Hier soir, M. m'a téléphoné, m'a raconté qu'elle avait acheté un guide pratique pour voir la vie en rose ou quelque chose d'approchant. Dedans, ils disaient qu'il faut bien être conscient que notre rectum n'est pas plus laid que nos oreilles. Bon, elle ne m'a pas donné le contexte parce qu'elle ne s'en souvenait pas mais c'est une information capitale à prendre en considération. Elle me dit qu'il ne faut pas trop rire non plus parce qu'elle essaie d'y croire à son bouquin. Ca me rappelle Maman qui en avait acheté un et qui avait écrit sur les dernières pages "suis-je malheureuse? heureuse? les deux?" alors je ne me moque pas.
Quand j'ai décroché, je lui ai demandé : "ça va?" et elle a évité de répondre pour aller directement au "et toi?" je connais ce genre de tactique puisque je l'utilise aussi alors j'ai reposé la question jusqu'à ce qu'elle avoue que ça n'avait pas été la joie pendant la journée mais qu'au moment où on parlait, ça allait mieux. Elle n'avait pas l'air de vouloir se confier alors j'ai laissé glisser.
Elle m'a redemandé si c'était ok pour le camping dans le Jura, je ne vois pas ce qui pourrait contrecarrer ce plan donc je lui ai confirmé ma présence. On demandera aussi à K. qui bosse aussi au labo l'été et qui est cinquième année de médecine. M. me dit qu'il faut qu'elle apprenne à allumer un feu de camp, je lui réponds que je sais entretenir un feu de cheminée, j'ai acquis la technique depuis le temps, mais qu'en allumer un sans la cheminée autour serait sûrement une autre affaire.
C'est amusant, l'été dernier, on se racontait nos vacances chacune de notre côté, elle, avec son coup arrangé par une copine à Marseille, qui s'étaient terminées sur une embrouille avec l'amie en question et moi avec L. C. et Lou qui ne s'étaient pas déroulées merveilleusement bien. Nous ne nous connaissions pas vraiment, elle m'avait l'air sympathique mais je me disais qu'elle ne me trouverait rien de bien intéressant puisque de dix ans sa cadette. Et finalement, cet été, nous sommes allées boire des verres après le boulot, on s'est raconté nos vies un peu, et du statut de "je suis avec une collègue" quand quelqu'un lui téléphonait en ma présence, je suis devenue "je suis avec une copine".
C'est aussi grâce à elle que je peux surveiller mon père quand il est au Labo, elle me raconte les vannes qu'elle lui envoie pour le décoincer un peu, il me les rapporte aussi à sa manière et ça me fait rire.
Cet après-midi, deux heures de cours avec celui que Cl. et moi surnommons affectueusement Papy. Lui aussi il m'a fait rire avec ses mimiques, son humour pour alléger les choses, sa sagesse inexprimée. J'aime bien les gens comme ça, qui ont des histoires à raconter, j'aime bien l'écouter nous expliquer la physiologie cardiaque, je comprends quand il dit que c'est "formidable" par moment, j'aimerais bien que tous les profs soient comme lui.
Ce week-end, je rentre à Amnellville avec mon frère et Laura, j'espère qu'il ne sera pas d'humeur petit con parce que je n'ai pas envie de perdre pied d'une manière ou d'une autre (comprendre : en lui arrachant les yeux ou en fondant en larmes devant tout le monde). Il ne comprend pas que ses remarques censées être comique au dixième degré ne font que me blesser et ne m'aident en aucun cas. C'est sa manière à lui de dire qu'il faut prendre les choses avec détachement, il me balance de grosses vacheries que je suis censée prendre avec le sourire.
