Surtout de ne pas réfléchir, cogiter sur des problèmes dont les solutions m’échappent, comme autant de poissons visqueux entre mes mains malhabiles, et continuer de faire comme si de rien n’était, comme si je n’avais encore rien découvert, comme si mes pensées n’étaient pas alourdies sans cesse par une absence, un ensemble vide.
J’ai beau les remplir par des équations, des romans, des notes de musique, il y a toujours un espace sans rien que je n’arrive pas à combler. Et au moment où je crois avoir entassé assez de choses par-dessus pour faire semblant de ne plus le voir, il explose et tout rejaillit, rendant mes efforts vains.
J’aimerais bien pouvoir me perdre entre d’autres paires de bras, ne pas espérer indéfiniment trouver en toi la hauteur parfaite pour pouvoir loger ma tête au creux de ton cou, pour que tes bras m’entourent toute entière, juste ce qu’il faut.
Alors, comme je sais bien qu’un ersatz de toi serait loin de me satisfaire, j’entoure très fort mes genoux contre ma poitrine, et je t’attends.
mercredi 24 novembre 2004
creux
lundi 15 novembre 2004
inexorablement
"Tu as l'air ailleurs." C'est sûrement parce que je le suis, patate.
Je ne vis plus dans le moment présent, encore un peu dans le passé et tournée désespérément dans l'attente d'un futur. Futur improbable, certes, mais que je veille patiemment. Je ne sais pas ce que je veux vraiment, je n'ai jamais été aussi peu sûre de moi, les jambes qui flageolent et le vertige, c'est tout le temps. J'économise chaque mot, chaque geste pour tout cristalliser à l'intérieur et ne rien dévoiler, garder cette petite lueur bien cachée pour que personne ne puisse me la dérober.
Je suis dans un battement, je survole les heures qui s'écoulent, je les occupe distraitement, parfois même, la tâche m'intéresse. Mais, j'attends toujours ce je-ne-sais-quoi.
Je ne veux pas être comme les autres, je ne veux pas avoir une destinée formatée qui me soit assignée, je veux pouvoir rêver de l'extraordinaire et ne pas me poser de questions sur la probabilité de le voir se concrétiser.
Ça n'a jamais été ainsi, happée dans une nouvelle dimension qui m'échappe, ça fout la trouille forcément, mais je suis désespérément sereine. Je ne saurais l'expliquer, ça comme beaucoup d'autres choses.
Tout ce que je sais, c'est que j'attends.
dimanche 7 novembre 2004
clean
Depuis le temps que je projetais d’aller voir ce film, j’en attendais beaucoup. En plus, c’était la première fois que j’allais au cinéma toute seule, comme le font les vrais amateurs de cinéma. A ma grande surprise, la moyenne d’âge des spectateurs était la soixantaine bien tassée, plein de mamies avec leurs amies mamies étaient venues regarder ce film de junkie. Je devais être la seule représentante des moins de vingt ans. Beaucoup de responsabilité sur mes frêles épaules. Ou pas.
Je m’attendais à être une des rares à me déplacer en ce dimanche après-midi grisailleux, à pouvoir me placer juste au milieu de la petite salle aux tentures rouges fanées, avoir la pleine satisfaction de me garantir un espace vital raisonnable entre moi et les autres spectateurs. Je me suis retrouvée calée entre une honorable mère de famille et une de mes profs de sport du collège. Loupé pour le dépaysement total le temps du film. En plus, n’étant pas au milieu de l’écran, j’appréhendais de ne pas pouvoir me fondre complètement dans le film, tout ça, vraiment, je me prenais pour une grande connaisseuse.
Malgré tout ces petits inconvénients, je l’ai trouvé vraiment chouette. (On remarquera que pour les critiques fondées et pertinentes, il va me falloir encore un peu d’expérience.) Mais ça aurait pu finir mal que ça ne m’aurait pas déplu. Sortir du ciné en se disant “quel dommage tout de même” puis oublier petit à petit pour se ré-attacher à sa réalité médiocre, alors que là, je suis sortie flageolante (deux heures assises, ça en a cassé plus d’un) avec cet espoir du “la vie vaut la peine d’être vécu, la volonté et le moteur de la réussite, c’est au pied du mur qu’on voit mieux le mur” et tout ce genre de conneries. Par contre, ça n’enlève pas le retour goutte à goutte à sa propre médiocrité.
Mais ça, aucun film ne pourra le changer. Que moi. La volonté et le moteur de la réussite. Ou pas.
samedi 6 novembre 2004
petit moment de contentement
Le froid. Au bord du terrain, Lola, C. et moi accoudés à la rembarde rouillée et écaillée de blanc. C. nous sort son grand baratin de connaisseur, Lola et moi, on s’en balance gentiment, on regarde les joueurs se taper dans les pattes et l’expression mi-inquiète, mi-triomphante par avance sur leurs visages semble être la seule source de chaleur à des mètres à la ronde. Pour nous distraire un peu du mouvement de tête cyclique allant de la droite vers la gauche et inversement, C. exhibe une photos de classe datant de la primaire où nous sommes tous les deux souriants comme deux gentils petits gamins. C’était l’époque où on ne tirait pas un tête de six pieds de long pour montrer que la vie c’est vraiment naze, alors qu’on est simplement les preuves vivantes que l’adolescence est une période bien ingrate difficile à passer. D’ailleurs, je n’en suis toujours pas sortie, comme le prouve tous ces posts.
Je suis contente d’être avec eux deux, je n’ai pas si froid que ça, j’emberlificote avec application ma tête dans mon écharpe jusqu’aux oreilles et ça me va.
mardi 2 novembre 2004
kikoolol tummank
“Tu me manques". Recensée de nombreuses fois dans ce qu’on a pu m’écrire, cette phrase comme un leitmotiv lancinant qui sonne faux à force d’être usité pour rien, invoqué vainement.
Nombre de fois versifiée, avec des contextes différemment tournés, plus ou moins soignés, enrobage brillant d’un sentiment factice.
D’habitude, je ne m’y attarde pas longuement, je lis ces trois mots avec le même intérêt suscité par ceux qui les ont précédés. On te fourre ça à la fin d’une lettre, griffonné à la va-vite et sans prêter attention à leur valeur. Parfois, cette petite phrase prend la tournure d’une supplication frivole pour se défaire de ses remords, censée tout arranger. Et j’y crois, à la magie qu’évoquent ces mots, alors qu’en fait, c’est simplement la prise de conscience passagère d’une rupture dans une relation, seulement ça, aucune vertu cicatrisante.
Je te les cracherais bien à la gueule, ces trois mots, te les éructer sans la minauderie que tu emploies, pour te montrer l’énormité du mensonge dont tu affubles ces mots, en te regardant bien dans le blanc des yeux, accompagnant la parole d’un bon coup de couteau dans le dos pour que tu comprennes peut-être la douleur liée au manque.
Une seule fois, quelqu’un m’a dit “tu me manques” avec sincérité, je crois. Et à vrai dire, ça fait aussi mal.
