Hier soir, j'avais des phrases en tête pendant que je pleurais, je pensais à des expressions solennelles comme l'historique des sables mouvants et qui ne veulent rien dire.
Peut-être le manque de sommeil depuis dimanche, le cycle menstruel, toujours est-il qu'en pleine rue hier soir, avec Sioux au bout de la laisse, j'ai commencé à pleurer, je suis restée à l'orée de la crise le temps d'arriver à l'appartement. Ne pas se donner en spectacle, pauvre fille qui pleure en pleine rue.
Et, dans les faits, je ne saurais pas faire l'historique des sables mouvants. J'ai passé trois jours obnubilée par le chien, ses promenades, sa bouffe, j'ai occulté le reste. J'ai séché quelques heures de cours parce que le prof était narcoleptisant, j'ai fumé quatre cigarettes juste pour le style, à la fenêtre, et aussi hier soir parce que j'étais mal mal mal.
Ces trois derniers jours, j'ai mangé peu alors que pendant la quinzaine amnellvilloise j'enchaînais goulument les bons repas maternels et les gâteaux à la crème de la boulangerie.
Hier en début de soirée, quand je commençais à avoir ras-le-bol de relire des cours, M. m'a téléphoné. C'est très bête, je savais que mon moral commençait à chuter mais je n'aurais pas songé à prendre l'initiative de l'appeler. J'avais peur de fondre en larmes en lui parlant, le truc bateau à éviter. Surtout que je n'aurais pas pu lui expliquer le pourquoi du comment.
En rentrant de la promenade du soir, après les larmes intarissables et les sanglots baveux, mon père m'a téléphoné aussi. Il était tard pourtant. Il m'a demandé ce que je comptais manger ce week-end, comme s'il s'inquiétait à ce propos alors qu'il ne peut pas savoir que je n'ai presque rien mangé ces derniers jours. Il m'a dit que j'avais l'air taciturne, je lui ai confié mes craintes qu'un chien méchant non attaché saute sur Sioux un mauvais jour.
Je me souviens de mes rêves de cette nuit, il y avait un mail de X qui me disait à nouveau qu'il ne voulait plus de moi, qu'il n'avait plus besoin de moi. Alors, je souriais narquoisement en le lisant, je me disais "je m'en doutais, ce n'est pas grave, ce n'est rien" il fallait bien que ça revienne un jour alors qu'au fond j'avais envie de crever comme un vieux ballon pour ne plus être triste à ce point. C'est impressionnant comme les ressentis peuvent sembler réels dans les rêves parfois. Il y avait L. qui me montrait des photos de lui et moi, son grand-père en haut d'un escalier me regardant d'un air grave "dis-moi que ce n'est pas vrai, que tu n'as pas fait ça" et moi qui descendais l'escalier en lui souriant, le rassurant "mais non".
Alors ce matin, j'avais les paupières gonflées, la gueule de travers en me remémorant ces rêves et les pleurs d'hier soir. Je me suis levée prestement pour aller marcher dans les rues vidées avec mon chien, il n'y avait personne pour l'effrayer (il a peur des bus et des véhicules nettoyeurs de la ville, des affiches avec des visages humains, des gens qui crient et sifflent et de la foule en général).
