J'ai consulté le plan de métro comme on consulte un menu, comparé les différentes opportunités à ma portée, puis me suis décidée pour République puis Bastille.
Une fois dans la rame, je n'avais finalement plus très envie d'aller à Bastille, alors je suis descendue avant. Je suis ressortie de sous terre d'un pas empressé pour faire comme tous ces troglodytes à temps partiel qui accourent de toute part, en lice pour je ne sais quel marathon quotidien.
J'ai suivi une dame pour réussir à me décider de quel côté me tourner une fois de retour sur les grands trottoirs du jour.
C'était une grande artère, une longue avenue, je l'ai parcourue, sans oser m'aventurer dans une plus petite rue afférente. J'avais juste besoin de faire comme je l'avais prévu en me levant ce matin : marcher dans Paris, seule, sans but.
Finalement, quelques minutes plus tard, je suis redescendue dans une bouche de métro parce que cette grande avenue n'était pas si attrayante, aucune librairie ou autre boutique où tromper le temps. J'ai opté pour les Grands Boulevards cette fois, il m'a fallu un bon trajet pour l'atteindre, mais qu'importe, le métro était peu rempli et je pouvais m'occuper en revêtant ce masque d'inexpression toute parisienne, comme si moi aussi, j'étais une habituée de cette ligne, blasée par cette routine, n'espérant plus rien de neuf aujourd'hui non plus. Il ne faut pas croiser de regard, il faut agir comme si on était seul avec sa morosité.
Je me suis retrouvée à la terrasse chauffée d'un grand café, avec un Coca light, mes cigarettes et un bouquin fraîchement acquis, je me suis dit que j'étais bien là, seule avec mon diffuseur de musique dans les tympans, à regarder toutes ces silhouettes passer leur chemin. C'était exactement cet instant-là que j'avais souhaité rencontrer ce matin en me levant. Un instantané de vie parisienne lyophilisée.
J'avais l'impression de m'immiscer dans un quotidien qui ne m'appartenait pas, j'étais étrangère au tableau mais j'en savourais chaque note : le froid soleil du matin, les cigarettes et la caféine, la rue dans sa calme effervescence : tout ceci se déroule à l'identique, sans surprise tous les jours, mais ça m'émerveillait car ça ne m'appartenait pas. Je n'ai aucun souvenir à relier à ce café, aucune attache pouvant me retenir à ces lieux et pourtant, cette ville toute entière me fascine.
