J’ai peur de laisser reposer trop de choses sur une seule personne. J’ai peur aussi de devoir m’en détacher prématurément, avant qu’il ne voit les marques que je lui laisse, car je n’aimerais pas qu’il les aperçoive. Il aurait sûrement peur, lui aussi.
Pourquoi je suis si déplacée, si mal en point, je ne sais pas. Je ne cherche pas vraiment, je ne bouge pas pour enlever le tas de poussière qui m’encombre les yeux. Parce que je me doute bien que rien de plus beau ne m’attend derrière. Je n’ai jamais vu l’absurdité de si près, la mienne, la leur, à celle de ces gens que je croise une fois ou quotidiennement, ceux-là qui traînent eux aussi leurs humeurs sur leurs visages. J’aimerais bien pouvoir être originale dans mon état, ne pas reprendre des choses que d’autres ont déjà connu, avoir une vision totalement nouvelle. Je sais bien que ma banalité empêche ses envies de grandeur de se voir réalisées. J’ai bien trop conscience de toute cette médiocrité, de toute la moyenne qui me constitue, moi comme un autre. J’aurais bien aimé avoir une existence hors du commun, même pas pour la balancer à la face émerveillée de ces petits mécréants qui n’y connaissent rien, juste pour avoir ce sentiment d’avoir réussi quelque chose de formidable, quelque chose qui me donnerait constamment envie d’avancer toujours un peu plus et un peu plus vite.
Il y a des gens, dans le temps, qui ont inventé la catharsis, pour libérer les spectateurs d’une pièce de théâtre de toutes leurs passions. Eh bien, je décrète que ces gens-là étaient des cons. On a besoin de nos sentiments les plus forts pour avoir envie de vivre, besoin de peines à abattre pour ressentir l’envie d’être meilleur et plein d’autres choses utopiques-à-la-noix.
Et là, j’ai l’impression d’avoir écouté avec trop d’attention ma prof de français de l’année dernière. Je me sens toute vide. Complètement vide.
