Je n'ai plus qu'à "m'en mordre les doigts", c'est l'expression consacrée il me semble.
Ces partiels n'ont pas été complètement ratés sur une vue d'ensemble, mais pas non plus totalement satisfaisants. Je n'aime pas cette impression d'inachevé, de "j'aurais pu faire mieux". Ce n'est même pas pour avoir les meilleures notes, je m'en fiche. C'est la satisfaction du travail bien fait qui n'est pas au rendez-vous.
Je n'ai pas réussi à travailler correctement la semaine dernière, j'avais la tête un peu ailleurs et pas l'envie. Et quand je n'ai pas envie, c'est terrible. Les cours ne s'imbriquaient pas correctement dans ma mémoire, je n'avais pas l'image photographique de la feuille scribouillée en tête quand je faisais les annales. C'était brouillon, de guingois et j'aurais donc les résultats conséquents à ce manque flagrant de sérieux.
Ce n'est qu'hier soir que j'ai réussi à atteindre ce stade de l'apprentissage effréné et passionné qui me fait oublier les heures. J'ai compris certains cours, l'enchaînement dans les réactions enzymatiques, la complémentarité des effets. L'évidence m'a sauté aux yeux, il était encore temps, j'ai donc pu réussir correctement une matière cet après-midi. Sinon, le reste, je ne sais pas, c'est mitigé. Il faut dire que je ne suis pas souvent satisfaite de moi-même, je monte les exigences toujours à un niveau moins accessible, comme des enchères.
Mais si on pense aux partiels en eux-mêmes, ces heures à lire les questions fébrilement, sentir le désespoir ou l'euphorie ("Ça je sais, ça je sais! Regarde, je suis capable de te vomir tout mon cours sur la copie sur ce point-là, je n'ai pas tout compris mais ce n'est pas grave, je le sais "par cœur" parce que je m'en suis gavée jusqu'à en être dégoûtée. Et si je te recopie mot pour mot ce que tu as dis pendant le cours en amphi, ce sera déjà ça de moins à retenir comme une envie d'uriner." Relâchement des sphincters de la mémoire.) le moment n'était pas si désagréable. Rien à voir avec l'ambiance de tension palpable du concours de ces deux dernières années, on se sourit dans les rangs, tout le monde est dans la même galère (car personne n'a assez potassé. Deuxième année = relâche), il n'y a plus cette solennité aigre.
Avant chaque examen, je conserve les connaissances précaires dans une baudruche prête à exploser dans un gros bruit de flotte, essayant de ne rien me réciter avant de lire le sujet pour ne pas tout embrouiller. Selon l'efficacité du travail, les connaissances reviennent dans le bon ordre, bien docilement et j'arrive à structurer et à cibler la réponse ou alors elles n'existent même pas, c'est le blanc.
Hier, à la première matière, le sujet qui est tombé (vlan) n'avait pas eu l'honneur de retenir mon attention pendant les dernières révisions alors je n'avais absolument rien à "annoter largement sur ce schéma". Donc j'ai brodé, je sais très bien faire. J'ai raconté ma vie, fait du hors-sujet en veux-tu en voilà pour prouver que j'avais tout de même "appris" des cours. Mais ça n'avait rien à voir avec la question posée, j'avais l'impression d'argumenter désespérément, pédaler quand la chaîne du vélo a déraillé (comme un type qui veut avoir des crédits pour une recherche absconse qui ne passionne que lui. La comparaison étant exagérée, je ne me mets pas au même niveau que les chercheurs, mais l'idée est là) , je vois la tête du correcteur blasée, qui ne lit même pas les mots entassés (j'ai écrit le plus serré possible pour essayer de grappiller des points en ressortant à peu près tout ce que je savais dans la matière) puisque sans intérêt.
Après chaque épreuve, j'essayais de faire table rase de tout ce que j'en avais appris, pour conserver la concentration optimale nécessaire à la poursuite des évènements, ne plus repenser à toutes les erreurs évitables dans lesquelles j'ai dû me vautrer. Surtout, rester concentrée, ne pas laisser divaguer les pensées sur autre chose que les huit matières à passer, en élaguant tout ce qui ne pouvait plus être utile à retenir pour la suite.
mercredi 26 mars 2008
moyennant quoi
lundi 24 mars 2008
bla bla bla
Aujourd'hui, je n'arrive plus à mémoriser les mots et les enchaînements de molécules, les noms à retenir par cœur ne me parlent plus. Mon cerveau refuse d'emmagasiner encore une fois les mêmes choses, le processus est rejeté immanquablement, bien que je relise deux ou trois fois de suite les mêmes lignes, avec obstination.
Ce qui m'agace c'est de ne pas être capable de retrouver par automatisme les connaissances. L'année dernière, c'était du recrachage sans réflexion, j'y arrivais bien, tout était net et bien rangé dans des cases de mon cerveau. Là, je ne sais pas, j'ai l'impression que c'est le foutoir, les noms des médicaments, pourtant, il y en a peu, impossible de les formuler correctement, je m'emmêle les pinceaux. Pareil pour la classification des parasites et autres joyeusetés.
Je me sens comme à la veille des examens de piano il y a trois ans : ne surtout pas paniquer, il n'y a pas de quoi voyons! Ce n'est pas un concours cette fois-ci, j'ai passé le cap, il me suffira juste d'avoir la moyenne. Mais je n'aime pas travailler pour passer de justesse, j'aime bien faire les choses jusqu'au bout, pas de demi-mesures, je trouve ça frustrant.
Et quand on sait comment j'ai fini à l'examen de piano il y a trois ans, il n'y a pas de quoi se pavaner.
dimanche 23 mars 2008
trying to laugh about it
Depuis plusieurs jours, je suis sur une tangente, une sorte de déséquilibre constant. J'ai peur de tout, des partiels dans deux jours, de l'amoureux qui viendra peut-être (peut-être pas) me rendre visite bientôt, du chien qui n'aura certainement pas assez de place dans mon dix-neuf mètres carrés, d'être incapable de créer de nouvelles amitiés à N.
Comme si tout était marqué par le sceau de la fatalité. Parfois, j'arrive à entasser toutes ces frayeurs dans un coin pour me consacrer au moment présent, mais ça ne dure jamais assez longtemps, j'ai des larmes aux yeux sans explication.
Hier soir, je ne sais pas quel a été l'élément déclencheur, ma mère était en train de parler de ses études de pharmacie qu'elle avait repris à N. alors que personne ne la croyait capable de valider cinq années d'études en trois, elle y est parvenue.
Je souriais et plaisantais avec mes parents quelques minutes auparavant et tandis que ma mère racontait ça, il s'est passé quelque chose quelque part dans mon organisme, un truc qui doit s'expliquer biochimiquement (la sérotonine qui reste coincée dans la synapse ou les nerfs qui lâchent tout bonnement) j'essayais de me focaliser sur le fait qu'il fallait passer outre ce passage à vide et ne pas déborder tout de suite. Je suis restée quelques minutes muettes, repoussant l'irrépressible envie de chialer le temps d'arriver à ma chambre.
C'est très banal tout ça, il y avait bien longtemps que je n'avais pas pleuré ainsi, comme une chiffe molle, impossible d'y échapper, comme si une force extérieure me secouait sans que je puisse m'en dégager. Dix longues minutes ainsi, à attendre que la crise passe, que je puisse retrouver mes forces pour me redresser et ne plus avoir constamment un sanglot coincé dans la gorge.
samedi 22 mars 2008
en boucle
J'étais en train de m'arracher consciencieusement la peau du pouce droit, en regardant furtivement la sortie de la station de métro avec le cœur qui battait à je ne sais pas combien, très vite et très fort en tout cas. Et puis, il est apparu sous mes yeux, comme ça, hop, l'instant d'avant, j'entamais l'ongle du pouce, et tout à coup, il était là. Si nous avions été dans un roman ou dans un film facile, je me serais engouffrée dans ses bras, sans réfléchir, sur une impulsion pas si soudaine puisque j'y songeais depuis l'instant où il m'avait recontactée.
Mais non, je suis restée plantée là, prenant racine, incapable de lui dire quoi que ce soit puisque mon crâne était vide et mes mains tremblantes.
Je n'arrête pas de repenser à ce moment-là quand j'essaie de m'endormir, je le revois, je ressens aussi sa tête se reposer fugitivement sur mon épaule dans les escalators montant vers la terre ferme. J'aurais dû prendre une initiative, chercher à passer outre cette paralysie transitoire. Ça me fout des frissons d'avoir été aussi passive, d'avoir manqué le milliard d'occasions qui ont pointé leurs nez.
Et comme dirait Robert : "If only is a wish too late".
vendredi 21 mars 2008
avertissement
Yann m'avait dit l'autre jour n'avoir jamais été tenté de lire Anna Gavalda car les titres le rebutaient. C'est tout le contraire pour moi, je ne trouve pas que "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part" sonne faussement romantique et donc racoleur, je perçois de l'honnêteté dans tout ce qu'elle a de plus banal dans cette phrase et tous ses livres tiennent sur cette note-là. Ils sonnent juste. Ça peut paraître mièvre à certains mais moi ça m'émeut. Je me dis alors qu'il ne faudrait pas que des gens comme Yann (qui ne trouve rien de captivant dans une phrase telle que "je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part") lisent mon blog parce qu'ils se fendraient bien la poire. Je continue tout de même mes billets mielleux, je n'ai pas honte car c'est la sincérité (dit comme ça ceci sonne très pompeux) qui me pousse à aligner des phrases ici et ailleurs.
manque de structuration
[...]
Je lui envoie une missive nulle (si je n'avais rien écrit, l'effet eût été le même) à tendance écholalique, j'approuve ce qu'il affirme sans chercher plus loin, mais je suis énervée, je ne sais pas pourquoi. C'est une sorte de test, pour voir comment il va recevoir ça, s'il sentira l'agacement dans l'alogie ou s'il n'y verra que l'absurdité d'envoyer une réponse aussi plate, autant rester silencieuse.
Je suis aussi énervée contre moi-même, ceci ne tiendra pas longtemps, je vais encore me retrouver démunie et perdue dans peu de temps, je sais ce qui m'attend et ça m'agace d'espérer pourtant.
Il y a encore ces moments en compagnie d'autres, où l'on rit un peu, comme ça, et son absence n'en est que plus palpable. Je voudrais tant de choses, mais je ne peux que l'imaginer à mes côtés, un sourire en coin rassurant explicitant clairement : "tout va bien, je suis là" comme au restaurant où il avait posé sa main sur ma cuisse.
mardi 18 mars 2008
extraits de Chroniques de l'oiseau à ressort, de Haruki Murakami
"J'ai la capacité de distinguer très clairement mon existence de celle d'autrui, comme si elles appartenaient à des domaines complètement différents. (Je préfère appeler ça une "capacité" parce que je ne veux pas me vanter, mais ce n'est pas si facile à faire. ) Quand quelque chose m'irrite ou me fâche, je m'arrange pour transférer cet objet dans un domaine qui n'a plus rien à voir avec moi en tant qu'individu. Et je me dis : bon d'accord, je suis énervé, je suis en colère, mais la cause a disparu, alors j'examinerai ça plus tard à tête reposée et je verrai ce que je peux faire. Ça me permet de geler temporairement mes émotions."
"Comme vous le savez monsieur Okada, nous sommes ici dans un monde sanglant et violent. Si on ne devient pas fort, on ne peut survivre. Mais en même temps, il est important de rester calme, l'oreille aux aguets, afin de ne pas laisser échapper le moindre bruit. Vous comprenez? Les bonnes nouvelles sont souvent annoncées à mi-voix. Rappelez-vous cela."
vendredi 14 mars 2008
entrechats
Je m'étais dit que ce serait bien de tenter une nouvelle rencontre avec Yann (khâgne) et son ami AR (faculté de cinéma) pour voir si je passerais une bonne soirée en leur compagnie.
J'avais retrouvé Yann en avance pour qu'on aille acheter nos places pour l'avant-première de J'ai toujours rêvé d'être un gangster. Il m'a bien fait rire avec ses diverses imitations et autres anecdotes, ça détend de faire la groupie stupide qui rit pour rien. Et puis AR est arrivé en scène, parce que c'était un peu ça : une entrée en scène. Il arrive, et il déclare que "parfois, on ne sait pas pourquoi, la journée se passe bien et à un temps t, une grosse masse nous tombe sur le dos comme un piano sur la tête ou alors un doberman enragé." Il y avait encore plus d'emphase dans son propos, je ne me souviens plus des termes exacts employés. Alors, je me gausse doucement et fait remarquer qu'un doberman enragé ne pèse pas autant qu'un piano. Il me regarde droit dans les yeux, exaspéré. J'ai dû le couper dans son élan.
Et toute la discussion a continué sur cette lancée, une espèce de joute verbale où on ne joue même pas avec les mots, ça prend une dimension plus solennelle, on se gargarise avec ses propres mots d'esprit, et surtout, ils critiquent une bonne flopée de connaissances qu'ils ont en commun. Je prends peur, je n'aimerais pas me faire juger ainsi moi aussi, et puis j'essaie quand même de faire bonne figure, et dans ces cas-là que je peux devenir agressive sans le vouloir, je parle d'un ton incisif alors qu'une minute avant, je mâchonnais les mots avec lenteur, ne sachant pas où trouver une répartie quelconque pour ajouter à leur débat. Il faut toujours rebondir, faire ses preuves.
Puis après tout, je me dis que je me moque un peu de ce qu'ils doivent penser de mes rires pour un rien, de ma voix traînante et de mes phrases creuses. AR, surtout, m'ennuie. Il se prend trop au sérieux, ce n'est même pas être pince-sans-rire alors ce n'est pas amusant.
Ensuite, nous allons au cinéma. J'ai bien aimé dans l'ensemble, c'était juste. Le réalisateur était présent, j'ai craint un débat pseudo-intellectuel sur la teneur du film. Quelqu'un a dit avoir beaucoup apprécié tous les clins d'oeil cinématographiques, pour ma part, je n'ai pas assez de culture pour avoir pu les souligner. Je suis incapable de dire pourquoi tel ou tel film me touche, c'est comme ça, sur le moment, je m'ennuie ou pas, je me fonds dans l'histoire ou pas et ça s'arrête là. A la sortie, je fais remarquer à Yann que je n'ai perçu aucun hommage dans le scenario, il me dit que ce n'est pas là le plus important, tant qu'on a aimé le film. Il y avait une autre fille de khâgne qui a visionné le film avec nous (et qu'ils m'avaient présentée avant qu'on ne la voit comme une fille inintéressante) et qui s'est insurgée du manque de profondeur dans chaque chapitre, elle était frustrée. (Je trouve au contraire que c'est ce qui fait le charme du film, ce que le réalisateur en a décrit était intéressant, ce n'était pas que de l'onanisme intellectuel. ) Tout en disant ça, elle notait des phrases sur son téléphone portable pour sa dissertation de philosophie car elle craignait de les oublier sur le chemin du retour. Elle a aussi critiqué la facilité des critiques du réalisateur sur la télévision et ses conséquences. J'avais envie de lui dire que c'était facile de critiquer la facilité, qu'elle n'avait qu'à pousser la critique de la critique un peu plus loin mais en fait, je m'en contre-fichais de ce qu'elle aurait pu raconter.
Yann et AR avaient prévu de m'emmener dans une soirée chez un ami à eux après le cinéma, et j'avais une excuse toute trouvée en sortant si jamais ils voulaient encore y aller. J'ai horreur de ce genre de plans : une soirée avec des inconnus qui se connaissent entre eux, trop mauvais pour ma santé mentale. C'est presque une peur panique, déjà le verre avec AR qui me jaugeait était une épreuve, alors plusieurs heures entourée d'étrangers : je vois déjà le tableau pour l'avoir déjà esquissé.
mercredi 12 mars 2008
mardi 11 mars 2008
off
J'essaie de relire les cours de biophysique, mais apparemment ce n'est pas encore ce soir que je saurais ces chapitres sur le bout des doigts. Les pensées sont sur une espèce de roue de la fortune, j'ai beau la relancer, elle s'arrête toujours sur les mêmes cases. Alors, je décide de mettre les choses au clair avec L. et C. après plusieurs semaines de silence (censées apaiser les rancœurs) mais en fait, je me rends compte que ça ne sert à rien.
Car chacun possède sa propre vérité et n'en démordra pas, comme un chien qui tient son os dans sa gueule, impossible de lui faire recracher. J'essaie de trouver les formulations les plus nettes possibles, pour ne pas créer d'éventuels autres imbroglio mais L. ne semble pas comprendre où je veux en venir, pour lui ce que je lui déblatère depuis une heure ne change rien, les faits sont les mêmes. [...]
Je suis frustrée au début, je pensais que tout s'arrangerait par ma simple bonne volonté mais en fait non, ils ne veulent pas lâcher leur os, alors je vais les laisser le ronger chacun dans leur coin, pour moi l'affaire est close, j'ai fait ce que j'ai pu.
[...]
Les rajouts n'apportent rien au constat, juste un petit air pathético-mélodramatique, il n'y a qu'à retenir que j'ai perdu celui que je considérais comme mon meilleur ami depuis plusieurs années et puis un ancien amoureux pendant presque trois ans qui ne deviendra probablement jamais un ami.
samedi 8 mars 2008
il y a un peu de ça
M. me dit "c'était le samedi de ton père aujourd'hui mais ne lui dis pas, sinon, je vais me faire enguirlander". Comme si c'était le genre de mon père, de réprimander les gens.
Ça m'agace ce genre de trucs, quand il va travailler alors que ce n'est pas son tour. Je dis à M. "encore dix ans à ce rythme et il finira à genoux". Et puis, je suis triste, je sens la tristesse monter dans les yeux, mais ce n'est pas le moment, ça n'y changera rien. Je suis triste parce que mon père se tue à une tâche qui ne rime à rien, qui ne lui rapporte rien financièrement, personnellement parlant. Que puis-je y faire? Je note ses jours de congés dorénavant, je me dis que ça changera peut-être quelque chose.
Je me moque un peu de lui ce soir, je lui dis "alors tu as bien travaillé aujourd'hui?". Il maugrée, bougonne et il n'en ressort rien. Je voulais aller au cinéma ce soir avec lui mais la séance était complète, à Amnellville, c'est fait marquant. Nous irons la semaine prochaine si le film est maintenu, ce n'est pas grave. Je mets des croix sur le calendrier pour qu'il se souvienne de ne pas aller à ce putain de Labo, rester à la maison et cesser d'être sous pression le temps d'un week-end. Je lui demande s'il veut aller promener mon hypothétique futur chien avec moi demain matin, il marmonne, feuillette son magazine et ne lève pas les yeux.
Je dramatise sûrement, il n'a pas besoin de moi pour le pousser à bout, il doit bien se rendre compte par lui -même qu'il est l'âne dans l'histoire mais ça m'agace. Je joue ma petite révoltée alors que ça ne me concerne pas, mais ça m'exaspère de le voir exténué et qu'il ne s'en rende même pas compte. Je fais ma commère Teresa, ce n'est pas à moi de le surveiller, il devrait le savoir par lui-même.
Je suis encore un peu soûle à cette heure alors je peux raconter tout ça sans penser que c'est misérable, que je fais ma Cosette.
Je repense à Lou au coin de la rue, au décourage, à l'inenvie d'aller lui adresser la parole comme si de rien n'était, comme si c'était une marque de défaite que d'aller lui parler, lui adresser quelques mots frivoles, histoire de marquer mon passage. Je serre les dents en l'ignorant, M. joue le jeu et me montre un objet le temps de passer le coin de la rue. Nous allons boire des bières brunes, nous raconter des histoires, j'oublie un peu le temps de la discussion la fatigue du père, la défaite dans la rupture sentimentale et je pense aux mots à accoler au moment, comme un timbre pour faire passer la lettre à la poste.
M. argumente pour me convaincre de l'inanité de la possibilité du chien dans l'appartement à N., je soupire, essaie d'adhérer aux faits, aux inconvénients dans la colonne "contre". Trop de contraintes, et pourtant, j'imagine les promenades libératrices au lieu de me morfondre dans l'appartement vide. Je me raccroche à l'idée comme à un radeau, comme si c'était la seule issue.
Je tanne mon père "c'est vrai que si je deviens comme toi au même âge quand tu te promenais seul avec ton chien, sans d'autres liens vivants, ce sera triste" et il me renvoie un regard accusateur amusé.
Je suis encore soûle et je raconte tout ça comme on déverse des peines, l'avenir n'est pourtant pas si sombre, il suffit d'y croire, mais ça m'étrangle de le taper, c'est tellement sot. Mes idées ne sont pas encore bien campées, il faut que je recouvre mes esprits pour y voir plus clair. Il faut se taire maintenant.
vendredi 7 mars 2008
à la barre
Je repense à la déficience dans les propos, ce qui a pu les rendre assez peu assurés pour qu'on puisse en extraire une signification que je n'ai pas voulu leur accorder. Oui, ça me tracasse cette histoire. Le sentiment de trahison doit être inaliénable à la situation de rupture amoureuse, bien que ce soit moi qui sois à l'initiative de la décision, je me sens trompée, pas par lui, mais par les bouches à oreilles. C'est triste.
Je ne voulais pas que ça finisse ainsi, que les autres se rameutent d'un côté ou d'un autre, prennent parti comme s'il était question de lutte, comme si la réalité était simplement scindable en deux parties bien distinctes : je l'ai lâché donc je suis la méchante et lui la victime. Alors soit, réglons le problème de cette manière si cela peut apaiser les esprits.
Constatons la disparition des sentiments, notons-la sur un papier bleu, mais restons calmes et courtois, s'il-vous-plaît.
Je me souviens de son regard battu le dernier matin, l'espoir fou qui m'a poursuivie jusqu'à ce que je disparaisse de son champ de vision, retournant à pied chez moi puisque le tram n'était pas décidé à arriver et que je ne me sentais plus capable de le savoir à quelques mètres de là, à m'attendre avec son regard battu et ses chaussures non lacées par manque de temps.
J'aurais bien voulu lui offrir un fin moins ridicule que celle-ci.
Il a de quoi me haïr maintenant, si ça peut l'aider à oublier tant mieux, et puis si les autres commères avec leurs avis sur la question réussissent à enfoncer le clou, très bien, je me sentirais libérée.
Pour le moment, je suis juste triste, pas abattue ou déprimée, juste triste parce que la situation est un peu laide.
mardi 4 mars 2008
sérénité, paix et amour
Rien que pour la vue de N. en panoramique, entière, sans aucun pan de mur ou barrière pour manger le paysage, je suis contente de m'être levée ce matin. Il soufflait un vent peu amène tout en haut du bâtiment de l'hôpital où l'hélicoptère se pose, mais c'était paisible dans ma tête. Ce genre de quiétude fugace ne se laisse pas saisir par des mots, c'est perdu d'avance, c'est comme acquérir la certitude que tout ira bien, se laisser bercer par cette atmosphère cotonneuse qui ne tient pas à grand-chose, juste le ressenti épidermique de la beauté du moment.
Le ciel était gris, presque noir par endroits, mais somptueux. J'avais envie de dire au pilote que ça devait bien agréable de travailler ici, mais il n'a pas eu besoin de ça pour dire que même après plus de trente ans de service, c'est toujours avec autant de plaisir qu'il prend son envol.
C'est dans ces moments-là que je sais que j'ai eu raison de m'engager dans ces études (je ne serai certes pas pilote d'hélicoptère mais j'espère ne jamais me lasser de mon futur métier moi non plus), peu importent les partiels à venir qui réveillent ma peur de l'échec, je suis heureuse d'être là où je suis.
Mais, une fois de retour sur terre, il faut quand même réviser tous ces fichus cours, et la trouille refait surface. Mais c'est le genre de défis dont j'ai besoin aussi, pour ne pas me sentir inutile, parce que si je réussis, j'aurais de quoi me sentir un peu grandie.
lundi 3 mars 2008
cadavre exquis solitaire donnant lieu à un galimatias peu probant
J'ai parlé avec Carole de la discussion rapportée entre elle et C. l'autre jour, elle me dit "on n'est plus au collège quand même. Je suis désolée qu'il ait interprété mes paroles comme ça, je t'assure que ce n'est pas vrai."
Je me sens terriblement rassurée, les gens ne sont pas tous des vipères, sussurant des messes basses crasses, te maudissant pour des phrases restées imprononcées. C'est bête à dire, mais c'est bien dans ce genre de situations qu'on peut passer au tamis ses amis. Je laisserai ces petits insectes concupiscents me conspuer, scruter avec commisération les paroles pour mieux se jeter dessus comme des rapaces voraces dès qu'un mot de travers pourra être sujet à une interprétation rebondissante et à mille lieux de la réalité initiale.
Je devrais m'arrêter là, ne plus y repenser, ressasser ce passé. (En effet, ce qui est fait est fait.) Encore une preuve des vertus du sage silence, je n'aurais jamais dû disséminer de ci de là mes doutes quant à mes sentiments pendant les vacances de décembre. Maintenant, ça jase et ça me blase et me blesse aussi, plus que nécessaire.
Mais ça me permet aussi de tenter de dénicher une allitération dans la sidération (lat. siderari, être frappé d'une influence maligne, de sidus, astre ; Littré). A cela s'ajoutent les dissonances résonant dans la discorde naissante et la distance, fossé creusé par parcelles chacun de son côté, de déceptions réciproques en prises de conscience.
dimanche 2 mars 2008
récepteurs nicotiniques : récompense - accoutumance - dépendance
On me dit que ce que j'écris ici en vaut la peine, alors on va essayer d'y croire et de ne plus disparaître ainsi, sous prétexte que mon égocentrisme chronique m'effraie subitement.
chacun son tour
Au téléphone avec mon père, nous n'arrêtons pas de déclamer des phrases qui se veulent finies mais qui ne définissent finalement rien et ça nous amuse. En ce moment, "la vie n'est qu'une longue révision". Je lui raconte les déceptions de ces derniers jours. Au téléphone, il est toujours volubile, se perd dans des argumentations sans fond, me dit que ça ne l'étonne pas trop, qu'il n'y a pas à s'en faire pour ce ramassis de conciergeries (Il dit "corroborer les dires" et la rugosité des mots me plaît). J'approuve avec véhémence et lui narre le dernier rêve, significatif de quoi, je ne sais pas. Il plaisante pour dédramatiser, nous surenchérissons chacun notre tour pour deviner la teneur d'un prochain rêve, d'un niveau supérieur encore.
Je lui arrache les mots pour que lui aussi me raconte ses histoires, le boulot lancinant, les insomnies des quatre heures, les décisions d'ouvrir un bouquin plutôt que de tenter de retrouver le sommeil caché dans un coin en se retournant cent fois, les yeux clos, sans résultat. Je lui demande à quelle heure il est rentré du labo, il répond vaguement. Je lui demande quand est-ce qu'il aura son prochain samedi libéré et répond que ce n'est pas d'actualité pour le moment, il y a vraiment trop à faire. Il me raconte que son réveil ne s'est déclenché hier matin, qu'il ne comprend pas. Je m'exclame "oh lala, tu imagines si jamais tu étais arrivé à 8 heures 30 au lieu de 8 heures?" Inconcevable, nous sommes d'accord sur ce point.
