'avais deux billets réduits valables jusqu'à aujourd'hui. "Chasseurs de dragons" parce qu'il n'y avait que ça de moins pire dans la programmation. C'était pas mal du tout, pas ennuyeux ni trop neuneu. Enfin, ça l'était sûrement un peu mais pas assez pour me marquer.
Laura et mon frère s'entendent comme larrons en foire, ils rient pour rien, mon frère est un peu fou comme le reste de la famille et raconte toujours n'importe quoi. Ils m'ont parlé de la soirée de gala de l'école de Laura. Je me suis sentie un peu exclue, envieuse. Enfin, je dis ça, mais si j'y étais allée (enfin, à n'importe quelle soirée étudiante) je me serais sentie mal-à-l'aise et j'aurais eu une furieuse envie de me tirer de là. Comme au repas de promo en septembre où Cl. et moi, dans un grand désir d'intégration, avions décidé de nous rendre puisque nous n'avions pas fait le week-end d'intégration (justement) qui semblait avoir soudé déjà pas mal de groupes. Cl. étant aussi à l'aise que moi face à des semi-inconnus, le résultat ne fut pas très probant. Elle connaissait vaguement deux filles un peu populaires alors nous nous sommes retrouvées à leur table, avec un groupe de gais lurons. Grosse impression de faire les groupies cruches. Cl. n'arrêtait pas de dire que nous aurions dû picoler plus que ça avant d'y aller et j'ai trouvé que c'était le comble du pathétique. L'alcool désinhibe mais fait aussi vite oublier les vagues conversations tenues alors non, je n'ai pas regretté de ne pas être venue avec trois verres de plus dans le nez. Et puis, je ne tiens pas l'alcool.
Il avait une soirée en boîte après ce repas de promo, et dans un grand élan de désespoir, nous y sommes aussi allées. Pour en ressortir une demi-heure après.
C'est donc ainsi que je n'ai jamais réussi à me noyer dans cet esprit de corporation "on se connaît tous on est tous potes youpi". Avant la rentrée de septembre, je pensais que les choses se feraient facilement, sans heurt mais la nature en a décidé autrement. (Ça me fait repenser à Cl. cet après-midi qui disait justement : "la nature n'aime pas le vide." )
5.
J'aimerais bien pouvoir dormir un peu plus chaque nuit. Je suis encore sous tension, je me réveille par soubresauts, vérifiant l'heure prestement comme si j'avais quelque chose de mieux à faire que dormir.
Tiens, je me souviens tout à coup d'une bribe de rêve : Aurore avouait m'avoir envoyé ce sms l'autre soir alors qu'elle avait fumé ou bu. Ce qui est très probable dans la réalité. Le reste de mes songes est diffus, j'arriverais peut-être à les capter précisément plus tard dans la journée.
Avant d'ouvrir les rideaux opaques, je me doutais qu'il y avait un beau ciel bleu limpide (je suis très intelligente parfois) et je suis bien contente de ne pas m'être trompée. J'ai du mal à croire que l'hiver est bientôt fini, la pluie et les longues nuits, bientôt la fin de cette année universitaire. Cet été, je ne partirai nulle part, depuis trois ans c'était Lubéron avec L. A chaque fois, j'étais rentrée un peu déçue parce que tout ne se passait pas comme je l'aurais souhaité. Surtout les matinées oisives à attendre que les autres se lèvent, je trouve ça vraiment dommage de ne pas se lever le matin.
Hier soir, pendant le film, je pensais à mon amoureux et à toutes les choses que j'aimerais lui faire. Je pense pas mal à des scenario de retrouvailles mais jamais quand j'ai un clavier sous la main alors ça se perd dans les circonvolutions de mon petit cerveau. Et puis je ne les écrirais certainement pas ici, même si ce blog ne sera probablement jamais ouvert au public, sait-on jamais.
6.
Je repense à mon comportement au quotidien avec L. ces deux dernières années, une fois passé le stade de la réflexion sur "que va-t-il penser de moi si j'agis ainsi" je suis devenue petit à petit une insupportable chieuse. Je ne sais pas comment il faisait. Vraiment. Et pourtant il m'aimait. Je ne vois pas beaucoup de véritables bons moments passés avec lui, je lui avais déjà fait la réflexion que je n'arrivais pas à me souvenir exactement de ce qui s'était passé de flagrant durant ces trois dernières années. C'est vrai que c'était deux années de concours pour moi et je l'ai lâché quand j'ai enfin réussi.
Quand je vois Laura qui rit des pitreries de mon frère, leur franche complicité, je me dis que c'est ce qui nous faisait défaut en partie. L. a toujours été taciturne et je ne suis pas d'une nature très joyeuse non plus, sauf exception. Alors ça ne pouvait pas coïncider bien longtemps. Je m'ennuyais aussi beaucoup. Enfin, je crois. Il n'était jamais enthousiaste, parfois j'ai des sautes de bonne humeur et un rien me met en joie et lui me regardait d'un air "imbécile heureuse".
Il est vrai qu'il était très gentil avec moi, patient, me poussait à faire des choses dans lesquelles je n'osais pas m'engager (des trucs tout bêtes comme essayer une robe parce que je me trouve disproportionnée et donc moche, aller à des mini-soirées chez son frère quand il était à N. lui aussi) mais je ne me voyais plus vivre avec lui. Ces prises de tête à propos de rien, quand je voulais rentrer à Amnellville voir mes parents et qu'il restait à N. et puis sa manière de me faire culpabiliser l'air de rien "je dis ça comme ça, ce n'est pas très grave, mais quand même" ça me met en boule ce genre de trucs. Si tu as quelque chose à me dire, on en parle clairement et pas à demi-mot. Bon après, c'est encore mon foutu caractère qui me fait voir ses petites phrases de cette manière, je focalise certainement trop sur les détails mais ce n'était plus possible.
Et aussi, un gros problème : la satisfaction sexuelle. Nous sommes sortis ensemble sur arrangement d'une amie commune, nous ne nous connaissions pas en tant qu'amis avant de nous embrasser sur la bouche, c'est allé peut-être trop vite. Et j'étais sa première fois au lit. J'avais très envie de recommencer à faire l'amour parce qu'avoir connu ça quelques mois auparavant m'avait ouvert des horizons insatiables. Nous avons donc attendu un mois avant d'acheter une boîte de préservatifs. C'était un délai assez court quand j'y repense, mais les caresses réciproques n'étaient plus suffisantes, j'en voulais beaucoup plus.
Mais ça n'a jamais été comme je l'aurais souhaité. Encore un problème de perfectionnisme et d'insatisfaction permanente. Il s'en rendait compte et en avait honte, il complexait à propos de ça. Je pense que je simulais beaucoup, comme si ça pouvait aider à atteindre le niveau supérieur.
Alors, même si je n'y pensais pas consciemment quand l'idée de rompre a germé, ça a dû jouer. Je n'ai pas connu beaucoup d'hommes au lit, peut-être que ça ne sera plus jamais comme les premières fois, qui sait?
7.
La première fois que L. m'a prise dans ses bras, il m'a dit que j'étais toute maigre. C'était ma solution à l'époque pour montrer que je n'allais pas bien, je mangeais des fruits et buvais du café et du thé. Il a bien fallu que ça cesse à un moment, ça ne tournait vraiment plus rond là-haut. Je ressortais de ma première histoire d'amour, comme on ressort d'une pièce sur la pointe des pieds, peut-être? En fait non, je n'en suis jamais vraiment ressortie, j'y refaisais des incursions, je furetais à la recherche des souvenirs, j'écoutais à la porte pour avoir de ses nouvelles, pour savoir comme lui s'en sortait.
Au lendemain de cette "histoire", je m'étais mis en tête qu'il fallait que j'arrête mes enfantillages, c'était devenu dépassé. Ça ne le ferait pas revenir de me noyer dans ma mélancolie alors j'ai cherché autre chose pour occuper mes pensées. Je me suis mise à travailler avec acharnement mes morceaux d'examen de piano et aussi mon bac parce que je le sentais mal parti celui-ci.
J'espérais toujours cependant, c'était la carotte qui faisait avancer mes âneries. J'aurais bien voulu qu'il me dise qu'il m'avait menti, que j'étais une fille comme les autres, que c'était un beau salaud, que son regard en coin, presque peiné par avance au restaurant n'était que mensonge lui aussi, qu'il m'avait trompée sur toute la ligne. J'aurais pu, par une alchimie facile, faire tourner les sentiments au vinaigre et le détester pour tous les bons moments passés ensemble.
8.
Les premières fois, allongés sur son lit mezzanine, je regardais les coins du plafond et j'avais sûrement un air pas net sur la tête alors L. se doutait bien qu'il y avait anguille sous roche. Je n'étais pas douée pour cacher ce qui me tracassait alors il m'a demandé à plusieurs reprises s'il y avait quelque chose à expliquer. Je ne voulais pas parce que ça n'aurait rien changé et puis, il a bien fallu lui raconter qu'il n'était pas le premier, que j'en avais connu un autre avant lui, que c'était impossible de m'en détacher encore.
Quand nous avions prévu de nous voir en tête-à-tête la première fois, j'étais réticente, ça allait trop vite, je ne voulais pas recommencer une autre aventure, revivre la même déception qu'avec R. qui avait été l'élément déclencheur en septembre. J'avais pleuré et hurlé toute seule chez moi quand R. m'avait téléphoné pour me dire qu'il n'avait plus envie de m'embrasser le prochain matin au lycée. J'avais appelé C. juste après ça, mais j'étais incapable d'articuler de l'intelligible alors je me suis affaissée contre le mur en riant et pleurant en même temps, je lui ai dit que R. ne voulait plus de moi, C. m'avait demandé si ça allait et je riais comme une folle. Entre deux rafales, je lui dis que ce n'était pas grave, que j'allais m'en sortir. Ça ne faisait que trois jours que nous nous tenions par la main au lycée, que je l'avais embrassé éperdument dans le couloir de l'appartement de C. au vu et au su de tous. Quand nous étions retournés dans le salon, les regards goguenards ont fusé, incrédules. On ne me pensait pas comme ça, capable d'enserrer R. entre mes cuisses, ma langue enroulée contre la sienne, en apnée. Je me souviens de son odeur, sucrée, j'aimais beaucoup me plonger dans son cou pour m'y noyer.
Alors une autre histoire lycéenne en suspens, à ne pas savoir quand il se déciderait lui aussi à me dire qu'il ne voulait pas continuer à m'embrasser, je n'en voulais pas. Mais, je ne pouvais plus espérer non plus retrouver mon amoureux de décembre alors je me suis dit qu'on pouvait tenter, sans trop y mettre les pieds, avec une marge de sécurité. Et ça a duré plus de trois jours, j'ai eu le temps de me retrouver allongée à côté de lui, à regarder le plafond de sa chambre avec obstination.
Je me souviens, je sortais d'une répétition de théâtre un mercredi après-midi, j'étais dans les toilettes quand j'ai reçu le sms de confirmation de L. pour une première entrevue. Je m'étais demandée où ça allait me mener tout ça, il ne fallait pas que je m'écroule, je m'étais promis de ne plus céder à la faiblesse. Alors, un verre, d'accord, mais gare à l'avancée trop précoce en terrain inconnu.
J'ai reporté mes craintes sur L. alors qu'il ne m'avait même pas encore effleurée, j'étais prête à déguerpir au premier signe. Pourtant, R. et L. étaient très différents mais la méfiance était de mise, en toute circonstance.
9.
Après, quand le temps a fait son affaire, je considérais L. comme acquis et je me disais que j'aurais tout le temps plus tard de me consacrer à lui. Je ne faisais pas d'efforts pour le surprendre, me laisser dorloter par ses petites attentions sans lui en rendre beaucoup. C'est peut-être pour ça que je ne me souviens pas d'avoir passer de moments inoubliables avec lui. Je m'enterrais dans une routine, n'en était pas satisfaite mais incapable de pointer du doigt ce qui n'allait pas.
Contrairement à mon amoureux de décembre que je me suis mise à aimer sans m'en apercevoir, petit à petit, j'ai commencé à sortir avec L. parce que l'occasion se présentait, sans que je ne le connaisse vraiment, sans qu'il y ait aucun sentiment d'entrée de jeu. On ne s'était pas donné un premier rendez-vous pour devenir amis, nous en étions conscients tous deux, alors quelques jours après, quand il m'a attendu à la grille du lycée, on s'est embrassé parce que ça allait arriver tôt ou tard. (J'ai toujours eu beaucoup de mal avec les premiers baisers, j'attends que l'autre fasse le premier pas, je n'aime pas m'avancer en premier, j'ai peur. C'est pour ça que j'ai été incapable d'embrasser mon amoureux à la gare la dernière fois. )
Je me souviens du début de notre histoire, quand nous étions encore à Amnellville avec le bac à préparer. Après, ça s'estompe et devient gris.
A notre séparation, il a dit dans un demi sanglot que je ne l'avais jamais aimé, qu'il y avait toujours eu le premier amant interposé dans l'histoire. C'est vrai que j'y repensais parfois car c'étaient de très beaux souvenirs, mais je n'aurais jamais pensé que ça pourrait reprendre, comme un feu de cheminée reprend quand on souffle dessus en inhalant un bon paquet de cendres.
10.
L. m'a envoyé un message cet après-midi me faisant remarquer que je suis plutôt avare en nouvelles. Notre dernière conversation m'avait vexée et je n'avais aucune intention de réitérer mes avances amicales si c'était pour recevoir des reproches.
Les dernières fois qu'on s'était vus, (avec quel statut d'ailleurs? ancien amant? ancien petit ami? hypothétique futur ami?) c'était encore pire que lorsqu'on était ensemble. Aucun sujet de conversation pour rompre le silence qui aurait pu régner si je n'avais pas mis de la musique. Ça aussi c'était un problème, cette incapacité chronique à savoir discuter. Je m'énervais à propos de rien et cassais ses arguments ou alors nous n'avions strictement rien à nous dire. Et quand il était venu un midi manger chez moi (j'habite à côté de sa fac alors je lui avais proposé de venir déjeuner chez moi comme avant) c'était glauque, je n'avais rien à lui dire.
Il me dit qu'il planifie ses vacances, je n'ai pas osé lui demander avec lui il partait cette année bien que je meure d'envie de le savoir. Sûrement la même bande que d'habitude. Cédille m'avait fait remarquer quand j'étais venue chez elle que c'était à mon tour d'être une exclue de leur groupe. Mais je m'en fiche un peu d'eux en entier, il y avait juste C. qui était mon ami depuis des années et qui maintenant ne m'adresse plus la parole. Les autres, je ne m'y étais jamais attachée, c'était les amis de L. et ils ne sont pas devenus les miens.
J'avais écrit un cahier de vacances le premier été, j'avais collé des bouts de papiers de couleur sur la couverture, avais rempli les pages de quelques crobards et des trucs mièvres dont j'ai le secret. Je lui disais qu'il pourrait le montrer à sa prochaine petite amie et qu'ils se fendraient bien la poire en le relisant tous les deux. Même trois mois après le début, je n'y croyais toujours pas trop, bien qu'on soit parti une semaine dans le Lubéron dans la maison de ses parents avec C. Lou, JP, Céline et Lucas. D'ailleurs, ça me fait repenser que j'étais partie une nuit marcher seule avec Lucas dans les rues du village et aux alentours, nous étions revenus vers deux heures et quand je suis remontée dans notre chambre en construction dans les combles, il m'avait dit que ce n'était pas très gentil de ma part de lui faire un coup pareil, qu'est-ce que je penserais s'il me faisait la même avec une amie à moi, partir en vadrouille la nuit? Je ne voyais pas de quoi en faire un drame, il aurait pu me rendre la pareille, ça ne m'aurait pas blessée.
Ça m'amusait de lézarder avec Lucas, je ne me sentais pas enchaînée à L. je voulais faire ce qui plaisait, sans me soucier de rien. Je ne l'aimais pas encore vraiment (enfin, aujourd'hui, je serais bien incapable de dire à partir de quand ça a été le cas. Ça me semble très loin.) et je ne pensais pas qu'il pourrait être blessé. Il était déjà bien accroché à moi par contre. J'étais sa première véritable amoureuse il faut dire. (Je lui avais dit le soir où il était venu chez moi après la séparation parce que j'avais fondu en larmes au téléphone qu'il était arrivé trop tard, qu'il n'avait été que le deuxième. )
Je me souviens aussi du soir de ce premier été où nous avions pas mal bu que nous avions fait l'amour toute la nuit ou une bonne partie, j'appuyais mes pieds contre les grosses poutres du toit pour me tenir à quarante cinq degrés, toute une technique. Je crois que c'est une des rares fois où c'était bien. (C'est vrai que c'était pratique que cette mini-chambre soit basse de plafond.) Le lendemain matin, les autres nous regardaient de travers, moi avec ma grande naïveté je pensais que j'avais réussi à modérer un peu mes cris, mais apparemment pas. Nous étions insouciants, je me fichais pas mal de savoir comment il me verraient après ça.
11.
L'autre jour, voyant l'état de mes deux pouces, mon frère a poussé des cris d'orfraie horrifiée. Il est vrai que depuis la semaine pré-partiels, ils n'ont pas fière allure. C'est comme des languettes flanby, dès qu'il y a un petit bout de peau qui dépasse, il faut que je l'arrache, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de petite languette. Ca peut aller loin, presque jusqu'au pli interphalangien, mais bon, ça me calme.
Depuis toute petite, l'école primaire, je me ronge les ongles, pas au sang comme certains acharnés, mais je ne supporte pas de voir le blanc de l'ongle repousser. Pourtant, quand on a huit ans, on ne peut pas être "stressée". Ah si, mon instit me traumatisait avec ses devoirs impossibles que je faisais exécuter par mon frère et mon père parce que je n'y comprenais rien. J'avais la trouille de retourner à l'école avec des devoirs non faits. Mais à part en CM1, ma scolarité enfantine s'est toujours bien passée, les instits m'aimaient bien parce que j'avais une bonne bouille. Sauf la fois où j'étais arrivée en retard un après-midi parce que j'étais allée m'acheter des bonbons avec une copine, et la directrice de l'école m'avait mis à un mot dans le carnet de liaison à faire signer par les parents. La honte.
Dans le tram hier après-midi, il fallait donc que j'arrache ce bout de peau qui dépassait, ça irait mieux après. La fille assise à côté de moi, voyant mon pouce sanguinolent après ça m'a proposé un pansement mais je ne l'entendais pas à cause des écouteurs. Je l'ai remerciée et répondu que j'avais des mouchoirs. Un garçon dans le bus à Amnellville il y a quelques années m'avait aussi proposé un mouchoir quand je m'arrachais la peau du dos de la main (jusqu'à en arriver au stade du presque-lichen plus tard, j'en garde une petite cicatrice blanche).
Mon prof de piano aussi s'inquiétait à propos de ça, de mes pouces mangés qui m'empêchaient de jouer correctement parce que ça me brûlait un peu et je mettais des traces de sang sur le clavier parfois.
Cl. m'a fait remarqué il y a quelques jours que ça allait pourtant mieux ces trucs d'arrachage de peau depuis quelques temps, m'a demandé ce que vont dire mes patients quand ils verront l'état de mes mains?
Au stage infirmier de septembre, j'avais encore les doigts bouffés et ça me piquait quand je me lavais les mains dix fois par jour au soluté hydro-alcoolique. Ça me fait repenser au papy un peu déprimé et qui parlait tout doucement et que les infirmières et aide-soignantes ne prenaient pas le temps d'écouter parce qu'il parlait tout doucement et lentement. Je le voyais tous les matins, prostré sur son fauteuil, s'escrimant à comprendre le mécanisme d'accrochage de la ceinture anti-chute pour parkinsonien. J'avais essayé de lui expliquer mais c'était compliqué pour moi aussi à comprendre. C'est comme ça que je me suis arrêtée un peu plus longuement dans sa chambre (je n'avais pas grand-chose à faire dans le service puisque je ne savais rien faire) et je l'ai écouté me parler de lui, ça partait dans tous les sens, il me racontait qu'il allait pêcher avec son père quand il était petit et que son gendre est allergologue, que médecin c'est un beau métier. Je lui répondais que pour le moment, je n'en étais qu'au début et il me souriait au-dessus de ses lunettes. Je le prenais par le bras pour le faire marcher un peu dans le couloir, au début, il avait besoin de son déambulateur et après il se tenait juste à moi. Je venais l'aider à se coucher quand j'étais du soir et passais toujours lui dire au revoir quand je quittais l'hôpital. Il me faisait un peu penser à mon grand-père paternel que je n'ai jamais connu, le visage long et mince et les cheveux blancs. Petit à petit, il me souriait en me voyant le matin, m'a demandé mon prénom et s'en souvenait presque. Je lui serrais la main le matin et je lui demandais comme il allait. J'avais l'impression de servir à quelque chose, au lieu de traîner dans le bureau des infirmières à les écouter et à les regarder préparer leurs traitements.
Je faisais les toilettes avec les aides-soignantes. Avant le stage, ça me rebutait, le stage infirmier se résumait à torcher des vieux, c'était peut ragoûtant. Et puis, petit à petit, ça s'est fait parce que c'est comme ça la vie, une purge cyclique.
Je me souviens d'eux avec clarté : la dame en entrant à gauche qui était paralysée et avait une tumeur au cerveau, qui ne parlait pas mais me regardait avec ses grands yeux bleus en soupirant et souriant un peu, qu'il fallait nourrir à la petite cuillère patiemment. En face, le monsieur à qui j'avais fait remarquer qu'il avait un bien beau marque-page et qui m'avait dit que c'était sa femme qui l'avait dessiné. Il avait soupiré ensuite : "elle avait beaucoup de livres, qui va les garder maintenant?"
Enfin, je ne vais pas tous les énumérer mais je garde un bon souvenir de ce stage, j'aimais prendre soin d'eux à mon niveau et les écouter me raconter leur histoire. Bien sûr, il y en avait qui étaient moins plaisants mais ils avaient leurs raisons probablement. Ça ne me gênait plus d'avoir à nettoyer leurs corps gris et mous, j'étais là pour ça et il ne devaient pas être fiers non plus de devoir montrer leur nudité à toute une horde d'aide-soignantes.
12.
Ma mère vient de me téléphoner et m'a demandé si j'avais essayé de les appeler hier soir. C'était le cas mais ça n'avait pas répondu, à 21 heures. Elle a tout de suite compris : comme elle était au repas mensuel des pharmaciens assistants d'Amnellville, mon père qui n'aime pas y aller parce qu'il a peur des gens, a préféré rester au boulot jusque tard dans la nuit comme il n'y avait personne pour le surveiller. (Il y est resté jusqu'à une heure du matin, une fois. Il m'avait dit qu'il avait bien aimé finalement parce que c'est bien quand il n'y a personne, c'est une autre ambiance. Et la pointeuse avait refusé de comptabiliser sa sortie parce qu'elle ne fonctionnait plus après minuit.)
Quand je me moque de lui et lui dis qu'on devrait lui installer un lit au Labo, il répond qu'il fait juste son travail consciencieusement sans chercher une quelconque forme de reconnaissance, il accomplit sa tâche parce qu'il le faut bien. C'est sûr que de ce côté-là, on n'aura jamais rien à lui reprocher. Son patron avait dit à ma mère un jour qu'on n'en retrouve plus des employés comme ça de nos jours. Encore heureux! C'est sûr qu'un couillon qui prend quatre semaines de congés payés au lieu de cinq depuis trois ou quatre ans (depuis que ses enfants viennent travailler l'été, il doit se sentir redevable alors il prend moins de vacances. Quand on lui demande si c'est vraiment à cause de nous qu'il fait ça, il dit "mais c'est vrai que je suis le seul employé dont les enfants viennent travailler l'été". ), vient à ses samedis de RTT, ne réclame jamais d'augmentation et se fait payer au ras des pâquerettes depuis qu'il est arrivé dans cette boîte il y a 29 ans, c'est sûr que tu n'en retrouveras plus.
Ma mère me dit aussi qu'elle n'a toujours pas reçu sa paye du mois. Sa patronne se faisant un malin plaisir d'attendre le dernier moment pour leur donner leurs chèques. Maman me dit qu'elle a de plus en plus l'impression qu'elle la prend pour sa servante, elle échange ses jours de congés en lui demandant son avis et elle sait bien que maman n'osera jamais y trouver quelque chose à redire. Je lui dis qu'elle devrait se rebiffer de temps en temps, (c'est facile comme conseil) mais elle n'ose pas. C'est pour ça qu'elle n'aurait jamais pu acheter sa propre pharmacie, elle n'est pas faite pour régenter les autres. Ce n'est pas dans sa nature.
Est-ce un défaut? Je ne pense pas.
14.
Non, je n'ai pas encore tout à fait fini. J'ai pensé à d'autres points à développer hier soir dans mon bain à la fleur d'oranger en essayant de lire La fin des temps de Haruki Murakami (c'est pervers cette impression d'être concentrée sur les lignes lues qui en fait ne prennent aucun sens puisque superposées aux pensées en tête).
J'étais censée peut-être aller voir Carole à Manchester (Erasmus) en juin et finalement, je pense que ça ne se concrétisera pas car elle ne m'en a pas reparlé depuis et je n'aime pas insister. M. m'a proposé de passer quelques jours dans le Jura au bord d'un lac. L. m'a dit qu'il allait faire un tour d'Europe en train avec C., Lou et d'autres amis à lui et je suis jalouse. J'aimerais beaucoup voyager en ce moment, mais chaque chose en son temps, je suis encore jeune et sans le sou.
Ensuite, je me dis que si jamais j'avais eu l'occasion de partir avec eux, j'aurais encore été déçue que les choses ne se passent pas exactement comme je les rêvais. Je suis bien une éternelle insatisfaite qui préfère fantasmer sur l'impossible et ne pas vivre certaines choses par peur de la déception.
Cette histoire avec X ne m'apportera rien de bon pour l'avenir, c'est juste le présent qui compte quand je suis avec lui, et après, il n'y a rien, pas même de plans à tirer sur la comète. Je sais bien que "nous n'avons aucun avenir, rien" je suis lucide sur ce point-là. Mais passer du temps avec lui, c'est la garantie d'être bêtement heureuse le temps que ça dure. On se donnera peut-être rendez-vous dans dix ans ensuite, ou alors, il se rendra enfin compte que je ne lui apporte rien qui lui soit strictement nécessaire et ça se clôturera comme ça.
Il ne sait pas que repenser à lui (à ses sourires un peu enfantins, et à son regard plongeant dans mon décolleté) fait naître de stupides sourires longs comme le bras, et de savoir que lui aussi pense à moi parfois, m'apaise. Enfin, je lui avais déjà dit à quel point il m'avait emplie de bonheur pendant nos deux jours, et le lui répéter ne fera que me rendre un peu plus vulnérable face à l'abandon qui m'attend. Mais, pour le moment, ça n'entre pas en compte, je ne préfère pas penser au pire mais à l'instant présent qui m'attend, encore sur un quai de gare.
Alors, je ne saurais pas expliquer par une démonstration étoffée le pourquoi du comment de cet amour insoutenable que je lui voue. Je suis simplement dans l'élan que je prendrais pour l'attraper à sa descente du train, mes bras grands ouverts comme deux crochets pour ne plus le lâcher.
Il fait beau encore aujourd'hui, le printemps s'annonce radieux et j'écoute la Barcarolle en Fa # Majeur opus 60 de Chopin. Ces circonstances concourent à me rendre encore plus mièvre qu'à l'accoutumée.
15.
Il y a de l'arrogance à croire qu'écrire sur soi-même, pour soi normalement (puisqu'on dit "journal intime") pourrait valoir la peine d'être lu par d'autres. Parfois, j'ai conscience de cette prétention et ça me fait taire et parfois je m'en accommode et me dis que ce serait encore plus hypocrite de cesser d'écrire en faisant ainsi croire que j'aurais gagné en humilité.
Ce n'est qu'un jeu d'apparence mais je prends ça au sérieux, j'essaie d'être honnête. Alors, parfois, c'est grandiloquent, je sors mes belles tournures pour décrire des banalités et d'autres fois, je cherche plus la mise en forme et formule les faits simplement pour en garder une preuve quelque part.
16.
Les cigarettes aujourd'hui n'avaient pas bon goût. Même la toute première du matin sentait le plastique et ne m'a pas réconfortée. Je me suis promis d'arrêter un peu. Ce n'est pas le nombre qui compte mais la chronicité, et là, je fume tous les jours depuis plusieurs mois et tous les spécialistes s'accordent à dire que c'est mauvais pour la santé.
Mais ce n'est pas mon instinct de conservation qui me fait dire ça, je suis simplement embêtée de ne plus pouvoir les savourer. Il va falloir attendre un peu avant de pouvoir à nouveau les apprécier.
Cet après-midi, en cours, Cl. n'arrêtait pas de rouspéter à propos du manque d'intérêt du cours pondu par le prof. Il est vrai qu'il n'était pas très attrayant mais je préférais ne pas m'arrêter à cette considération et recopier bien sagement ce qui s'affichait sur le grand écran. Je n'ai même plus envie de me plaindre à haute voix sur ce genre de propos, ça me fatigue par avance. A vrai dire, je suis peu bavarde en ce moment mais je ne ressens pas le besoin de parler. Le cours n'est pas intéressant, ainsi soit-il, il faut tout de même le noter alors à quoi bon renâcler? Je n'aime toujours pas perdre mon temps, chaque geste doit avoir un rendement. Je serais incapable de faire comme Cédille qui m'a relaté au téléphone sa journée de mercredi au lit en pyjama. Enfin, si, c'est dans mes cordes, du domaine du possible mais ça ne m'attire pas. Je préfèrerai promener mon vieux clébard pendant des heures et ramasser sagement ses crottes derrière lui.
D'ailleurs, dans cette lubie de ramener Sioux à N. il n'y guère que Cl. qui me soutienne. Laura a pris un air dégoûté quand je lui en ai parlé et m'a dit qu'elle ne remettra plus les pieds dans mon appartement quand il y sera, c'est une évidence. Mon frère dit que je ferais mieux de rencontrer de vrais gens plutôt que de sortir mon chien comme une vieille fille (comme la femme du troisième qui appelle son vieux cabot "ma chatte") mais ça me fait doucement marrer ce qu'on pourra bien penser de moi quand je le ramènerai. Cl. a dit qu'elle viendra le saluer.
J'ai passé la soirée avec mon frère et Laura, on a mangé japonais pour la semaine et visionné deux épisodes de X-files saison 3 qui faisaient peur, avec des larves de mouches et des cadavres en décomposition. Ça me donne envie de lire Poe. Et là, je vais me mettre au lit parce que je n'entends même plus la musique.
19.
Le jeudi est particulier. Je n'ai pas cours à la fac et je ne sors donc généralement pas de chez moi. Ou alors, il faut que je m'y prépare longtemps à l'avance, que je prévois l'itinéraire, la musique à écouter en chemin, l'horaire. Oui, c'est très bête, mais tout ce que je fais en ce moment est très con alors pas la peine de s'apesentir sur ce constat.
Par exemple, hier en fin d'après-midi, on a toqué à ma porte, c'était une commerciale impossible à faire taire tant qu'elle n'a pas débité son histoire d'un trait et qui venait donc me causer de France Loisirs. Comme c'est marqué "pigeon" en majuscules sur mon front, je l'ai laissée entrer pour qu'elle puisse remplir mon formulaire d'inscription.
Et hier soir, j'étais toute contente de descendre chez mon frère manger une pizza dégoulinante de gras accompagnée d'une bière peu goûtue mais de bon ton. Ca faisait très longtemps que je n'avais pas commandé de pizza-juste-en-face alors j'étais contente parce que j'adore manger des pizzas, je n'ai pas rechigné à l'engloutir en cinq minutes, malgré ma non-envie de manger de ces derniers jours. Enfin, la dernière tranche était amère parce que mon frère avait débuté les hostilités, à savoir : me faire remarquer que j'étais bien conne de m'enchanter pour si peu : une pizza grasse et la nouvelle star à la télé. Voilà, l'enthousiasme en avait pris un coup mais j'ai tout de même fini ma part.
Je me sentais étrangement neutre à tout depuis quelques jours, ni triste ni heureuse, au milieu de rien. Enfin, il y avait bien L. qui m'avait agacée dimanche soir mais c'était passé au bout d'un moment, c'était derrière moi, voilà tout. Alors, j'étais contente de rompre le quotidien et de commander cette pizza. Après, je suis descendue en bas de l'immeuble pour ne pas enfumer l'appartement de mon frère et j'ai allumé une cigarette, de la marque que j'affectionne. Elle m'a donné mal sous le crâne, j'ai pensé que ça ne rimait à rien cette prise d'habitude, je n'ai pas besoin de fumer mais je me force à créer ce besoin. Bref, encore un truc bête.
Quand je suis remontée, mon frère regardait un épisode d'une série quelconque sur son ordi alors que la nouvelle star allait commencer et je ne voulais pas en rater une miette. Il n'a pas voulu mettre le son moins fort alors je n'entendais pas les prestations comme je voulais mais je n'allais pas trop ennuyer mon frère avec ça, j'étais chez lui et il me ferait bien sentir si jamais je continuais à le déranger. Et puis les premiers candidats ne m'intéressaient pas, c'était Benjamin que je voulais écouter. Mon frère a commencé à jouer à un jeu de voiture sur son ordi qui faisait un raffut pas possible et il ne voulait pas mettre ses écouteurs pour mieux s'entendre passer les vitesses et le reste. Benjamin allait bientôt passer, c'était ennuyeux.
Laura est arrivée sur ces entrefaites, m'a demandé si la nouvelle star me passionnait vraiment ou si je faisais semblant. Je n'en sais rien, ça m'amuse de les écouter chanter et le jury qui sert à rien me fait rire. Je ne tenais pas comme à la prunelle de mes yeux à regarder cette émission, c'est un peu comme la clope, ça passe le temps. Laura était atterrée de savoir que ça me plaisait vraiment. Bon, ce n'était pas bien important, Benjamin allait passer et je remonterais ensuite chez moi, laissant ces deux rabat-joie en paix. Mon frère a décidé de regarder un Samourai Champloo à ce moment-là, Laura l'a accompagné. Il a mis le son à fond, je n'entendais rien de la prestation de Benjamin. Je me suis levée, ai coupé la télé en même temps que la chique à ce pauvre Benjamin, ai rassemblé mes affaires, sans prendre le temps d'enfiler mes chaussures, ai remonté les trois étages me séparant de mon propre appartement silencieux.
Pour la deuxième fois en une semaine, je me suis séparée de mes vêtements en les jetant au sol, moi qui suis soigneuse d'habitude, et me suis précipitée sous la douche comme si ma vie en dépendait. Je n'ai même pas réussi à pleurer parce que c'était très stupide de se mettre dans un état pareil pour si peu, je n'arrêtais pas de penser ça, que ce n'était rien de grave. J'aurais eu un cutter sous la main, j'aurais pu faire n'importe quoi, peut-être vraiment entamer la peau jusqu'aux vaisseaux? Mais j'avais juste un vieux rasoir bic rouillé alors c'est comme si un chat s'était acharné sur mon avant-bras, rien de bien profond. Ni soulagée ni propre en sortant de la salle de bains, je suis allée au lit en espérant que le lendemain serait moins déraisonnable.
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J'ai du mal à m'autoriser à me sentir mal. Parce que je ne sais pas le pourquoi de ce malaise idiopathique et fluctuant, qui n'a pas lieu d'être. Là, je suis calme alors je peux exposer les choses, les mettre à plat, bien les étaler avant que tout ne se mélange à nouveau.
Mais je n'y vois goutte, je ne peux que relater les faits sans pouvoir les expliciter, pourquoi j'ai implosé hier soir, je ne sais pas, je n'y ai pas réfléchi sur le moment. Je ne me suis pas demandée ce qui n'allait pas avant d'agir si stupidement. C'était sous le coup de l'impulsion, je me sentais capable de tout.
J'écris ici pour tenter de ne plus y penser, j'effacerai ces traces plus tard, très probablement.
mercredi 26 mars 2008
moyennant quoi
Je n'ai plus qu'à "m'en mordre les doigts", c'est l'expression consacrée il me semble.
Ces partiels n'ont pas été complètement ratés sur une vue d'ensemble, mais pas non plus totalement satisfaisants. Je n'aime pas cette impression d'inachevé, de "j'aurais pu faire mieux". Ce n'est même pas pour avoir les meilleures notes, je m'en fiche. C'est la satisfaction du travail bien fait qui n'est pas au rendez-vous.
Je n'ai pas réussi à travailler correctement la semaine dernière, j'avais la tête un peu ailleurs et pas l'envie. Et quand je n'ai pas envie, c'est terrible. Les cours ne s'imbriquaient pas correctement dans ma mémoire, je n'avais pas l'image photographique de la feuille scribouillée en tête quand je faisais les annales. C'était brouillon, de guingois et j'aurais donc les résultats conséquents à ce manque flagrant de sérieux.
Ce n'est qu'hier soir que j'ai réussi à atteindre ce stade de l'apprentissage effréné et passionné qui me fait oublier les heures. J'ai compris certains cours, l'enchaînement dans les réactions enzymatiques, la complémentarité des effets. L'évidence m'a sauté aux yeux, il était encore temps, j'ai donc pu réussir correctement une matière cet après-midi. Sinon, le reste, je ne sais pas, c'est mitigé. Il faut dire que je ne suis pas souvent satisfaite de moi-même, je monte les exigences toujours à un niveau moins accessible, comme des enchères.
Mais si on pense aux partiels en eux-mêmes, ces heures à lire les questions fébrilement, sentir le désespoir ou l'euphorie ("Ça je sais, ça je sais! Regarde, je suis capable de te vomir tout mon cours sur la copie sur ce point-là, je n'ai pas tout compris mais ce n'est pas grave, je le sais "par cœur" parce que je m'en suis gavée jusqu'à en être dégoûtée. Et si je te recopie mot pour mot ce que tu as dis pendant le cours en amphi, ce sera déjà ça de moins à retenir comme une envie d'uriner." Relâchement des sphincters de la mémoire.) le moment n'était pas si désagréable. Rien à voir avec l'ambiance de tension palpable du concours de ces deux dernières années, on se sourit dans les rangs, tout le monde est dans la même galère (car personne n'a assez potassé. Deuxième année = relâche), il n'y a plus cette solennité aigre.
Avant chaque examen, je conserve les connaissances précaires dans une baudruche prête à exploser dans un gros bruit de flotte, essayant de ne rien me réciter avant de lire le sujet pour ne pas tout embrouiller. Selon l'efficacité du travail, les connaissances reviennent dans le bon ordre, bien docilement et j'arrive à structurer et à cibler la réponse ou alors elles n'existent même pas, c'est le blanc.
Hier, à la première matière, le sujet qui est tombé (vlan) n'avait pas eu l'honneur de retenir mon attention pendant les dernières révisions alors je n'avais absolument rien à "annoter largement sur ce schéma". Donc j'ai brodé, je sais très bien faire. J'ai raconté ma vie, fait du hors-sujet en veux-tu en voilà pour prouver que j'avais tout de même "appris" des cours. Mais ça n'avait rien à voir avec la question posée, j'avais l'impression d'argumenter désespérément, pédaler quand la chaîne du vélo a déraillé (comme un type qui veut avoir des crédits pour une recherche absconse qui ne passionne que lui. La comparaison étant exagérée, je ne me mets pas au même niveau que les chercheurs, mais l'idée est là) , je vois la tête du correcteur blasée, qui ne lit même pas les mots entassés (j'ai écrit le plus serré possible pour essayer de grappiller des points en ressortant à peu près tout ce que je savais dans la matière) puisque sans intérêt.
Après chaque épreuve, j'essayais de faire table rase de tout ce que j'en avais appris, pour conserver la concentration optimale nécessaire à la poursuite des évènements, ne plus repenser à toutes les erreurs évitables dans lesquelles j'ai dû me vautrer. Surtout, rester concentrée, ne pas laisser divaguer les pensées sur autre chose que les huit matières à passer, en élaguant tout ce qui ne pouvait plus être utile à retenir pour la suite.
