Les lys perdaient de leur poudre ocre sur mon jean pendant que je les tenais fermement dans mes mains à travers l’aluminium. Mon frère, d’une poésie sans pareille, me fait remarquer qu’après tout, les fleurs ne sont que des organes sexuels multicolores. Les arbres avançaient à une vitesse folle à travers nos vitres. Nous étions bien calés dans nos sièges par le mélange de lapin, avocat, saumon fumé et charlotte au chocolat qui s’entrelaçaient dans nos estomacs.
J’ai beaucoup dormi en deux jours, pas vraiment par fatigue, plutôt par paresse, sûrement mon matelas parfumé au somnifère, comme si le monde derrière mon oreiller était encore plus féérique que le spectacle du Moulin Rouge. Pourtant, je n’ai pas rêvé de strip-teaseuses, mais d’un cadavre en décomposition, un peu momifié sur le bord, traînant dans mon jardin. Allez savoir pourquoi. J’ai un bouquin qui fait traducteur de rêves, et je crois que c’est pas de bon augure.
Je dessine aussi des trucs bizarres, comme si mon porte-mine était le portemanteau de mes peines. Ca veut rien dire, mais c’est juste histoire de lier avec le préfixe “porte”. Et puis faites pas les fines bouches, c’est pas le moment! Je dessine des trucs très tristes, quoique annônés, toujours des silhouettes maigrichonnes et des visages souffreteux. Je me la joue fille en mal de vie, (pas confondre avec la Moldavie) le coeur en berne et la tête en peine.
Pourtant non, je ne vais pas si mal, avec mon bouquet de bites à la main.
