Encore des journées muettes. Je me rends compte que je n'ai pas prononcé un mot depuis hier soir. J'ai tapé des mots sur mon clavier d'ordinateur et de téléphone, mais mon larynx n'a pas bougé.
Hier, j'ai parlé de l'insomnie à Cl. histoire de lui faire savoir à quel point je suis à plaindre. Elle m'a demandé si j'avais des soucis en ce moment, et là, non, je n'avais plus envie d'aller plus loin. Je n'ai pas envie de m'épancher, toujours pas. Ma voix est morne, atone, je n'arrive pas à cacher, à maquiller cette sensation de grand vide avec des intonations enjouées. Que pourrais-je bien lui expliquer par ailleurs? Elle me ferait les gros yeux comme Laura, si elle savait. Pour le coup, il m'a semblé avoir "profondément déçu" Laura en lui racontant mon histoire l'autre soir. Alors non, autant ne pas recommencer. Je préfère encore taper sur mon clavier pour ne rien dire, rester dans le flou et n'aboutir à rien.
J'aimerais bien trouver de nouveaux mots à enrouler, comme du sucre rose autour d'un bâton de barbe à papa. Je me contente d'écouter de la musique, ressasser les paroles en me disant que je pourrais bien citer tel ou tel refrain si bien tourné. Puisque tout a déjà été dit sur ce que je peux ressentir, comment pourrais-je recréer du neuf? Ma banalité éclate comme une évidence, elle annihile toute tentative lyrique, je sens poindre le ridicule dans la moindre phrase que je pourrais prononcer ou même penser. J'ai besoin d'être rassurée encore et toujours.
Je n'aime pas rester embourbée dans cet état léthargique pitoyable, c'est frustrant parce que si on y réfléchit bien, il n'y a presque rien qui cloche.
