D’un pas qui se veut nonchalant, je me dirige vers la porte vitrée embuée de friture - la faute aux pattes grasses l’ayant poussé avant moi dans le sens inverse – j’ai déjà repéré son profil bas dans un coin de ce fast food nauséabond, point de rendez-vous des plus chics, je me l’accorde. Le réceptacle à boisson entre ses mains nerveusement tremblantes ne contient pas de ce délicieux café-lavasse, mais un Coca que je suppose mal approprié à la froidure aux tendances givrantes de l’en-dehors. Mais bon.
J’entrevois son genou gigotant nerveusement sous la table en formica, comme lors de notre dernière entrevue. Il se soulève d’un bond et fait valdinguer deux bises dans l’air à proximité de mes joues. J’arbore un sourire niais à but non lucratif et entretiens ce début de conversation du bout des doigts, les propos que nous échangeons étant fortement inspirés de nos parcours scolaires respectifs.
Lorsque sa paille tournevire et commence à broyer avec une insistance croissante les quelques glaçons ne cherchant qu’à fondre tranquillement dans le fond de son gobelet, je lui propose de changer de chaise et d’endroit par la même occasion.
Les murs rougis aux reflets brillants tout étudiés pour mettre en valeur les cadres de photos en noir et blanc, artistiquement relevées par un éclairage feutré, les barres du baby foot mises à mal par quelque brute du poignet, l’air saturé de nicotine, l’agglutinement des bedaines dégoulinantes au zinc et la touche finale : les minuscules bougies par ci par là. Voilà le tableau.
A nouveau, il faut remettre la machine à conversations en route. Au début, ce sont juste quelques temps morts qui s’immiscent de temps en temps, mais j’aime pas ça, les silences inopinés. Finalement, le vacarme musical haussant le ton bien insolemment et aussi le fait accompli : nous ne sommes pas doués pour deviser ainsi durant des heures.
D’un commun accord, nous laissons la non-conversation s’étirer en longueur, on peut même dire qu’elle se prélasse avec délectation, la garce, et se gausse ouvertement de nos manques d’assurance à tous les deux.
Avec ou sans bruits de bouche, les heures filent et c’est un peu gênés qu’on se quitte, les oreilles encore bourdonnantes du boucan qui pulse toujours derrière la baie vitrée, je ne sais pas d’où provient cet embarras mais la situation devient cafouilleuse et c’en est amusant.
Pas de scène d’adieux tragiques à signaler, dommage n’est-ce pas?
