dimanche 19 septembre 2004

Sans arrêt besoin d’être rassurée, que je n’aie pas à prendre d’initiatives pour un rendez-vous, ou qu’on entame la conversation avant que j’aie à le faire me rassure. Comme ça, je crois qu’on tient à moi, et le moindre geste de sympathie à mon égard me met du baume au cœur. En ce moment, j’ai besoin que quelqu’un me prenne dans ses bras et me dise des phrases rassurantes sur le ton de la confidence. Pourtant, quand ça m’arrive, je ne sais pas quoi répondre, je ne sais plus comment déplacer mes membres, je ne sais plus que dire, comment expliquer à quel point c’est doux de se sentir entourée. Alors je reste debout, raide comme du marbre et froide comme un serpent. Tout ce que je trouve à dire est sans intérêt, manque de répartie et ferait mieux d’être passé sous silence.
Je ne savais pas quoi répondre, hier soir, quand elle m’a demandé ce qui va mal. Mes épaules tressautaient hystériquement, comme elles en ont pris l’habitude depuis quelques temps, ma voix n’était pas rauque, mes yeux à peine humides.
Il faisait très sombre, c’était marrant de voir leurs quatre silhouettes à peine dessinées et d’imaginer les expressions de leur visage. Ils m’ont fait rire avec leurs pitreries, et j’ai pu arrêter de faire mon effondrée. Je n’aime pas me montrer faiblarde comme ça, c’est tout juste bon pour être écrit, mais pas pour être vu.

dimanche 12 septembre 2004

les fleurs du mâle

Les lys perdaient de leur poudre ocre sur mon jean pendant que je les tenais fermement dans mes mains à travers l’aluminium. Mon frère, d’une poésie sans pareille, me fait remarquer qu’après tout, les fleurs ne sont que des organes sexuels multicolores. Les arbres avançaient à une vitesse folle à travers nos vitres. Nous étions bien calés dans nos sièges par le mélange de lapin, avocat, saumon fumé et charlotte au chocolat qui s’entrelaçaient dans nos estomacs.

J’ai beaucoup dormi en deux jours, pas vraiment par fatigue, plutôt par paresse, sûrement mon matelas parfumé au somnifère, comme si le monde derrière mon oreiller était encore plus féérique que le spectacle du Moulin Rouge. Pourtant, je n’ai pas rêvé de strip-teaseuses, mais d’un cadavre en décomposition, un peu momifié sur le bord, traînant dans mon jardin. Allez savoir pourquoi. J’ai un bouquin qui fait traducteur de rêves, et je crois que c’est pas de bon augure.

Je dessine aussi des trucs bizarres, comme si mon porte-mine était le portemanteau de mes peines. Ca veut rien dire, mais c’est juste histoire de lier avec le préfixe “porte”. Et puis faites pas les fines bouches, c’est pas le moment! Je dessine des trucs très tristes, quoique annônés, toujours des silhouettes maigrichonnes et des visages souffreteux. Je me la joue fille en mal de vie, (pas confondre avec la Moldavie) le coeur en berne et la tête en peine.

Pourtant non, je ne vais pas si mal, avec mon bouquet de bites à la main.

samedi 11 septembre 2004

J’ai peur de laisser reposer trop de choses sur une seule personne. J’ai peur aussi de devoir m’en détacher prématurément, avant qu’il ne voit les marques que je lui laisse, car je n’aimerais pas qu’il les aperçoive. Il aurait sûrement peur, lui aussi.

Pourquoi je suis si déplacée, si mal en point, je ne sais pas. Je ne cherche pas vraiment, je ne bouge pas pour enlever le tas de poussière qui m’encombre les yeux. Parce que je me doute bien que rien de plus beau ne m’attend derrière. Je n’ai jamais vu l’absurdité de si près, la mienne, la leur, à celle de ces gens que je croise une fois ou quotidiennement, ceux-là qui traînent eux aussi leurs humeurs sur leurs visages. J’aimerais bien pouvoir être originale dans mon état, ne pas reprendre des choses que d’autres ont déjà connu, avoir une vision totalement nouvelle. Je sais bien que ma banalité empêche ses envies de grandeur de se voir réalisées. J’ai bien trop conscience de toute cette médiocrité, de toute la moyenne qui me constitue, moi comme un autre. J’aurais bien aimé avoir une existence hors du commun, même pas pour la balancer à la face émerveillée de ces petits mécréants qui n’y connaissent rien, juste pour avoir ce sentiment d’avoir réussi quelque chose de formidable, quelque chose qui me donnerait constamment envie d’avancer toujours un peu plus et un peu plus vite.

Il y a des gens, dans le temps, qui ont inventé la catharsis, pour libérer les spectateurs d’une pièce de théâtre de toutes leurs passions. Eh bien, je décrète que ces gens-là étaient des cons. On a besoin de nos sentiments les plus forts pour avoir envie de vivre, besoin de peines à abattre pour ressentir l’envie d’être meilleur et plein d’autres choses utopiques-à-la-noix.

Et là, j’ai l’impression d’avoir écouté avec trop d’attention ma prof de français de l’année dernière. Je me sens toute vide. Complètement vide.

jeudi 2 septembre 2004

Elle

C’était sûrement une petite fille mignonne comme tout, avec un sourire désarmant et un rire cristallin.

Je vais tenter de brosser un portrait peut-être romancé, mais toujours véridique, de cette petite dame brune.

Elle habitait loin loin loin, un peu comme Shrek, sauf que là-bas, les paysages n’étaient pas toujours bien jolis et les mines pas toujours réjouies. C’était donc une jolie petite fille, qui vivait dans une grande maison avec ses deux frères et sa grande sœur, sa tante et sa cousine, et aussi sa mère qui rentrait toutes les fins de semaines. Son père n’était pas là, parti depuis bien longtemps, préférant traîner les bars et courir les femmes plutôt qu’aider la sienne. D’ailleurs, cette petite fille était “une erreur de parcours”, un petit bébé né suite à une inattention de sa maman et de son papa, alors que son père avait déjà commencé lentement à quitter le foyer familial.
Le soir, elle allait arroser les fleurs de son jardin et donner le repas à son grand-père qui n’avait plus qu’une dent, m’avait-elle raconté. La végétation était sûrement très verte et les fleurs bien colorées et la touffeur de la journée quittait doucement l’air.
Elle a grandi, comme ces fleurs dont elle prenait tant soin, peut-être un peu moins bien qu’elles, mais quelle importance? La plupart de son éducation, elle la doit à ses deux vieilles tantes acariâtres et on ne peut moins douces. Elle ne leur en tenait pas rigueur, les longs câlins qu’elle partageait avec sa maman lorsqu’elle rentrait, toujours trop rapidement, la rasseneraient comme elle le pouvait.

A l’école, elle ramassait les bonnes notes dans les matières littéraires et des un peu moins honorables en mathématiques. Elle portait de jolies tuniques blanches sur des pantalons flottants. Elle avait un beau sourire, toujours.

Je ne sais pas à partir de quand, son petit monde bringuebalant de bonheur mitigé s’est effrité. Elle ne m’a pas tout dit de cette période, c’était encore marqué au fer rouge dans sa mémoire.

A dix-huit ans, elle est partie à Saigon, rejoindre sa mère, professeur à la faculté, pour y faire ses études de Pharmacie. Elle était si contente de pouvoir être toujours aux côtés de sa mère, de rattraper toute cette enfance entrecoupée d’absences obligées. Elle a vécu deux belles années à ses côtés, même lorsque sa mère est tombée malade, elle était là. Après ces deux ans, sa maman est décédée. On l’a enterrée dans le jardin de la maison à Vinh Long, j’ai vu des photos en noir et blanc du cercueil. Ils étaient tous habillés de blanc, la couleur du deuil, là-bas.

Et puis, la guerre. Elle m’avait raconté, il y a longtemps déjà, qu’une fois, elle marchait dans les rues alarmées de Vinh Long, il faisait nuit et c’était le couvre-feu. Elle a croisé un soldat, elle m’avait dit quelle peur elle avait ressenti alors, et son soulagement quand elle s’était aperçue que c’était son frère. Naïvement, je lui avais dit qu’elle avait toujours eu de la chance. Elle m’a souri tristement, je crois.

Son père, après avoir erré entre le Viet-Nam et le Cambodge, hésitant entre être du côté de la force en place et la rébellion est finalement mort d’une balle de fusil dans sa cachette au Cambodge.

Il a fallu partir, et laisser la grande maison et les tombes aux petits carreaux bleus du jardin. Sa tante, refusant catégoriquement de les suivre, leur à donner de l’or en bijoux et l’a cousu dans leurs vêtements. Je crois qu’ils ont passé deux semaines en Malaisie dans un camp de réfugiés, Elle, sa cousine et son mari et DH, avant d’être “repêchés” par un bateau français. Ses deux frères et sa sœur, eux, sont partis avec un bateau américain.
Le bateau était surchargé, ils ont failli mourir, sûrement, des pirates leur ont volé leur or et il n’avait plus qu’un paquet de biscuits pour continuer leur voyage.

Après avoir serré la patte à Chirac (alors ministre de l’intérieur, je crois) ils ont été dirigé vers Amnellville. Quand elle a vu la ville s’étaler au loin sous ses yeux, Elle m’a dit qu’elle l’avait trouver très grande. Ce n’était qu’un effet d’optique.

Elle s’est reconstruit une vie convenable, parce que le Secours Catholique, elle ne voyait pas ça à long terme. Elle a repris ses études de Pharmacie à partir de la thèse car il le fallait bien. Elle a recontré un homme, ils n’ont pas eu énormément d’enfants, seulement deux, et son bonheur est toujours précaire. La faute à qui?

Aujourd’hui, elle vit toujours à Amnellville, elle n’est jamais retournée dans le pays de ses racines et de sa maman. La maison familiale a été vendue il y a quelques années de cela par sa soeur, qu’elle n’a jamais revu depuis, je crois. Son deuxième frère est mort en 2001, après une longue descente aux tréfonds de la médiocrité. Lui aussi, il était beau et séduisant, avec son grand sourire et son air joyeux.
Il y a peu, elle disait que retourner au Viet-Nam ne la tentait plus, qu’elle n’était pas vraiment à sa place en France et plus tout à fait chez elle là-bas. Avant, c’était son rêve.

Et c’est cette petite fleur mal en point que je vois tous les jours se fatiguer à son boulot inintéressant. Elle a même acheté un bouquin “Comment vivre heureux?” et a marqué sur la dernière page “Suis-je heureuse? Malheureuse? Un peu des deux?”.

S’il fallait que je t’achète des bouquins pour que tu retrouves ton sourire des beaux jours, Maman, je crois bien que je le ferai.

mercredi 1 septembre 2004

esprit es-tu là?

“-Pour laver un affront et essuyer un échec, on utilise quoi?
-Mieux vaut passer l’éponge.”

Hahaha.