C'est sûrement parce que nous sommes encore dans l'incipit de l'histoire que beaucoup de ses paroles et de ses gestes m'émeuvent. Par exemple : ces toutes petites roses anciennes coupées à mon intention avec des ciseaux d'écolier et ramenées jusqu'à Amnellville dans une boîte à savon, quand il me dit "tout ce que tu veux" de temps en à autre et que je ne suis pas obligée de lui narrer certaines choses. Mais je l'ai fait tout de même, dans une sorte de rituel de la confidence, je lui ai tout envoyé dans les tympans à moitié en chuchotant dans le train de retour de Paris vendredi dernier. Je l'ai prévenu du ridicule du récit, le côté mélodramatique forcé mais il m'a seulement prise dans ses bras en me faisant promettre de ne plus jamais recommencer. J'ai cru voir ses yeux rougir - mais ça devait être la fatigue - puis il a pris un air sévère et a dit qu'il devait verrouiller tout ça quelque part dans sa tête.
Il demande aussi "tu me pardonnes?" au lieu de conjuguer le verbe à l'impératif quand il commet une bévue de catégorie "manque d'élégance".
J'essaie de faire des efforts, de ne pas faire seulement selon mon bon vouloir et de penser un peu à lui avant d'engager quoi que ce soit. J'ai un peu hésité avant de lui proposer qu'on se retrouve à Paris pour une journée, je ne voulais pas lui faire miroiter l'idée avant d'être sûre de pouvoir tenir ma promesse.
Ça faisait longtemps que je n'avais pas eu comme objectif de rendre quelqu'un heureux. Et il me le rend plutôt bien.
Pourtant, je n'arrive pas à lui répondre autrement que par un sourire niais figé quand il me déclare à mots couverts ses sentiments qui prennent un peu plus racine chaque jour, d'où cette impression de sombrer encore et toujours dans l'égoïsme ou quelque chose d'approchant.
