Elle était d’une beauté accessoire, c’était comme si tous les tissus qui la recouvraient possédaient de minuscules bras qui interceptaient et attiraient tous les regards, peut-être à cause de leur couleur : rouge. Sa démarche avait quelque chose d’aérien et pourtant on entendait chacun de ses pas se résorber sur le sol. Un silence respectueux lui faisait face, on l’attendait.
Lorsqu’elle prit la parole, elle la fit roucouler dans sa gorge et les sons produits s’éternisaient sur les ‘r’ d’une manière charmante. Mais elle n’était pas sortie de la photo de l’affiche qui l’annonçait depuis des semaines pour faire vibrer ses cordes vocales, elle le savait bien alors elle se contenta d’une présentation succincte des œuvres et des compositeurs qu’elle allait interpréter.
Très vite, presque avec brusquerie, elle s’est assise devant le clavier, n’a pas pris la peine de fermer un instant les yeux pour dénicher la concentration derrière ses paupières closes et sans autre préambule, a articulé des notes les unes au-dessus des autres.
Après ce début, tout devient flou, les pièces se sont succédées, elles s’est relevée à plusieurs reprises, a quitté la salle quelques instants pour mieux revenir, et le manège s’est poursuivi pendant plus d’une heure. Le moment s’est étiré dans une ambiance calfeutrée, imperméable à l’usure du temps.
Ensuite, elle a remis sa veste de torero et s’en est allée par la petite porte.
samedi 12 mars 2005
vendredi 4 mars 2005
décisions
C’est bouché là-haut, ça embourbe tout le système, pourtant, des tas de choses ne demandent qu’à sortir. La précipitation gâche tout, les idées fusent mais se retrouvent sens dessus dessous et le résultat est là : un micmac indigeste.
Cette difficulté à mettre de l’ordre là-dedans se répercute sur mes décisions à prendre. Rien que l’expression solennelle ainsi énoncée me fait reculer, je me perds dans des conjectures qui en appellent d’autres, partout, ces quatre lettres anodines se faufilent : “et si".
Comme ça n’engage que moi seule, je ne peux pas me défiler en adhérant à l’avis d’une tierce personne. Jusque là, ça fonctionnait : le prémâché me convenait bien.
Ce n’est que le début, j’en suis bien consciente, d’ailleurs, il n’y a que ça de si enivrant : les prémices, les trucs qui se profilent à l’horizon : incertains, claudiquants, qui laissent deviner une myriade d’interprétations possibles et plus ou moins plausibles. Après, on s’enraye, on patine dans l’habitude, on piétine les mêmes rengaines et l’enthousiasme se fait subrepticement la malle.
Pas besoin de me précipiter à la fin de l’histoire pour en connaître le dénouement, ni même l’engrenage inévitable dans lequel je m’engage.
Il va falloir passer aux choses concrètes, mais depuis le temps que tout ça traîne en jachère, rien ne presse vraiment.
