Au téléphone avec mon père, nous n'arrêtons pas de déclamer des phrases qui se veulent finies mais qui ne définissent finalement rien et ça nous amuse. En ce moment, "la vie n'est qu'une longue révision". Je lui raconte les déceptions de ces derniers jours. Au téléphone, il est toujours volubile, se perd dans des argumentations sans fond, me dit que ça ne l'étonne pas trop, qu'il n'y a pas à s'en faire pour ce ramassis de conciergeries (Il dit "corroborer les dires" et la rugosité des mots me plaît). J'approuve avec véhémence et lui narre le dernier rêve, significatif de quoi, je ne sais pas. Il plaisante pour dédramatiser, nous surenchérissons chacun notre tour pour deviner la teneur d'un prochain rêve, d'un niveau supérieur encore.
Je lui arrache les mots pour que lui aussi me raconte ses histoires, le boulot lancinant, les insomnies des quatre heures, les décisions d'ouvrir un bouquin plutôt que de tenter de retrouver le sommeil caché dans un coin en se retournant cent fois, les yeux clos, sans résultat. Je lui demande à quelle heure il est rentré du labo, il répond vaguement. Je lui demande quand est-ce qu'il aura son prochain samedi libéré et répond que ce n'est pas d'actualité pour le moment, il y a vraiment trop à faire. Il me raconte que son réveil ne s'est déclenché hier matin, qu'il ne comprend pas. Je m'exclame "oh lala, tu imagines si jamais tu étais arrivé à 8 heures 30 au lieu de 8 heures?" Inconcevable, nous sommes d'accord sur ce point.
