Elle était d’une beauté accessoire, c’était comme si tous les tissus qui la recouvraient possédaient de minuscules bras qui interceptaient et attiraient tous les regards, peut-être à cause de leur couleur : rouge. Sa démarche avait quelque chose d’aérien et pourtant on entendait chacun de ses pas se résorber sur le sol. Un silence respectueux lui faisait face, on l’attendait.
Lorsqu’elle prit la parole, elle la fit roucouler dans sa gorge et les sons produits s’éternisaient sur les ‘r’ d’une manière charmante. Mais elle n’était pas sortie de la photo de l’affiche qui l’annonçait depuis des semaines pour faire vibrer ses cordes vocales, elle le savait bien alors elle se contenta d’une présentation succincte des œuvres et des compositeurs qu’elle allait interpréter.
Très vite, presque avec brusquerie, elle s’est assise devant le clavier, n’a pas pris la peine de fermer un instant les yeux pour dénicher la concentration derrière ses paupières closes et sans autre préambule, a articulé des notes les unes au-dessus des autres.
Après ce début, tout devient flou, les pièces se sont succédées, elles s’est relevée à plusieurs reprises, a quitté la salle quelques instants pour mieux revenir, et le manège s’est poursuivi pendant plus d’une heure. Le moment s’est étiré dans une ambiance calfeutrée, imperméable à l’usure du temps.
Ensuite, elle a remis sa veste de torero et s’en est allée par la petite porte.
