Le bus se précipite, comme on chute sans fin, les cahots de la route se transforment en vagues souples sous l'effet de la vitesse. J'ai l'impression d'être dans le chat-bus de Totoro. Les portes s'ouvrent quelques secondes, laissant pénétrer le froid et les quelques passagers - semblant être venus exprès pour retarder notre course - qui s'entrechoquent quand le bus redémarre de plus belle. J'ai l'impression d'être dans une péniche lancée à toute vitesse, voguant sur un courant houleux. Au dehors, il fait déjà nuit noire, j'appelle Laura pour la prévenir de mon arrivée imminente, j'entends son sourire quand je lui fais part de mes craintes de ne pas sortir entière de ce bus.
Finalement, j'en sors indemne, ce qui me permet de me diriger vers la fac de Lettres aux côtés de Laura, sous son joli parapluie transparent. On parle de nos journées respectives, de nos impressions sur La forêt de Mogari, visionné deux jours auparavant. Tout ceci en avançant d'un bon pas pour braver le froid cinglant. J'essaie de mémoriser le chemin qu'il faut emprunter pour aller jusqu'à la fac, bien que ce soit la troisième fois que je le parcours. Je ne pourrais pas toujours compter sur d'autres pour me guider.
Nous arrivons à destination, en avance, déjà un peu moins intimidées par ce qui nous attend. Les profs arrivent en retard, "ce sont des artistes, il ne faut pas l'oublier". Et voilà, le cours de théâtre commence.
Je ne vois pas les deux heures passées, je pourrais recommencer une nouvelle journée tout de suite tellement je me sens énergique en sortant. Mais voilà, le froid revient, après la chaleur moite de la salle, l'excitation retombe et j'irais bien dans mon lit finalement.
