Ceci m'aura permis de me remettre debout, de reprendre une existence comme je l'entendais depuis longtemps, mais que je remettais toujours au lendemain. Je me suis enfin replongée dans mes cours avec intérêt, j'avais des menus objectifs à rejoindre chaque jour et c'est de ça dont j'ai besoin, de petites prises assurées sur lesquelles m'appuyer le temps d'en trouver d'autres aussi sûres, mais plus haut.
Je n'ai pas pleuré, ça arrivera probablement dans les jours à venir, d'accord, mais aujourd'hui, les motifs sont insuffisants. Je continuerai d'écrire ici parce que ça m'est encore nécessaire, j'ai souvent tenté de fermer ce carnet parce que son contenu me paraissait saugrenu et surtout inutile mais il est encore trop tôt. J'aimerais pouvoir éviter les méandres du superflu, tracer ma route toute droite sans rien avoir à regretter.
Je ne veux plus avoir à me perdre dans le temps, il y a trop à faire, ce n'est pas à 20 ans que l'existence s'arrête. Tout ceci semble bien grandiloquent, c'est le genre de choses qu'on peut encore penser quand la naïveté ne nous a pas encore quittés.
Cet après-midi, le professeur de génétique nous a dit l'air de rien, sans emphase aucune, simplement comme un fait avéré dont il faut avoir conscience "je ne sais pas si vous le savez, mais vous allez faire le plus beau métier du monde". Et il a raison, il y a encore tant à apprendre, à vivre, tant d'autres chutes en latence que je ne vais pas m'apitoyer sur une histoire morte dans l'oeuf.
"Nous avons tous le potentiel de tomber mille fois amoureux dans notre vie. C'est facile. [...] Mails il y a des gens que vous aimez qui font autre chose ; ils définissent la manière dont vous classifiez ce à quoi l'amour est censé ressembler. Ce sont les personnes les plus importantes de votre vie, et vous rencontrerez peut-être quatre ou cinq personnes comme ça en l'espace de 80 ans. Mais il y a encore un autre niveau à tout ceci : il y a toujours une personne que vous aimez qui "devient" cette définition. Cela arrive généralement rétrospectivement, mais cela arrive toujours, à la longue. C'est la personne qui sans le savoir établit le modèle de ce que vous aimerez toujours chez les autres, même si certaines de ces qualités adorables sont autodestructrices et raisonnables. Vous vous souviendrez de conversations, avec cette personne, qui n'ont jamais eu lieu. Vous vous souviendrez de rendez-vous sexuels, avec cette personne, qui ne se sont en fait jamais techniquement produits. Et cela parce que l'individu qui incarne votre définition personnelle de l'amour n'existe pas réellement. La personne est réelle, les sentiments sont réels - mais vous créez le contexte. Et le contexte est tout. La personne qui définit votre définition de l'amour n'est pas différente, intrinsèquement, de toutes les autres. Et très souvent, c'est juste la personne que vous rencontrez la première fois que vous désirez très ardemment aimer quelqu'un. Mais cette personne gagne néanmoins. Elle gagne et vous perdez. Car pour le restant de vos jours, elle contrôlera ce que vous éprouvez pour tout le reste."
Chuck Klosterman, Je, la mort et le rock'n'roll
C'était une belle bulle d'utopie, je vais la faire éclater et trouver quelqu'un d'autre, un jour, qui méritera tout ces sentiments, sans que j'aie à craindre sa fuite prématurée. Ça pourra mettre du temps, j'en ai bien peur. Mais tant pis, je prends le risque.
