Encore sous l'emprise des trois verres en trop ingurgités sans réticence ce soir, je suis en mesure de mettre à plat quelques évènements.
Hier soir, encore quelques menus instants dans ce bar d'Amnellville, seul endroit où il peut se passer "quelque chose" dans cette ville. Je tourne la tête et ne peux pas éviter de voir Cédille, cette fille avec qui je me réconcilie tous les deux ans. Je lui tape une bise saugrenue, inappropriée, sa voix part en queue de poisson alors instinctivement je la prends dans mes bras. Je suis heureuse parce que je ne peux pas m'empêcher d'éprouver quelque chose en pensant à elle, malgré tout. On se parle quelques minutes, les autres à ma table ricanent, je leur rétorque "qu'ils ne peuvent pas comprendre". Je projette de la voir en tête-à-tête dimanche après-midi. Cette idée me replonge dans nos deux dernières entrevues, il y a quatre et trois ans, toujours dans ce même bar. On s'était raconté les épisodes de nos vies respectives qu'on avait ratés, espérant pouvoir tout reprendre ensuite. Je me doute que ça ne fonctionnera toujours pas cette fois-ci, mais ça me fait plaisir de la revoir, malgré tout. Elle ne m'a pas fait de mal directement, en y repensant, elle a juste changé, si vite et si radicalement que je n'ai pas eu le temps de me dire qu'elle restait mon amie, malgré tout.
Et puis, ces réminiscences de silences entre L. et moi demeurent, je ne m'y fais pas. J'arrive cependant à trouver la force de me dire qu'il n'est peut-être pas celui qui durera éternellement pour moi. Il y a certains côtés de sa personnalité qui me rebutent et je me doute que c'est la même chose pour lui.
Mais, si ce n'est lui, qui est-ce?
