mardi 6 juillet 2004

fiertés

Une bonne petite soirée, à l’improviste, à l’arrache, comme ça. Mon frère qui insiste lourdement pour que je l’accompagne au ciné, avec son pote, il me dit “viens, il paraît qu’il est marrant, ce film”. Vous savez, le 2 avec des petites antennes. Bon, je le suis, ça m’ennuie un peu, y avait Zodiaque ce soir-là, quand même, merde. Même pas le temps d’avaler ma salade, il me dit “allez dépêche-toi, on va être à la bourre!” “Tu me paies l’entrée hein? T’es sûr?” Parce que sept euros cinquante pour une daube, ça me ferait mal. Juste le plaisir d’aller au ciné avec cette andouille. Avant d’entrer dans le ciné, il me dit “surtout, quand tu vois mon pote, tu rigoles fort et tu te fous bien de sa coiffure”. Ho non, j’ai pas osé, j’aime pas me moquer des gens, c’est pas bien. Mais c’est vrai qu’elle est marrante sa crête.
On a juste le temps de s’asseoir sur les pop-corns moisis au-dessus des sièges que les lumières s’éteignent, et qu’un enfant fait “chuuuut” en riant doucement parce que personne ne sait que c’est lui qui a osé le faire. Mon frère l’imite.
Les bandes-annonces, que des dessins animés, bien évidemment, pour insister lourdement sur le fait qu’on a dépassé l’âge depuis quelques temps d’attraper le pompon dans les manèges.
Comme d’habitude, en sortant de la salle, je ne me souviens presque plus du film, juste que les allusions sont assez marrantes et que les yeux du chat quand il fait son mignon sont troublants. A vingt-deux heures, on était de retour chez nous.
Personnage A m’appelle, me dit qu’elle s’est totalement plantée en français. Conclusion pertinente : “Y’a les résultats?”. Je cours tel un aigle sur une souris (ouais, elle est chouette ma comparaison, je sais) sauf que la mienne, elle est rattachée au PC (arf arf, je suis un précurseur dans mon genre), mes mains tremblent, mon front se moitifie, mon regard se trouble, et puis, la révélation. La jubilation, enfin une réussite à la fin de cette foutue année. Je connaissais déjà ma note d’oral depuis deux semaines et j’en étais honteuse, moi qui m’appuyait fortement sur ses points, qui voulait relever le défi de mon père avec brio, avoir plus que 15 et 15. Avec ce 14, je me suis dit que j’étais déjà bien mal barrée et qu’il allait pouvoir se rengorger sur sa magnificence, j’étais pas fière. Surtout que l’écrit, comme j’avais oublié ma montre et que j’osais pas demander l’heure trop souvent à la dame qui passait entre les rangs, j’étais loin d’en être satisfaite. Je n’ai fait que deux parties au lieu de trois, et la deuxième est deux fois plus longue que la première, et je n’ai même pas suivi le brouillon, j’ai laissé mon esprit surhumain divaguer et me trouver des trucs super chouettes à foutre à la fin. Bref, c’était bâclé. Je me suis dit que jamais plus je ne pourrais regarder mon père en face, ce genre de choses. Et puis là, hier soir, vlan. J’ai failli m’écraser le crâne au plafond, enfin une note comme j’en veux. Ce ne sont que deux petits chiffres mais qui en disent beaucoup. Et ce couple-là, je peux dire que j’en suis fière. Ce n’est que le début, je sais, mais autant bien commencer, car l’année prochaine, je ferai moins ma crâneuse.

Pour fêter sa première paye, mon frère m’a embarquée avec lui dans l’achat d’une paire de lunettes de soleil. Je me suis auto-nommée conseilleuse en chef. Après avoir essayé une vingtaine de modèle à peu près “identiques sauf que”, il a choisi celles-là (hein qu’elles en jettent) et nous sommes repartis tout guillerets et ragaillardis (ils vont bien ensemble ces deux-là.) En passant, je suis allée sans espoir à la librairie juste pour le plaisir de me dire que c’est vraiment des nazes à Amnellville et qu’ils sortent les bouquins trois mois après leur date de parution, mais j’ai vu la tranche (et non pas la tronche, arf arf, c’est que du bon ce soir) du nouveau Nana, et là, c’était le comble du bonheur. On est repartis dans notre petite voiture rouge avec Gouge Away, U-Mass et leurs amis très forts en ouvrant les vitres en grand, même si on a pas des autocollants marqués “Tuning” à l’arrière, pour prouver que nous aussi on a la classe.

Un air me trotte dans la tête.

Ce n’était rien qu’un peu de miel
Mais il m’avait chauffé le corps
Et dans mon âme il brûle encore
À la manière d’un grand soleil.

”Être comblé”, ça veut sûrement dire qu’il n’y a rien à ajouter.

lundi 5 juillet 2004

échecs relationnels.

Un peu plus d’un an que je raconte ma vie à un écran. Et j’ai la dérangeante sensation, que finalement, rien n’a vraiment changé depuis. Tous les personnages B sont loin maintenant, de nouveau. La scène se vide tout doucement. Bientôt, je n’aurais plus rien à raconter en me rapportant à d’autres, un peu comme au début de l’histoire. Mais ça ne me rend plus aussi triste, non, vraiment plus. J’en reviens toujours aux mêmes problèmes, mais avec d’autres remèdes que ce mal-être que je trimballe un peu, comme tout le monde, sans qu’il ne m’empêche d’être. Bref, on s’habitue.
Un peu plus de distance entre personnage B et moi, un peu de ma faute, un peu de la sienne, et voilà où on en est. Je ne m’en fais pas trop, ça reviendra sûrement un jour, toujours de cette manière un peu crispée, et je me dirais toujours que “c’était mieux avant” mais on n’y peut rien, c’est tout. Je ne peux que constater. Mais tout ce qu’on a vécu ensemble était réussi, y a pas à dire et je garde tout ça bien dans un creux de ma cervelle, par là. Je n’ai aucune nouvelle du personnage B’ depuis son deuxième coup de téléphone pour savoir si je voudrais partir chez son père avec elle. J’ai été aimable, tout en soulignant que j’ai beau ne pas avoir énormément d’amis, je ne vais pas venir en accourant quand ça arrange l’autre, alors que ce même autre n’a pas daigné passer du temps avec moi pendant plusieurs mois. Dans le langage courant, on dit “laisser tomber” et ça veut tout dire. Comme un poids encombrant, un caillou dans sa chaussure. Relations yo-yo qui te reviennent dans la gueule, juste quand tu as réussi à t’en défaire.
Ce qui est bien dans les vacances d’été, c’est que tu n’es plus obligé de voir tout un tas de têtes, de faire semblant d’être heureux de partager le même oxygène alors que t’aurais plutôt envie de leur dire de la fermer et de les balancer dans les airs loin loin comme Naru fait avec Keitarô et même qu’il fait “chting” dans le ciel bleu. Je me rends compte que quand je sors, comme hier après-midi, je ne suis qu’avec personnage A, et les autres, je ne les croise que très rapidement, le temps d’un salussava. “Je n’ai plus d’amis”, c’est ce que je me répète sans cesse, enfin, souvent. Ce à quoi, mon cher psychologue à domicile (mon père) me répond “s’ils ne sont plus là, c’est que ce n’était pas de véritables amis”. Alors voilà, ils ne sont plus là, et de longs monologues fermés s’annoncent. Enfin, peut-être pas. Je vais continuer ma vie par procuration avec tous mes ”écrans”. Mot ambivalent car il peut signifier “cacher quelque chose”, “empêcher de”. Ça s’trouve, derrière, c’est pas mieux.