D’un pas qui se veut nonchalant, je me dirige vers la porte vitrée embuée de friture - la faute aux pattes grasses l’ayant poussé avant moi dans le sens inverse – j’ai déjà repéré son profil bas dans un coin de ce fast food nauséabond, point de rendez-vous des plus chics, je me l’accorde. Le réceptacle à boisson entre ses mains nerveusement tremblantes ne contient pas de ce délicieux café-lavasse, mais un Coca que je suppose mal approprié à la froidure aux tendances givrantes de l’en-dehors. Mais bon.
J’entrevois son genou gigotant nerveusement sous la table en formica, comme lors de notre dernière entrevue. Il se soulève d’un bond et fait valdinguer deux bises dans l’air à proximité de mes joues. J’arbore un sourire niais à but non lucratif et entretiens ce début de conversation du bout des doigts, les propos que nous échangeons étant fortement inspirés de nos parcours scolaires respectifs.
Lorsque sa paille tournevire et commence à broyer avec une insistance croissante les quelques glaçons ne cherchant qu’à fondre tranquillement dans le fond de son gobelet, je lui propose de changer de chaise et d’endroit par la même occasion.
Les murs rougis aux reflets brillants tout étudiés pour mettre en valeur les cadres de photos en noir et blanc, artistiquement relevées par un éclairage feutré, les barres du baby foot mises à mal par quelque brute du poignet, l’air saturé de nicotine, l’agglutinement des bedaines dégoulinantes au zinc et la touche finale : les minuscules bougies par ci par là. Voilà le tableau.
A nouveau, il faut remettre la machine à conversations en route. Au début, ce sont juste quelques temps morts qui s’immiscent de temps en temps, mais j’aime pas ça, les silences inopinés. Finalement, le vacarme musical haussant le ton bien insolemment et aussi le fait accompli : nous ne sommes pas doués pour deviser ainsi durant des heures.
D’un commun accord, nous laissons la non-conversation s’étirer en longueur, on peut même dire qu’elle se prélasse avec délectation, la garce, et se gausse ouvertement de nos manques d’assurance à tous les deux.
Avec ou sans bruits de bouche, les heures filent et c’est un peu gênés qu’on se quitte, les oreilles encore bourdonnantes du boucan qui pulse toujours derrière la baie vitrée, je ne sais pas d’où provient cet embarras mais la situation devient cafouilleuse et c’en est amusant.
Pas de scène d’adieux tragiques à signaler, dommage n’est-ce pas?
mercredi 26 janvier 2005
à propos de la soirée du 16
vendredi 21 janvier 2005
l'art de ne rien dire ou mieux vaut se la fermer la plupart du temps
Tu voudrais que j'articule des phrases sensées? Mais pour signifier quoi? Mon abrutissement entrecoupé de sursauts d'enthousiasme au goût d'aspartame? C'est fastidieux de parler pour ne rien dire, il faut recommencer ensuite, et l'expulsion n'en est que plus douloureuse, et puis les redites, c'est agaçant pour celui en face. Je me mets à ta place et l'effet est immédiat : les mots se dissolvent dans ma salive, et le seul survivant, c'est ce carambolage crissant, trop constipé pour être intelligible.
Qu'est-ce que je vous sers? Un énième paragraphe sur l'art de ne rien dire? Voilà qui est fait.
samedi 8 janvier 2005
le silence
Un silence repu, d’une langueur tiède, enrobant les murs, dont tu ne parviens jamais tout à fait à satiété. Tu retiens des soupirs de satisfaction pour ne pas le fêler et qu’ensuite il refuse de revenir.
Il faut connaître ça, c’est un passage obligé, même pas forcé. Ho non, une fois coulé au fin fond de ce béton cotonneux, la tête s’enfonce obstinément un peu plus profond, là où la chaleur est encore plus douce. Et, aussi incroyable que ça puisse paraître, c’est possible. Pas besoin de beaucoup d’efforts, si c’est ça qui te rendrait dubitative, la joue au creux de l’épaule et les cheveux qui lui titillent les yeux, voilà tout ce que pourrait quémander ton corps en manque de possession. La surenchère n’a rien de bien poussé, tu en conviendras.
Tu peux relever le menton si ton épiderme n'est pas assez fiable à ton goût et forcée de constater que le même sourire béat dégouline de sa bouche, il fait semblant de dormir, mais sois sûre qu’un minuscule rien fera ouvrir ses paupières plissées de sommeil feint.
