Il y a ces heures de doute gluant durant lesquelles je suis persuadée que plus rien de beau ne pourra arriver, les gestes se font lourds, les habitus deviennent insipides, sans intérêt. Tout est pâteux, sans vie. Et puis, finalement, je surmonte, j'ouvre un classeur de cours, m'escrime à comprendre toutes les actions entremêlées d'enzymes, je retrouve la soif d'apprendre, progresser, coûte que coûte.
jeudi 28 février 2008
lundi 25 février 2008
sarcasme pour cacher la bêtise
J'efface les phrases prétentieuses et méchantes comme si ça pouvait changer les choses. Ce genre de discours me met en fait au même niveau que ceux que je critique (ce qui sous-entend donc que je me sens au-dessus d'eux quand je décris leur manière de me rabaisser. Méditons ensemble la profondeur de cette réflexion.) Mais je ne trouve pas encore la sagesse de me taire complètement.
Cette deuxième insomnie me laisse songeuse : je me demande quelle étape dans le processus neurologique de l'endormissement me fait défaut. Mes pensées restent focalisées sur un point, ce qui doit empêcher le tourbillon magique de s'effectuer. Ou alors le marchand de sable m'a oubliée. Enfoiré.
dimanche 24 février 2008
à l'ancienne
Je ne sais pas par où commencer. En attendant que l'ordinateur s'allume, j'ai pensé à plusieurs mises en forme, manières d'ordonner les mots et donc les idées pour les rendre plus compréhensibles. Je m'apprête à écrire pour les vertus cicatrisantes de la chose, sans chercher forcément l'embellissement romancé, simplement pour déverser quelque part ce trop-plein ou alors ce vide incommensurable.
Parce que j'aurais beau me rendormir encore une fois cette nuit, plongeant ainsi cet énième réveil en larmes nocturnes dans un oubli factice, la nuit prochaine se déroulera probablement à l'identique. Un cauchemar absurde contenant de la confiance bafouée, des railleries prononcées par les personnes les plus importantes à mes yeux (soient mes parents et mon frère) m'obligera encore à rallumer la lumière pour ravaler mes peurs. Si les situations étaient réelles (bien que je doute que mon frère ait réellement l'intention de me tabasser un jour - et qu'il faille les petits bras de maman pour enserrer ses poignets et l'en empêcher - mais l'exemple de cette nuit n'est pas le meilleur) je pense que je serais capable de passer outre grâce à cette force que je tire de je ne sais où pour ne pas m'écrouler en plein jour. Je réussirais une nouvelle fois à relativiser à l'excès (méthode Coué en quelque sorte) pour me persuader que ce n'est pas grave, allons bon, il y aura tant d'autres épreuves à surmonter plus tard, des pentes bien plus ardues à remonter, autant conserver mes forces. Alors, les larmes ne viennent plus durant le jour, parce que c'est encore de ça dont il s'agit, avant (avant quoi exactement?) je pleurais pour un oui ou un non, c'était "plus fort que moi". Aujourd'hui, je ne veux plus me laisser dicter par cette force nébuleuse, je ne veux plus être faible, je voudrais réussir à demeurer aussi glacée qu'un bloc de marbre, que les anfractuosités de ma sensibilité ne soient plus aussi vite découvertes et mises à mal. Le stratagème fonctionne en diurne, mais perd résolument toute efficacité durant le sommeil.
[...]
Il devient vital que je me fasse de nouveaux amis, il doit bien exister quelque part deux ou trois personnes avec qui je pourrais m'entendre. Parce qu'avoir comme unique recours à la détresse somnambule un clavier sur lequel taper commence à friser le pathologique.
Depuis le temps que je n'ai plus pris la peine d'étendre mon réseau social personnel (la blague) je ne sais plus comment m'y prendre (il s'est avéré que j'ai été incapable de discuter à nouveau avec le type).
vendredi 22 février 2008
révisions
[...] Je relis les minauderies que j'ai pu écrire il y a plusieurs années, j'en ai un peu honte mais j'étais jetée toute entière dans ces mots, malgré le ridicule par endroit, je me souviens de tous les ressentis, les peurs raz-de-marée.
Je ferme les yeux et je revis chaque seconde, malgré moi, je revis la demi-heure en boucle quoi que je fasse, devant mes pupilles se reforment les images, mais j'agis comme si rien d'extraordinaire ne s'était passé là-bas, il ne faut pas éveiller de soupçons cette fois-ci.
Je peux juste continuer à rêver intérieurement de la possibilité d'une autre rétraction de l'espace-temps, tout en discutant de la pluie et du beau temps avec les uns et les autres. Et me repasser le film de tout ce que j'aurais pu lui dire ou faire. Il est peut-être déjà trop tard, je ne sais toujours pas.
jeudi 21 février 2008
le présent, cet ingrat
Cédille me dit :"en fait, je crois que tu ferais bien de pleurer avant d'y aller" parce que les larmes signifient quelque chose dans le langage corporel, des émotions variées s'extériorisent par ce biais. Mais je ne pleure plus, je suis une grande fille maintenant. A quoi bon? Je n'endigue même pas les larmes, elles ne viennent pas. J'ai agi comme un robot, analysant les conséquences hâtivement à la lecture du message, passant en revue tout ce qu'une remise en question de mes résolutions pouvait inclure. La vérité, c'est que je crevais toujours autant d'envie de le revoir, juste le voir s'animer devant mes yeux, l'écouter me parler, enregistrant chaque instant avec avidité. Quelle étrange sensation de se rendre compte qu'il n'a pas changé, que j'ai toujours autant envie de fondre dans ses bras, qu'il ne me lâche plus jamais.
Chaque minute aiguisée comme un poignard, chaque œillade perçante comme autant d'aiguille et cette étreinte aussi attendue que courte.
J'aurais voulu réussir à prononcer quelques mots intelligents, quelques phrases sensées mais tout était coincé dans ma gorge, je ne pouvais que le dévorer des yeux en essayant de deviner ce qu'il pouvait bien penser de ces courtes retrouvailles. Tenter la télépathie pour qu'il comprenne à quel point j'étais heureuse de le voir à nouveau, que je pouvais tout lui pardonner, qu'il n'y avait pas de quoi prendre peur face à moi, je me sens si minuscule et nue face à lui.
Alors non, toujours pas de sanglots refoulés, plus de tristesse, simplement un bonheur rassurant sur l'instant, pas de promesses d'un futur radieux. "Ce que je sais c'est que je ne sais rien" comme disait Socrate, paraît-il.
mercredi 20 février 2008
oisiveté
J'ai consulté le plan de métro comme on consulte un menu, comparé les différentes opportunités à ma portée, puis me suis décidée pour République puis Bastille.
Une fois dans la rame, je n'avais finalement plus très envie d'aller à Bastille, alors je suis descendue avant. Je suis ressortie de sous terre d'un pas empressé pour faire comme tous ces troglodytes à temps partiel qui accourent de toute part, en lice pour je ne sais quel marathon quotidien.
J'ai suivi une dame pour réussir à me décider de quel côté me tourner une fois de retour sur les grands trottoirs du jour.
C'était une grande artère, une longue avenue, je l'ai parcourue, sans oser m'aventurer dans une plus petite rue afférente. J'avais juste besoin de faire comme je l'avais prévu en me levant ce matin : marcher dans Paris, seule, sans but.
Finalement, quelques minutes plus tard, je suis redescendue dans une bouche de métro parce que cette grande avenue n'était pas si attrayante, aucune librairie ou autre boutique où tromper le temps. J'ai opté pour les Grands Boulevards cette fois, il m'a fallu un bon trajet pour l'atteindre, mais qu'importe, le métro était peu rempli et je pouvais m'occuper en revêtant ce masque d'inexpression toute parisienne, comme si moi aussi, j'étais une habituée de cette ligne, blasée par cette routine, n'espérant plus rien de neuf aujourd'hui non plus. Il ne faut pas croiser de regard, il faut agir comme si on était seul avec sa morosité.
Je me suis retrouvée à la terrasse chauffée d'un grand café, avec un Coca light, mes cigarettes et un bouquin fraîchement acquis, je me suis dit que j'étais bien là, seule avec mon diffuseur de musique dans les tympans, à regarder toutes ces silhouettes passer leur chemin. C'était exactement cet instant-là que j'avais souhaité rencontrer ce matin en me levant. Un instantané de vie parisienne lyophilisée.
J'avais l'impression de m'immiscer dans un quotidien qui ne m'appartenait pas, j'étais étrangère au tableau mais j'en savourais chaque note : le froid soleil du matin, les cigarettes et la caféine, la rue dans sa calme effervescence : tout ceci se déroule à l'identique, sans surprise tous les jours, mais ça m'émerveillait car ça ne m'appartenait pas. Je n'ai aucun souvenir à relier à ce café, aucune attache pouvant me retenir à ces lieux et pourtant, cette ville toute entière me fascine.
dimanche 17 février 2008
excursion de trois jours
Aujourd'hui, alors que je sais qu'il ne sera pas là pour m'attendre sur le quai de la gare, le même empressement m'étreint en songeant à ce qui m'attend demain.
Demain, je serai à Paris, chez Cédille, l'amie d'enfance cent fois perdue puis retrouvée, elle me fera rire comme au téléphone, ce sera chouette. Cette ville exerce toujours cette même fascination sur mon imaginaire, tout y est mieux, plus brillant, plus à ancrer en mémoire. C'est la ville des bons souvenirs, quoi qu'il advienne.
samedi 16 février 2008
ain't got no _, i got life
C. dit "mais bon, après, quand on fait des choix, il faut savoir les assumer. Sans vouloir être méchant" alors qu'il y a bien une volonté tacite de blesser dans ces mots, me faire ressentir l'absurdité de mes actes dans toute son ampleur. Oui, je me suis retrouvée avec deux hommes sur les bras pendant plusieurs semaines, j'en ai éliminé un, celui pour lequel je ne ressentais plus rien, plus ce petit frisson en le voyant, plus cette impatience quand nous étions éloignés l'un de l'autre, celui à qui je ne voulais plus mentir par omission. Puis, le deuxième est parti de lui-même, comme une ombre.
Mais ça ne me fera pas revenir sur ma décision concernant L., je ne l'aime plus, c'est ainsi, j'assume mes choix.
Mon sage père avait raison, dans les ruptures, il y a toujours un conflit de garde pour les amis en commun. Ça me chagrine mais je passe au travers, jusqu'à quand je vais réussir à retenir les petites déceptions, je ne sais pas. Là encore, c'était prévisible, quand je parlais de chutes en latence, c'en est une, pas une énorme évidemment, mais qui retourne un petit peu le cœur, tout de même.
mélodie
C'est amusant, ça fait naître un sourire narquois quand je m'en rends compte, j'ai dû écouter une trentaine de chansons différentes aujourd'hui, et c'est seulement une strophe précise qui me reste en tête, tournant et se retournant de manière lancinante, rendant toute concentration impossible :
"And from the first, to the last time, the signs
Said 'Stop' - but we went on whole-hearted
It ended bad, but I love what we started
It said 'Stop' - but we went on whole-hearted
It ended bad, but I love what we started"
(Encore) Fiona Apple, Parting gift
Ce qui ne s'accorde pas vraiment à la situation, puisque rien n'avait encore recommencé, rien n'a pu se terminer non plus, ce sont juste des espoirs coupés à la racine, à l'endroit où la raison n'a plus droit de veto.
C'est surtout la mélodie qui me touche, ses grosses vagues de mélancolie qui enflent dans le piano, disparaissent et remontent inlassablement.
vendredi 15 février 2008
fin de la parenthèse et résilience
Ceci m'aura permis de me remettre debout, de reprendre une existence comme je l'entendais depuis longtemps, mais que je remettais toujours au lendemain. Je me suis enfin replongée dans mes cours avec intérêt, j'avais des menus objectifs à rejoindre chaque jour et c'est de ça dont j'ai besoin, de petites prises assurées sur lesquelles m'appuyer le temps d'en trouver d'autres aussi sûres, mais plus haut.
Je n'ai pas pleuré, ça arrivera probablement dans les jours à venir, d'accord, mais aujourd'hui, les motifs sont insuffisants. Je continuerai d'écrire ici parce que ça m'est encore nécessaire, j'ai souvent tenté de fermer ce carnet parce que son contenu me paraissait saugrenu et surtout inutile mais il est encore trop tôt. J'aimerais pouvoir éviter les méandres du superflu, tracer ma route toute droite sans rien avoir à regretter.
Je ne veux plus avoir à me perdre dans le temps, il y a trop à faire, ce n'est pas à 20 ans que l'existence s'arrête. Tout ceci semble bien grandiloquent, c'est le genre de choses qu'on peut encore penser quand la naïveté ne nous a pas encore quittés.
Cet après-midi, le professeur de génétique nous a dit l'air de rien, sans emphase aucune, simplement comme un fait avéré dont il faut avoir conscience "je ne sais pas si vous le savez, mais vous allez faire le plus beau métier du monde". Et il a raison, il y a encore tant à apprendre, à vivre, tant d'autres chutes en latence que je ne vais pas m'apitoyer sur une histoire morte dans l'oeuf.
"Nous avons tous le potentiel de tomber mille fois amoureux dans notre vie. C'est facile. [...] Mails il y a des gens que vous aimez qui font autre chose ; ils définissent la manière dont vous classifiez ce à quoi l'amour est censé ressembler. Ce sont les personnes les plus importantes de votre vie, et vous rencontrerez peut-être quatre ou cinq personnes comme ça en l'espace de 80 ans. Mais il y a encore un autre niveau à tout ceci : il y a toujours une personne que vous aimez qui "devient" cette définition. Cela arrive généralement rétrospectivement, mais cela arrive toujours, à la longue. C'est la personne qui sans le savoir établit le modèle de ce que vous aimerez toujours chez les autres, même si certaines de ces qualités adorables sont autodestructrices et raisonnables. Vous vous souviendrez de conversations, avec cette personne, qui n'ont jamais eu lieu. Vous vous souviendrez de rendez-vous sexuels, avec cette personne, qui ne se sont en fait jamais techniquement produits. Et cela parce que l'individu qui incarne votre définition personnelle de l'amour n'existe pas réellement. La personne est réelle, les sentiments sont réels - mais vous créez le contexte. Et le contexte est tout. La personne qui définit votre définition de l'amour n'est pas différente, intrinsèquement, de toutes les autres. Et très souvent, c'est juste la personne que vous rencontrez la première fois que vous désirez très ardemment aimer quelqu'un. Mais cette personne gagne néanmoins. Elle gagne et vous perdez. Car pour le restant de vos jours, elle contrôlera ce que vous éprouvez pour tout le reste."
Chuck Klosterman, Je, la mort et le rock'n'roll
C'était une belle bulle d'utopie, je vais la faire éclater et trouver quelqu'un d'autre, un jour, qui méritera tout ces sentiments, sans que j'aie à craindre sa fuite prématurée. Ça pourra mettre du temps, j'en ai bien peur. Mais tant pis, je prends le risque.
jeudi 14 février 2008
briser la fenêtre
J'aurais bien aimé que certaines personnes n'existent que pour moi. Qu'en dehors de nos discussions, de nos temps accordés ensemble, elles s'effacent, que personne d'autre ne puissent profiter d'elles. Je voudrais une relation exclusive, spéciale, à part, avec chacune d'entre elles, je voudrais les garder jalousement, que personne ne puisse les apprivoiser aussi bien que moi.
L'autre jour, M. m'a prévenue : "Mais tu n'es pas le centre du monde ma cocotte." Ce à quoi j'ai rétorqué : "Ah bon? On m'aurait menti durant toutes ces années?" et nous avons ricané.
lundi 11 février 2008
broderie sur le même thème
Évidemment, aujourd'hui, je pourrais faire un peu n'importe quoi pour montrer ce que je ressens, extérioriser les sentiments d'une manière plus ou moins plaisante. Je pourrais passer aux actes regrettables, chercher à tromper la faim en déviant mes envies sur d'autres, revenir auprès de L. pour un peu de chaleur humaine, quand bon me semblerait. Je l'ai fait une fois et ça me semble amplement suffisant. C'est toujours pareil, je n'ai pas envie d'impliquer des étrangers à mon histoire. J'ai les moyens pour atteindre toutes ces issues potentielles mais je vois d'ici les conséquences, les remords et les regrets, les "si j'avais su" à n'en plus finir. Ce n'est plus la peur de l'inconnu qui me retient mais du scepticisme.
Je pourrais hurler pour faire passer le manque et le vide, je pourrais tenter de trouver un réconfort dans de chaudes larmes, parler de mes peurs à je-ne-sais-qui mais à quoi bon? Je vois d'ici où ces détours pourraient me mener : simplement à m'encombrer un peu plus. Mes yeux sont arides depuis des semaines et ma voix reste calme.
Je ne veux plus avoir à me mépriser après les actes, parce que c'est inutile et l'auto-apitoiement m'écœure à force. Je ne ferai que ce qui est nécessaire, pas de superflu ni de pâles subterfuges en attendant. Je vais suffisamment avoir à faire avec "l'après", inéluctable.
"There's solace a bit for submitting
To the fitfully cryptically true
What's happened has happened
What's coming is already on its way
With a role for me to play"
Fiona Apple - Red Red Red
vendredi 8 février 2008
l'oxygénothérapie
Il règne une brume épaisse, un peu inquiétante quand le soleil peine à se lever. Je marche au bord du canal qui prend des airs mystérieux, propice à des péripéties plus ou moins noires. J'écoute The Puppini Sisters, ce qui tranche brutalement avec cette impression d'irréalité unicolore. Je consulte la feuille sur laquelle j'avais soigneusement noté le nom des rues à emprunter, mais les panneaux indicateurs se raréfient au fur et mesure que je m'éloigne de la zone citadine que je connais à peu près. Je traverse ensuite une zone industrielle zebrée par la nationale, marchant sur le trottoir défoncé avec l'intuition grandissante que je me trompe de chemin. De longs bâtiments froids en préfabriqué, des camionnettes qu'on décharge, mais pas de trace de cette tour où je suis censée apprendre l'oxygénothérapie ce matin.
Malgré le flux des voitures à quelques mètres, le gros bruit par dessus la musique, je me sens bien, j'ai l'impression de vivre une aventure après cet ennui collant des derniers jours. Je m'apprête à retourner sur mes pas, rentrer chez moi avant que la portion de trottoir ne cède définitivement aux quatre roues. Puis, j'entends une voix humaine qui semble vouloir attirer une attention, j'attends le troisième "eho" avant de me sentir franchement concernée, bien que je sois la seule piétonne à pouvoir être hélée. Je me retourne une deuxième fois et aperçois le type de mon groupe de TP qui semble être aussi sociable que moi (signe flagrant : il ne dévisse pas ses écouteurs jusqu'à temps que le prof ait commencé son cours. Je m'étais dit en début d'année que ça pourrait être bien de lier connaissance avec lui mais il n'avait vraiment pas l'air ouvert, même à une asociale, alors j'ai abandonné.) Je monte dans sa voiture, un peu penaude. Il me dit qu'il est aussi perdu que moi mais qu'on finira bien par trouver.
Et c'est amusant comme à partir de ce moment-là, j'ai considéré qu'on avait sympathisé. Juste parce qu'il s'est arrêté pour me faire monter dans sa voiture, je me suis dit "chouette, maintenant, j'aurais quelqu'un avec qui papoter un peu avant les TP, ma vie a changé". Alors j'ai raconté tout ce qui me passait par la tête parce que j'étais confiante et contente qu'il m'ait prise en charge (au sens propre du terme, en fait) comme si on était potes depuis des décennies. Il a même ri à mes remarques, lui que j'ai toujours vu fermé comme une huître.
Mais en dehors de ce contexte de matinée brumeuse et sans cette solidarité dans la quête de la Tour (elle mérite bien une majuscule, après toutes ces péripéties) en sera-t-il de même? Une fois de retour à la fac marron et triste, oserai-je lui reparler comme si nous avions réellement sympathisé, je veux dire, avec réciprocité, parce qu'après tout, je n'en sais rien, ce n'étaient peut-être que des rires nerveux, de circonstance.
Nous le saurons la semaine prochaine.
Parce que pour lier une amitié, il faut que la force soit maintenue des deux côtés de la corde, n'est-ce pas. Sinon, il y en a un qui s'écroule, à cause de l'attraction terrestre, emportant avec lui tout le poids de ses espoirs déçus. Lui qui avait mis tant de temps à se persuader qu'il pouvait se laisser aller en arrière à tirer comme un perdu sur la corde, qu'il ne pourrait pas tomber puisqu'une une force égale lui était opposé, de l'autre côté.
Mais ceci est une autre histoire.
jeudi 7 février 2008
maintenance
Encore des journées muettes. Je me rends compte que je n'ai pas prononcé un mot depuis hier soir. J'ai tapé des mots sur mon clavier d'ordinateur et de téléphone, mais mon larynx n'a pas bougé.
Hier, j'ai parlé de l'insomnie à Cl. histoire de lui faire savoir à quel point je suis à plaindre. Elle m'a demandé si j'avais des soucis en ce moment, et là, non, je n'avais plus envie d'aller plus loin. Je n'ai pas envie de m'épancher, toujours pas. Ma voix est morne, atone, je n'arrive pas à cacher, à maquiller cette sensation de grand vide avec des intonations enjouées. Que pourrais-je bien lui expliquer par ailleurs? Elle me ferait les gros yeux comme Laura, si elle savait. Pour le coup, il m'a semblé avoir "profondément déçu" Laura en lui racontant mon histoire l'autre soir. Alors non, autant ne pas recommencer. Je préfère encore taper sur mon clavier pour ne rien dire, rester dans le flou et n'aboutir à rien.
J'aimerais bien trouver de nouveaux mots à enrouler, comme du sucre rose autour d'un bâton de barbe à papa. Je me contente d'écouter de la musique, ressasser les paroles en me disant que je pourrais bien citer tel ou tel refrain si bien tourné. Puisque tout a déjà été dit sur ce que je peux ressentir, comment pourrais-je recréer du neuf? Ma banalité éclate comme une évidence, elle annihile toute tentative lyrique, je sens poindre le ridicule dans la moindre phrase que je pourrais prononcer ou même penser. J'ai besoin d'être rassurée encore et toujours.
Je n'aime pas rester embourbée dans cet état léthargique pitoyable, c'est frustrant parce que si on y réfléchit bien, il n'y a presque rien qui cloche.
mardi 5 février 2008
de la magie du cadrage
Je repense à ce qu'il m'a dit, subitement.
Je me dis que c'est peut-être de "ça" dont il était question.
Peut-être qu'il faut cesser de douter,
toujours,
et oser
sans plus
s'interroger en dansant
sur un pied.
"Mais je sais que quelquefois, vous aussi, vous voyez."
Pour ma part, je ne sais plus grand-chose à cette heure-ci.
vendredi 1 février 2008
crochets clichés
Je m'en doutais, évidemment, je savais où cette fin de soirée allait me mener. J'avais probablement envie de voir si comme la dernière fois, je saurais me retenir au dernier moment, voir plus loin que le bout de mon nez et retenir mes gestes, ceux que lui attendait si fort.
Quatre verres et cinq cigarettes plus tard, je suis sous sa couette, comme si ma place était encore là. Je ferme les yeux, je me sens comme aspirée par un siphon, je n'ai même plus envie de l'arrêter, de tenter de dévier du schéma tout tracé dans lequel je me suis laissée embarquer dès la sortie du bar. Comme si la fatalité jouait un rôle dans tout ça.
Il m'avait dit "allez viens, on va finir cette petite soirée sympa chez moi, si tu veux, je dormirai par terre" et j'avais levé les yeux au ciel, n'importe quoi, vraiment.
Sur le chemin, ils me reprochèrent mon silence obstiné, je n'avais pas envie de leur montrer que l'alcool contenu dans deux verres standards faisait déjà son effet, je n'avais pas envie de raconter n'importe quoi juste pour le bruit, mais je ne suis pas pour autant retournée sur mes pas, ce n'était même pas un guet-appens, je laissais faire.
Alors me voilà dans son lit, collé à moi, il me dit des trucs inédits venant de lui, et touchants quelque part, il me dit que je suis la plus belle du monde, qu'il a bien vérifié ces derniers jours en regardant autour de lui, qu'il m'aime, que je lui ai tellement manqué. Je ne réponds rien, je me contente de caresser sa peau pendant qu'il fait de même avec mon ego, je souris sarcastiquement dans le noir, mais je ne me lève pas pour autant. J'ai envie de lui pour ce soir mais pas plus et je me doute que ça lui sera difficile à accepter au réveil, quand ma tête aura fini de tourner.
Ce matin, il me court après dans la rue, encore de l'inédit, il me supplie de rester, interrompt ses propos quand un passant se rapproche, parce qu'on n'est pas dans "Plus belle la vie" non plus. Il réclame des explications, des significations derrière l'acte, je lui répète que j'ai juste cédé à la solution de facilité.
On ne peut pas devenir amie avec un ancien amoureux quinze jours après l'avoir quitté. Il fallait que je vérifie. Mais était-ce vraiment du domaine du nécessaire?
