vendredi 15 avril 2005

furtif

Là maintenant, j'aimerais juste qu'on nous insère dans une de ces scènes-clichés avec des ralentis dans les regards qui s'entrecroisent, le souffle qui se coupe à mesure que l'on s'approcherait l'un de l'autre. Ce genre de moments qui te soulève, même si tu sais bien à quoi t'attendre : les atomes qui se raccordent parfaitement entre les deux corps, malgré le temps passés loin les uns des autres, la tête se cale toujours aussi parfaitement au creux du cou, le soulagement, les yeux qui se ferment. J'aimerais bien que ça revienne, je sais bien ce qu'on dit, plus c'est rare mieux on en profite, au point où on en est, il y aurait un raz de marée de profits à se faire avec tout ce manque qui me perd.

Faciles, faciles les accords que je me permets ici, les sentiments farcis de redites, les rallonges pour tenter de mieux cerner le problème.

Le temps me rogne et me ronge, mais lui reste intact, ne me fait pas la faveur d'accélérer sa vitesse de croisière en accord avec mes pulsations cardiaques qui s'emballent pour un rien.

mardi 5 avril 2005

molasse

Mon indécision permanente, mes ribambelles de questions et mes initiatives ratées, j'aimerais trouver la poche suffisamment grande pour les y stocker. Je fais en fonction des autres, j'adopte la forme qui semblerait la mieux vue, je me tais quand je ne sais plus comment m'y prendre.

Quand j'entame une approche en terrain inconnu, je m'arrête avant d'être arrivée à la formulation du point d'interrogation de mon doute, me rétracte en espérant qu'il saura comprendre le sous-entendu tapi dans mon silence. Il ne rebondit pas et laisse ma télépathie sans écho.

Je n'aurais jamais le mot de la fin, si nos points de suspension respectifs en engendrent d'autres encore et encore.

lundi 4 avril 2005

indigestion

J'ai arrêté de me dire que tout ce que je peux imaginer a autant de saveur que ce qui pourrait m'arriver en réalité, que la redondance des évènements tronque la nécessité de voir se renouveler telle ou telle situation.

L'isolement peut être une bonne thérapie sur une courte durée, le problème étant de connaître la date limite du traitement. Je n'ai plus d'excuse pour m'enfuir aussi vite que possible, les gens ne sont pas si détestables qu'ils n'y paraissent, on s'en accommode. On va même jusqu'à sympathiser. Stop. Ça n'ira pas au-delà. Sinon, je vais encore me paumer dans des relations chewing-gum, fades, qui pourrissent sur pied. On blague, on se raconte des petits épisodes de nos existences respectives, ce qui s'est tramé durant le week-end, ces banalités qui nourrissent les voix le temps de l'interclasse, la durée d'un ennui à combler.

Chacun de son côté, on intercepte un morceau de l'autre, parfois le télescopage est heureux, parfois l'addition est amère.

Mais la prise de risque est proportionnelle à l'implication qu'on y accorde. Je fais des tests pour le moment, mes conjectures quant aux résultats ont beau être pessimistes, il doit y avoir une part de vrai.

samedi 12 mars 2005

Elle était d’une beauté accessoire, c’était comme si tous les tissus qui la recouvraient possédaient de minuscules bras qui interceptaient et attiraient tous les regards, peut-être à cause de leur couleur : rouge. Sa démarche avait quelque chose d’aérien et pourtant on entendait chacun de ses pas se résorber sur le sol. Un silence respectueux lui faisait face, on l’attendait.
Lorsqu’elle prit la parole, elle la fit roucouler dans sa gorge et les sons produits s’éternisaient sur les ‘r’ d’une manière charmante. Mais elle n’était pas sortie de la photo de l’affiche qui l’annonçait depuis des semaines pour faire vibrer ses cordes vocales, elle le savait bien alors elle se contenta d’une présentation succincte des œuvres et des compositeurs qu’elle allait interpréter.
Très vite, presque avec brusquerie, elle s’est assise devant le clavier, n’a pas pris la peine de fermer un instant les yeux pour dénicher la concentration derrière ses paupières closes et sans autre préambule, a articulé des notes les unes au-dessus des autres.
Après ce début, tout devient flou, les pièces se sont succédées, elles s’est relevée à plusieurs reprises, a quitté la salle quelques instants pour mieux revenir, et le manège s’est poursuivi pendant plus d’une heure. Le moment s’est étiré dans une ambiance calfeutrée, imperméable à l’usure du temps.
Ensuite, elle a remis sa veste de torero et s’en est allée par la petite porte.

vendredi 4 mars 2005

décisions

C’est bouché là-haut, ça embourbe tout le système, pourtant, des tas de choses ne demandent qu’à sortir. La précipitation gâche tout, les idées fusent mais se retrouvent sens dessus dessous et le résultat est là : un micmac indigeste.
Cette difficulté à mettre de l’ordre là-dedans se répercute sur mes décisions à prendre. Rien que l’expression solennelle ainsi énoncée me fait reculer, je me perds dans des conjectures qui en appellent d’autres, partout, ces quatre lettres anodines se faufilent : “et si".
Comme ça n’engage que moi seule, je ne peux pas me défiler en adhérant à l’avis d’une tierce personne. Jusque là, ça fonctionnait : le prémâché me convenait bien.
Ce n’est que le début, j’en suis bien consciente, d’ailleurs, il n’y a que ça de si enivrant : les prémices, les trucs qui se profilent à l’horizon : incertains, claudiquants, qui laissent deviner une myriade d’interprétations possibles et plus ou moins plausibles. Après, on s’enraye, on patine dans l’habitude, on piétine les mêmes rengaines et l’enthousiasme se fait subrepticement la malle.
Pas besoin de me précipiter à la fin de l’histoire pour en connaître le dénouement, ni même l’engrenage inévitable dans lequel je m’engage.

Il va falloir passer aux choses concrètes, mais depuis le temps que tout ça traîne en jachère, rien ne presse vraiment.

mercredi 26 janvier 2005

à propos de la soirée du 16

D’un pas qui se veut nonchalant, je me dirige vers la porte vitrée embuée de friture - la faute aux pattes grasses l’ayant poussé avant moi dans le sens inverse – j’ai déjà repéré son profil bas dans un coin de ce fast food nauséabond, point de rendez-vous des plus chics, je me l’accorde. Le réceptacle à boisson entre ses mains nerveusement tremblantes ne contient pas de ce délicieux café-lavasse, mais un Coca que je suppose mal approprié à la froidure aux tendances givrantes de l’en-dehors. Mais bon.
J’entrevois son genou gigotant nerveusement sous la table en formica, comme lors de notre dernière entrevue. Il se soulève d’un bond et fait valdinguer deux bises dans l’air à proximité de mes joues. J’arbore un sourire niais à but non lucratif et entretiens ce début de conversation du bout des doigts, les propos que nous échangeons étant fortement inspirés de nos parcours scolaires respectifs.
Lorsque sa paille tournevire et commence à broyer avec une insistance croissante les quelques glaçons ne cherchant qu’à fondre tranquillement dans le fond de son gobelet, je lui propose de changer de chaise et d’endroit par la même occasion.

Les murs rougis aux reflets brillants tout étudiés pour mettre en valeur les cadres de photos en noir et blanc, artistiquement relevées par un éclairage feutré, les barres du baby foot mises à mal par quelque brute du poignet, l’air saturé de nicotine, l’agglutinement des bedaines dégoulinantes au zinc et la touche finale : les minuscules bougies par ci par là. Voilà le tableau.
A nouveau, il faut remettre la machine à conversations en route. Au début, ce sont juste quelques temps morts qui s’immiscent de temps en temps, mais j’aime pas ça, les silences inopinés. Finalement, le vacarme musical haussant le ton bien insolemment et aussi le fait accompli : nous ne sommes pas doués pour deviser ainsi durant des heures.
D’un commun accord, nous laissons la non-conversation s’étirer en longueur, on peut même dire qu’elle se prélasse avec délectation, la garce, et se gausse ouvertement de nos manques d’assurance à tous les deux.

Avec ou sans bruits de bouche, les heures filent et c’est un peu gênés qu’on se quitte, les oreilles encore bourdonnantes du boucan qui pulse toujours derrière la baie vitrée, je ne sais pas d’où provient cet embarras mais la situation devient cafouilleuse et c’en est amusant.

Pas de scène d’adieux tragiques à signaler, dommage n’est-ce pas?

vendredi 21 janvier 2005

l'art de ne rien dire ou mieux vaut se la fermer la plupart du temps

Tu voudrais que j'articule des phrases sensées? Mais pour signifier quoi? Mon abrutissement entrecoupé de sursauts d'enthousiasme au goût d'aspartame? C'est fastidieux de parler pour ne rien dire, il faut recommencer ensuite, et l'expulsion n'en est que plus douloureuse, et puis les redites, c'est agaçant pour celui en face. Je me mets à ta place et l'effet est immédiat : les mots se dissolvent dans ma salive, et le seul survivant, c'est ce carambolage crissant, trop constipé pour être intelligible.

Qu'est-ce que je vous sers? Un énième paragraphe sur l'art de ne rien dire? Voilà qui est fait.

samedi 8 janvier 2005

le silence

Un silence repu, d’une langueur tiède, enrobant les murs, dont tu ne parviens jamais tout à fait à satiété. Tu retiens des soupirs de satisfaction pour ne pas le fêler et qu’ensuite il refuse de revenir.

Il faut connaître ça, c’est un passage obligé, même pas forcé. Ho non, une fois coulé au fin fond de ce béton cotonneux, la tête s’enfonce obstinément un peu plus profond, là où la chaleur est encore plus douce. Et, aussi incroyable que ça puisse paraître, c’est possible. Pas besoin de beaucoup d’efforts, si c’est ça qui te rendrait dubitative, la joue au creux de l’épaule et les cheveux qui lui titillent les yeux, voilà tout ce que pourrait quémander ton corps en manque de possession. La surenchère n’a rien de bien poussé, tu en conviendras.

Tu peux relever le menton si ton épiderme n'est pas assez fiable à ton goût et forcée de constater que le même sourire béat dégouline de sa bouche, il fait semblant de dormir, mais sois sûre qu’un minuscule rien fera ouvrir ses paupières plissées de sommeil feint.