Je m'étais dit que ce serait bien de tenter une nouvelle rencontre avec Yann (khâgne) et son ami AR (faculté de cinéma) pour voir si je passerais une bonne soirée en leur compagnie.
J'avais retrouvé Yann en avance pour qu'on aille acheter nos places pour l'avant-première de J'ai toujours rêvé d'être un gangster. Il m'a bien fait rire avec ses diverses imitations et autres anecdotes, ça détend de faire la groupie stupide qui rit pour rien. Et puis AR est arrivé en scène, parce que c'était un peu ça : une entrée en scène. Il arrive, et il déclare que "parfois, on ne sait pas pourquoi, la journée se passe bien et à un temps t, une grosse masse nous tombe sur le dos comme un piano sur la tête ou alors un doberman enragé." Il y avait encore plus d'emphase dans son propos, je ne me souviens plus des termes exacts employés. Alors, je me gausse doucement et fait remarquer qu'un doberman enragé ne pèse pas autant qu'un piano. Il me regarde droit dans les yeux, exaspéré. J'ai dû le couper dans son élan.
Et toute la discussion a continué sur cette lancée, une espèce de joute verbale où on ne joue même pas avec les mots, ça prend une dimension plus solennelle, on se gargarise avec ses propres mots d'esprit, et surtout, ils critiquent une bonne flopée de connaissances qu'ils ont en commun. Je prends peur, je n'aimerais pas me faire juger ainsi moi aussi, et puis j'essaie quand même de faire bonne figure, et dans ces cas-là que je peux devenir agressive sans le vouloir, je parle d'un ton incisif alors qu'une minute avant, je mâchonnais les mots avec lenteur, ne sachant pas où trouver une répartie quelconque pour ajouter à leur débat. Il faut toujours rebondir, faire ses preuves.
Puis après tout, je me dis que je me moque un peu de ce qu'ils doivent penser de mes rires pour un rien, de ma voix traînante et de mes phrases creuses. AR, surtout, m'ennuie. Il se prend trop au sérieux, ce n'est même pas être pince-sans-rire alors ce n'est pas amusant.
Ensuite, nous allons au cinéma. J'ai bien aimé dans l'ensemble, c'était juste. Le réalisateur était présent, j'ai craint un débat pseudo-intellectuel sur la teneur du film. Quelqu'un a dit avoir beaucoup apprécié tous les clins d'oeil cinématographiques, pour ma part, je n'ai pas assez de culture pour avoir pu les souligner. Je suis incapable de dire pourquoi tel ou tel film me touche, c'est comme ça, sur le moment, je m'ennuie ou pas, je me fonds dans l'histoire ou pas et ça s'arrête là. A la sortie, je fais remarquer à Yann que je n'ai perçu aucun hommage dans le scenario, il me dit que ce n'est pas là le plus important, tant qu'on a aimé le film. Il y avait une autre fille de khâgne qui a visionné le film avec nous (et qu'ils m'avaient présentée avant qu'on ne la voit comme une fille inintéressante) et qui s'est insurgée du manque de profondeur dans chaque chapitre, elle était frustrée. (Je trouve au contraire que c'est ce qui fait le charme du film, ce que le réalisateur en a décrit était intéressant, ce n'était pas que de l'onanisme intellectuel. ) Tout en disant ça, elle notait des phrases sur son téléphone portable pour sa dissertation de philosophie car elle craignait de les oublier sur le chemin du retour. Elle a aussi critiqué la facilité des critiques du réalisateur sur la télévision et ses conséquences. J'avais envie de lui dire que c'était facile de critiquer la facilité, qu'elle n'avait qu'à pousser la critique de la critique un peu plus loin mais en fait, je m'en contre-fichais de ce qu'elle aurait pu raconter.
Yann et AR avaient prévu de m'emmener dans une soirée chez un ami à eux après le cinéma, et j'avais une excuse toute trouvée en sortant si jamais ils voulaient encore y aller. J'ai horreur de ce genre de plans : une soirée avec des inconnus qui se connaissent entre eux, trop mauvais pour ma santé mentale. C'est presque une peur panique, déjà le verre avec AR qui me jaugeait était une épreuve, alors plusieurs heures entourée d'étrangers : je vois déjà le tableau pour l'avoir déjà esquissé.
