“Tu me manques". Recensée de nombreuses fois dans ce qu’on a pu m’écrire, cette phrase comme un leitmotiv lancinant qui sonne faux à force d’être usité pour rien, invoqué vainement.
Nombre de fois versifiée, avec des contextes différemment tournés, plus ou moins soignés, enrobage brillant d’un sentiment factice.
D’habitude, je ne m’y attarde pas longuement, je lis ces trois mots avec le même intérêt suscité par ceux qui les ont précédés. On te fourre ça à la fin d’une lettre, griffonné à la va-vite et sans prêter attention à leur valeur. Parfois, cette petite phrase prend la tournure d’une supplication frivole pour se défaire de ses remords, censée tout arranger. Et j’y crois, à la magie qu’évoquent ces mots, alors qu’en fait, c’est simplement la prise de conscience passagère d’une rupture dans une relation, seulement ça, aucune vertu cicatrisante.
Je te les cracherais bien à la gueule, ces trois mots, te les éructer sans la minauderie que tu emploies, pour te montrer l’énormité du mensonge dont tu affubles ces mots, en te regardant bien dans le blanc des yeux, accompagnant la parole d’un bon coup de couteau dans le dos pour que tu comprennes peut-être la douleur liée au manque.
Une seule fois, quelqu’un m’a dit “tu me manques” avec sincérité, je crois. Et à vrai dire, ça fait aussi mal.
