mercredi 30 janvier 2008

ridicule petite sotte (Calimero du soir)

Je me remets à fumer des cigarettes à ma fenêtre le soir, comme à ma première année de fac, dans ma chambre ovoïde. Comme à cette époque, je regarde les gens en bas, jamais un ne relève la tête et ne me remarque, j'aime bien, je les observe passer furtivement dans la rue, il y a une femme abritée sous son parapluie alors que la neige a cessé de tomber depuis des heures. Quand j'allume ma cigarette, la lecture aléatoire choisit "Paper Bag" de Fiona Apple, pile à ce moment. Je chantonne n'importe quoi entre deux bouffées, et puis j'arrête parce qu'elle va trop vite, je n'ai plus le temps d'aspirer la fumée quand elle reprend sa respiration.
Je fume des cigarettes à ma fenêtre grande ouverte pour ne pas que ça sente le tabac froid ensuite. Il y a deux ans, j'allumais ces bâtonnets d'encens bon marché qui sentaient plus mauvais qu'autre chose pour ne pas que quelqu'un remarque l'odeur dans le couloir du foyer. Je m'asseyais sur le rebord de fenêtre, les jambes pendantes et je me sentais comme une héroïne de roman, comme dans un film où la fille fume toute seule en réfléchissant à des trucs forts. Je me voyais chuter du haut des trois étages, si jamais un faux mouvement me faisait perdre mon équilibre. Comme si j'allais être capable de sauter, je me sentais en pleine possession de mon existence, l'attrait de l'interdit et du sol plusieurs mètres plus bas me donnaient une impression de puissance.
Me remémorer ces souvenirs en ramène d'autres, diffus et non aboutis. Cette histoire de fumer à ma fenêtre ne rime à rien, j'ai la tête qui tourne ensuite et le goût âpre dans la bouche. Je fume pour me donner une contenance, comme si ça pouvait apporter quelque chose de plus à ma solitude de ces derniers jours.

Et j'allume la bougie sous mon brûle-parfum parce que je n'aime pas m'endormir dans cette odeur.

dimanche 27 janvier 2008

rebondissements malencontreux, comme des ricochets sur de la mélasse


Chaque jour, depuis bientôt un mois, je nourris mes espoirs avec ce que je trouve, avec les moyens du bord. Leur ration est très fluctuante, d'une minute à l'autre, ils peuvent se retrouvés décharnés, dépouillés, moribonds et puis, un mot, une phrase, une petite attention suffit à les faire repartir. Ils redémarrent alors sur les chapeaux de roues, très sûrs d'eux, l'horizon leur semble radieux, plus rien ne pourrait les arrêter.
Je souris à n'en plus finir, je rayonne, je me sens comblée et désespérement confiante. Parce qu'il s'agit bien de cela, d'un mélange âcre de joie intense et de doutes sans fond, comme un puits sur lequel on se penche précautionneusement pour tenter d'apercevoir l'eau noire. Souvent, maintenant, ils sont recouverts d'une grille pour ne pas risquer que quelqu'un y tombe, c'est un peu triste, on n'a même plus le droit de se sentir l'âme aventureuse pendant trois secondes, juste le temps de se pencher et de se relever, déçu généralement, parce que l'ombre engloutit et rend invisible la surface brillante de l'eau. J'ai très peur parfois de me retrouver de l'autre côté de la grille, enfermée dans le puits, sans échelle ni âme secourable pour m'en sortir.
Je prends sur moi, retire une partie de cette coque de fierté qui m'enserre, refais un premier pas pour savoir si j'ai encore de quoi nourrir mes foutus espoirs, si ce n'est pas ma propre bêtise qui m'éblouit au bout de l'horizon alors que je pensais que c'était une bonne étoile.

jeudi 24 janvier 2008

"Il n'est plus temps Madame, une autre a pris la place." Et elle s'évanouit.

On me dit souvent "il faut toujours t'arracher les vers du nez". C'est parce que je me dis qu'extérioriser mes pensées, la plupart du temps, ne me mènerait nulle part. J'emmagasine les moindres frustrations, m'assoie dessus et me dis que ça ne servirait à rien de s'y attarder. Les gens n'en ont rien à faire des mes petits malheurs, ils sont bien occupés à macérer dans les leurs, je ne veux pas qu'on prête une oreille distraite à tout ce que je mets si longtemps à faire sortir de ma tête. Je me persuade que je peux m'en sortir seule, que si la solution est quelque part, je la trouverais bien un jour par mes propres moyens, sans rien devoir à personne.

Alors quand j'annonce une décision radicale et définitive, sans avoir fait part auparavant du cheminement intellectuel emprunté, de tous les arguments et contre-arguments visités par ma conscience peu tranquille, on est étonné, on ne s'attendait pas à "ça". Mais il est déjà trop tard, ce n'est pas la peine de s'étaler dans des explications, des "attends, on peut reprendre là où ça a commencé à zigzaguer, tu ne peux pas faire ça". Si, évidemment que j'en suis capable. Malgré toutes les suppliques, les propos désespérés, l'indignation, l'incompréhension, la soumission, je ne reviendrai pas en arrière. Peut-être est-ce une fierté disproportionnée, la déraison, le déni qui m'aveuglent, peut-être. Mais je sais qu'au fond de moi, je resterai inflexible, j'ai trop tergiversé pour en arriver là, les questions ne se posent plus à cette heure-ci.
Cette soudaine certitude qui s'empare de moi aujourd'hui ne me fait même pas peur. Je sais ce que je veux, je n'en démordrais pas. Arrivera certainement le jour où je m'écroulerai tout à coup, mais d'ici-là, je ne flancherai pas.

dimanche 20 janvier 2008

broyeur

Il me dit : "ne fais comme pas avec C. et Lou, ne les déçois pas." Je suis interloquée, je n'ai jamais eu l'impression de les décevoir, je lui demande d'aller au bout de sa pensée. "Tu ne t'es jamais demandée pourquoi ils ne t'ont jamais proposé d'aller les voir à Reims? Je crois que tu les as profondément déçus." Oui, mais alors quand? Au Labo peut-être, quand je faisais ma petite chef à tout bout de champ, c'était il y a presque deux ans, j'ai changé depuis, je ne pensais pas qu'ils m'en avaient gardé rancoeur. Il est vrai que nous n'en avions jamais réellement parlés.
Depuis plusieurs années, je les considère comme des amis stables, en lesquels je peux avoir confiance, sans doute possible.

Cette petite phrase glissée dans la conversation me fait un mal de chien. Elle remet tout en cause, est-ce que j'ai raison d'être tant attachée à eux? Est-ce que cette amitié a jamais été réciproque? J'ai encore plus envie de m'enterrer six pieds sous terre après ça, il n'a pas l'air de s'apercevoir du coup de massue qu'il vient de me flanquer. Puis, je me souviens :

"Je sais maintenant que rien ne dure
Et que rien n'est éternel
Qu'il n'y a pas de fin plus heureuse
Et pas d'histoire plus belle
Que plus haut tu construis ton piédestal
Plus dure sera la chute
Plus haut tu places ton idéal
Plus vaine sera ta lutte
Je sais maintenant que rien n'est acquis
Et que rien ni personne n'est à moi
Que rien n'est constant que le changement
Que le temps passe comme l'eau entre mes doigts
Et que les doutes d'hier
Disparaissent au lendemain
Et que toutes les vérités du jour
S'évanouissent au matin"

[Stéphane Marchand]

Il reprend : "mais c'est hors-sujet, désolé, revenons-en à notre problème."
De mon côté, la solution est toute trouvée, tu peux me mépriser, je n'en ai cure.

samedi 19 janvier 2008

en bloc

Il n'y a pas d'explication plausible à donner à ma décision. Je le lui ai avoué, je ne sais pas le pourquoi de tout ça, ce qui s'est rompu en quelques semaines. J'ai mis de longues minutes à faire sortir la phrase de mes pensées, rendre les mots intelligibles et tangibles. Après une demi-heure, j'ai réussi à les murmurer en m'enfouissant dans l'oreiller, et puis, sur le balcon, après qu'il ait fini sa cigarette, c'est sorti. Parce que le silence devenait glauque et qu'il n'y avait pas d'autre issue possible.
Il a dû lire dans mes pensées et m'a demandé si je voulais qu'il me ramène à mon appartement. Une fois en bas de chez moi, il m'a proposé de me rendre mes clés, joignant le geste à la parole avant même que j'aie eu le temps d'ânonner un vague acquiescement.

Depuis trois jours, j'essaie de me remémorer tous nos bons moments, tout ce qui nous a unis pendant ces trois petites années. Je me souviens du bac, de la soirée où il s'est enfui quand la discussion le blessait, quand j'ai hurlé son nom, les pleurs de C. qui pensait avoir foiré ses épreuves, l'amour sur l'aire de jeux près de son ancienne école maternelle, les aveux sur ce qui me rendait triste parfois, ma première année universitaire où on ne se voyait quasiment pas, la deuxième première année de médecine, la détente un peu, nos appartements respectifs, les repas chez ses grands-parents, les quelques samedis après-midi en ville tous les deux, sa gentillesse et sa patience, cette troisième année tronquée.
Il y a aussi eu les froids récurrents quand je préférais passer du temps à Amnellville sans lui, l'ennui mortel parfois, la routine, le manque d'entrain, l'amour sans orgasme.
Ça ne devrait pas suffire pour prendre une telle décision, il m'a dit qu'il avait fait de son mieux, qu'il ne voyait pas ce que je pouvais lui reprocher. C'est cet ensemble un peu vide par endroits qui m'a poussée, c'est le fait que je ne peux pas faire semblant de l'aimer quand ce n'est plus lui qui occupe mes pensées. Je ne me sentais plus heureuse avec lui, j'aurais pu attendre que la crise passe, qu'il finisse son année de concours pour voir si le futur pouvait être plus intense. Il répond avec énervement que si nous ne sommes pas capables de surmonter l'épreuve aujourd'hui, ça ne pourra pas être mieux plus tard. "Dis-moi ce dont tu as réellement envie. Dis-le que tu n'as plus envie de continuer". Oui c'est ça, l'envie a disparu. Aussi stupide que cela puisse paraître, je n'ai pas envie de voir ce que l'avenir aurait pu nous réserver. Je ne me sens pas le courage d'arrondir les angles, de chercher plus loin que le bout de mon nez, je ne veux pas faire d'effort. Il conclut que je ne suis pas encore prête à m'investir dans une relation sérieuse, que je suis encore trop attachée à mes parents et qu'il faut que je fasse ma crise d'adolescence. "Je ne trouve pas sain que tes parents se reposent sur toi comme ça, j'ai l'impression que tu es la psy de la famille. Ce n'est pas à toi de gérer leurs problèmes. Pour toi, c'est clair, ce sont eux qui passent en premier. Pour moi, non, c'était toi. Et ça ne pourra jamais fonctionner de cette manière. Tu sais que je suis prêt à m'engager." Moi aussi, j'ai espéré ça pendant un temps, je lui faisais répéter qu'on serait toujours toujours ensemble, il me répondait qu'on ne peut pas en être sûr, mais je voulais qu'il me le dise, quitte à mentir. Je voulais être rassurée à tout prix, bêtement. Il me dit que je ne peux pas tout planifier, qu'il faut que j'arrête avec ça.

Je fais peut-être une grossière erreur mais pour le moment, je ne regrette pas mon choix.

[The Sunday Drivers - Little Heart Attacks]

mardi 15 janvier 2008

les faits, rien que les faits

Je suis dans un parc à la française, allongée, les yeux fermés. A côté de moi, Yann et sa petite amie sont assis en silence. Ils se lèvent, toujours en silence, passent à côté de moi et s'en vont. J'ouvre les yeux, les appelle, leur demande si finalement ils vont se baigner. Oui.

Je suis dans ma chambre à Amnellville et cherche avec fureur un maillot de bain. J'en trouve un moche. Entre temps, une fille (A.) allume mon ordinateur portable et se connecte sur sa session MSN. Je la laisse faire parce apparemment elle est invitée chez moi.

Je me dirige vers la piscine (celle de l'ancienne maison de L.) quand mon père m'interpelle. Je suis énervée parce que je veux absolument aller me baigner, c'était dans mes plans et je n'ai aucune envie d'en changer. Humeur caprice de petite conne. Je lui réponds d'un ton peu amène, il me rappelle que j'avais un service à lui rendre.
On se retrouve dans une sorte d'étable, des raies de lumières s'immiscent entre les planches mal jointes. Il ouvre une porte et attrape un moineau. "Ta mission est très simple, tu mets du scotch autour d'une de ses pattes et tu écris tes initiales et un numéro sur ce scotch." Il y a une centaine d'oiseaux piaillant et derrière une autre porte, des crocodiles qui claquent des dents avec cette sorte de sourire dont ils semblent constamment affublés. Mon père me dit que pour le moment, il n'a encore jamais eu aucun problème de cohabitation entre les deux espèces, aucun oiseau n'a été porté disparu. Ce sont des moineaux voyageurs, un commerce florissant d'après mon père, assez fier de lui.

Je scotche une dizaine d'oiseaux avec une sourde rancoeur au ventre, j'en ai assez d'être là, je perds mon temps, je veux aller me baigner. Après quelques minutes, je ne tiens plus, me lève et tape du pied. Je lui dis que j'en ai assez de faire ça, c'est pas marrant.

Nous sommes à Amnellville, il y a des invités, ma grand-mère entre autres. Mon père leur raconte ma mutinerie de l'après-midi. Tout le monde rit de moi, je n'aime pas ça du tout, leurs regards goguenards sont tous tournés vers moi. Je me lève et pars dans ma chambre. Je vois mon ordinateur avec deux messages MSN non lus, un de R. (le garçon qui m'avait larguée après trois jours en terminale) qui sort avec A. et d'un autre garçon qui était intéressée par A. Ca m'énerve au plus au point qu'elle reçoive des messages sur mon ordinateur, je me sens prête à exploser. J'entends ma grand-mère dans le couloir déblatérant sur ma personnalité foncièrement mauvaise. Les autres invités sont dehors, ils s'en vont, je vois leur voiture rouge flambant neuve en travers de la rue. Il est minuit à mon réveil flick-flack (redécouvert il y a peu dans un tiroir). Je me sens trahie par ma grand-mère, je ne peux plus rester dans cette maison, il faut que je m'échappe au plus vite, c'est malsain ici. Je remplis deux sacs de toutes les affaires que je trouve et me demande intérieurement comment je vais pouvoir les porter sur tout le chemin qui m'attend (j'ai décidé de retourner à N. par tous les moyens, faisant fi de ma peur de l'auto-stop, la nuit noire et la solitude). J'ouvre la porte de la chambre, me trouve nez à nez avec mon père et sa mère, je leur explique avec défi et précipitamment que je ne peux plus rester ici, qu'il faut que je quitte cette maison. J'adresse une phrase à ma grand-mère qui me tourne le dos explicitement. Je retourne dans ma chambre quand elle me demande "au fait, tu vas quand à Paris?" je lui rétorque vertement que moi aussi je pourrais ignorer sa question, que son hypocrisie m'écœure.

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Je sanglote dans mon sommeil, me réveille à moitié, ouvre un oeil qui me confirme que je suis bien seule dans mon lit et décide donc de me laisser aller à pleurer tout mon soûl.

vendredi 11 janvier 2008

monologue

L'alcool triste, ce soir. Il faut dire qu'une bière suffit à me faire tourner la tête et je suis seule ce soir, qui plus est. D'habitude, j'aime bien ma solitude, elle ne me dérange pas, je n'en ai même pas conscience. Mais ce soir, précisément, elle me fait l'effet d'une claque, cinglante, sans appel. Il y a bien mon frère chez qui je pourrais toquer, trois étages à descendre, ce n'est pas vraiment compliqué.
Mais je n'en ai pas réellement envie, je me complais dans ma solitude aiguë de ce soir. Je trompe le temps en ouvrant un bouquin, en augmentant le son de la musique, en trottinant entre mes quatre murs. J'augmente le chauffage parce que le froid m'effraie. Je m'emmitoufle dans une couverture, j'aimerais me recroqueviller dans un sommeil réconfortant mais je ne suis pas fatiguée. Mes yeux sont grand ouverts et je n'ai rien pour les occuper. Je pourrais regarder un DVD, je pourrais essayer de me replonger dans mon livre mais je sais que ce n'est pas de ça dont j'ai besoin, au fond.
Je sais bien ce qui me réconforterait, me rendrait heureuse à en exploser mais il n'est pas là. Je suis à court de palliatifs à son absence, je ne peux qu'imaginer sa présence à mes côtés, sa chaleur, sa douceur, tout ce qui rend son absence si douloureuse. Je me sens d'humeur "minauderies rêveuses" mais personne n'est là pour éponger mes envies.

actrices

Ça faisait déjà quelques temps que j'avais remarqué ce film, surtout parce qu'il y avait Louis Garrel à l'affiche. Et je savais que c'était le genre de films qui blaserait L. alors j'avais songé pendant un temps à aller à une séance toute seule. Mais je n'ai finalement pas pu m'empêcher de lui proposer de m'accompagner.
Au fur et à mesure, j'ai adoré l'histoire, les personnages, leur douce folie, les coups d'éclats touchants de Marcelline. Je riais sous cape (je n'aime pas trop éclater de rire dans une salle de cinéma, je trouve ça excessif et j'ai l'impression d'enregistrer la bande-son des rires d'un sitcom bas de gamme) et souriais souvent, je passais un bon moment. C'était surprenant et loufoque, j'aime bien ça, c'est reposant et presque catharsisant. De mon point de vue, toujours.
En sortant de la salle, je ne voulais surtout pas partager mes impressions avec L. parce que je savais que ça ne lui avait pas plu. Je voulais garder mes sensations intactes en moi et ne pas entendre ses critiques acides qui pourrait altérer le petite bonheur que je venais de connaître. Mais il n'a pas pu s'empêcher de me les balancer en pleine figure pendant je me rétractais intérieurement, je me refermais pour ne plus l'écouter. Il a compris après quelques minutes et s'est tu.

C'était tout ce que je nous demandais. Du silence.

dimanche 6 janvier 2008

souvenir

Ce n'était pas clair dans ma tête, plutôt un sentiment diffus, je pensais qu'aucun mot n'aurait pu englober toute la complexité de ce que je ressentais à cette époque.

Assise sur le bord du lit de C. avec un café à proximité, je prends ma respiration et tente une explication. C. prend un air sérieux, ce qui n'est pas dans ses habitudes, il attend patiemment que je trouve les mots les moins faux. Je n'avais encore pas cherché à décrire la situation à quelqu'un d'extérieur mais je savais que C. me comprendrait quelque soit mon aveu.

Je prends une grande inspiration et me lance, comme ça, sans trop réfléchir.

"Je ne me vois pas sans lui, plus tard. Je ne conçois pas qu'un jour, je puisse ne plus avoir besoin de lui."

C'est en prononçant ces phrases que j'ai compris quel sentiment précis m'étreignait depuis des semaines. Ce n'était pas si compliqué finalement. C. a dû s'en rendre compte en même temps que moi mais a eu la présence d'esprit de ne rien dire, se contentant de garder les yeux dans le vague quelques instants.

jeudi 3 janvier 2008

après

"Alors, heureuse?" Tu dois bien te douter de la réponse, non? Je flotte dans un bonheur voluptueux depuis plusieurs jours, un bonheur inespéré depuis si longtemps. Le son de ta voix, dès les premières syllabes me ramènent tout de suite sur Terre, non, je ne rêve pas, tu es bien au bout du fil, après tant d'attente. J'avais écrit un truc sur l'attente insupportable que nous avions connu à nos premiers émois, il doit traîner dans un de mes tiroirs, je ne l'ai pas encore relu. Je sais que ce texte t'avait ému à l'époque, serais-je encore capable de te toucher à ce point aujourd'hui? Parce que c'est bien d'aujourd'hui dont il est question, je n'ai plus à m'immerger indéfiniment dans ce passé pour tenter d'y trouver un quelconque réconfort. Tu es de nouveau près de moi, dans mes pensées, dans mes sourires béats. Qui l'eût cru?

Je ferme les yeux quelques secondes quand tu me parles, je revois ton visage, précisément, sous tous les angles et dans toutes les positions imaginables. Je me souviens de cette plénitude qui m'envahissait en te regardant, en t'observant sans relâche pour ne jamais t'oublier. Je n'aurais jamais voulu que ça s'interrompe, mais je savais bien que je priais l'impossible. T'avoir à moi pendant plusieurs jours étaient déjà du domaine du rêve éveillé. J'avais tant espéré te revoir, recommencer quelque chose de neuf avec toi et à présent que tu m'en offres la possibilité, je ne sais pas par où commencer. Au début, je t'en ai voulu : pourquoi avoir attendu tout ce temps pour réapparaître? Pourquoi tu n'as pas eu le courage de me dire tout de suite que je te manquais? Comment croire après tant de bourrage de crâne que tu aies encore besoin de moi aujourd'hui?

Je referme un instant les paupières et je te pardonne instantanément. Ca valait la peine d'attendre, je t'assure.