jeudi 8 mai 2008

21.

C'était une belle journée chaude comme celle d'aujourd'hui. Je m'en souviens avec beaucoup de détails. J'étais heureuse, pleinement satisfaite de moi-même : avoir enfin réussi ce concours!
Je suis montée à la fac nimbée de ma victoire pour vérifier les classements officiels au tableau d'affichage, L. m'accompagnant. Je me souviens de son mi-sourire après avoir fini ma conversation téléphonique avec Cl., il n'a pas éclaté de joie, alors que j'avais envie de crier tellement j'étais contente. Mais en inversant les rôles, si j'avais été dans l'attente de mes propres résultats, sachant que lui avait vaillamment réussi son concours, aurais-je su exploser de joie pour lui? Est-ce dans mon tempérament, l'empathie débordante?
Il était probablement trop tiède pour moi, je ne vois plus ça comme explication globale au trait tiré il y a quatre mois maintenant.

Je repensais au soir où il est venu chez moi, quand je suis revenue à N. après les vacances de décembre, quand je n'avais plus envie de lui, après avoir remué dans ma tête tout ce qui me déplaisait chez lui pendant de longues heures, à me demander si je pourrais encore continuer, si ce serait mieux avec ou sans lui?
J'étais dans mon bain, c'était ma période "tout est prétexte à un bon bain", il s'est assis à côté de la baignoire, m'a regardée avec son fameux mi-sourire encore une fois, et m'a demandé s'il pouvait se joindre à moi. Ca été très difficile de cacher mon désarroi à ce moment-là, je suis nulle en compromis, je ne sais pas mentir facialement, je lui ai bégayé que je ne préférais pas, la baignoire étant trop étroite, tu comprends? Son mi-sourire a pris une teinte contrite, il avait peut-être compris à ce moment-là que je ne voulais déjà plus de lui, dans la baignoire ou autre part.

Il y a aussi eu le soir après la fin, après le restaurant italien partagé avec mon frère et Laura, la première soirée à quatre moins un, quand j'avais décidé de lui expliquer la deuxième partie de la raison qui a fait que. Il était venu chez moi après mon coup de fil larmoyant, il voulait que nous discutions face à face. Je pleurais encore à son arrivée, mais un peu moins fort, juste pour être sûre qu'il ne resterait plus de larmes coincées plus tard. Nous avons donc eu cette explication, c'était difficile à exprimer à voix haute mais ça s'est fait. Il est reparti sans dire au revoir. J'ai mis cinq minutes à trancher : j'avais besoin d'un bon bain.
J'ai laissé couler l'eau de haut, pour qu'elle glougloute bien fort, que ça annihile mes pensées comme qui dirait, pour que le bruit de petit torrent me berce. Ce doux son me fait souvent repenser à cette douche avec X, serrée contre lui, avec l'eau qui gargouillait en atterrissant dans le creux formé par nos deux corps collés.
Je n'ai entendu l'insistance de la sonnette que tard, la baignoire étant déjà bien remplie. Je suis sortie dégouttante pour lui ouvrir, à lui qui revenais sur ses pas pour une fois. J'ai laissé la porte de la salle de bain entrouverte, pour ne pas qu'il croie que je ne voulais plus lui parler (c'était souvent des "pour pas qu'il ne croie que" au lieu d'exprimer à voix haute ce que je pensais) mais lui n'a pas osé y pénétrer, il n'avait plus l'autorisation d'observer ma nudité, comme si la gêne pudique du début était revenue en quelques jours.

Je l'ai revu de très loin, tôt hier matin, en promenant le chien. J'ai tourné la tête et ai remarqué cette silhouette qui m'observait. J'ai mis un quart de seconde à le reconnaître, temps suffisant pour qu'il détourne le regard et se remette en chemin, dans la direction opposée à la mienne.

J'aime les ciels bleu limpide mais pas que le soleil tape contre les vitres et transforme mon petit appartement en chaudière. Puis, je repense à des instants, des impressions, des souvenirs tassés et j'ai un frisson qui descend le long de mon dos.