Chaque jour, depuis bientôt un mois, je nourris mes espoirs avec ce que je trouve, avec les moyens du bord. Leur ration est très fluctuante, d'une minute à l'autre, ils peuvent se retrouvés décharnés, dépouillés, moribonds et puis, un mot, une phrase, une petite attention suffit à les faire repartir. Ils redémarrent alors sur les chapeaux de roues, très sûrs d'eux, l'horizon leur semble radieux, plus rien ne pourrait les arrêter.
Je souris à n'en plus finir, je rayonne, je me sens comblée et désespérement confiante. Parce qu'il s'agit bien de cela, d'un mélange âcre de joie intense et de doutes sans fond, comme un puits sur lequel on se penche précautionneusement pour tenter d'apercevoir l'eau noire. Souvent, maintenant, ils sont recouverts d'une grille pour ne pas risquer que quelqu'un y tombe, c'est un peu triste, on n'a même plus le droit de se sentir l'âme aventureuse pendant trois secondes, juste le temps de se pencher et de se relever, déçu généralement, parce que l'ombre engloutit et rend invisible la surface brillante de l'eau. J'ai très peur parfois de me retrouver de l'autre côté de la grille, enfermée dans le puits, sans échelle ni âme secourable pour m'en sortir.
Je prends sur moi, retire une partie de cette coque de fierté qui m'enserre, refais un premier pas pour savoir si j'ai encore de quoi nourrir mes foutus espoirs, si ce n'est pas ma propre bêtise qui m'éblouit au bout de l'horizon alors que je pensais que c'était une bonne étoile.
