jeudi 2 décembre 2004

le café de treize heures chez C.

Des feuilles de cours bariolées de rouge, la longueur du trait témoignant de l’indignation du professeur devant telle ou telle ineptie, des emballages dépouillés de leur biscuits par rangées de quatre, ça sent la peau de mandarine et l’écran de l’ordinateur montre une vue d’ensemble d’un stade de foot. Sur la pointe de mes chaussettes noires, je m’assure une prise au sol pour atteindre le petit carré intact où je pourrais poser ma carcasse, je m’avachis donc de tout mon long sur le moelleux de son édredon bleu, la nuque un peu plus haute que le reste en raison de son lit défait ou non-fait. Il répète trois fois en l’espace de cinq minutes qu’il est nécessaire de mettre de l’ordre dans son foutoir, et bordel où est passé ce classeur. Comme à chaque fois que je viens chez lui entre midi et deux, il verse de l’eau bouillante dans deux verres avec du café lyophilisé dans le fond, deux sucres pour lui, moins d’eau pour moi.
Il tourne en rond, soulève d’un air désespérément sceptique un boîte en carton et m’indique par un “ah” rassuré qu’il a enfin retrouvé l’objet de sa quête. Je ferme les yeux, j’aimerais me faire avaler par son matelas tant je suis fatiguée, Lou l’appelle, il répond de sa voix spécialement prévue à cet effet et décidément, ils sont terriblement mignons. Je me relève prestement, ça tangue, valse nauséeuse d’une durée approximative de quelques secondes. Il me dit “il serait peut-être temps d’y aller cocotte” et ça lui donne un air de proxénète mal appliqué. Le temps de lasser mes chaussures paquebot en laissant le plus de surface corporelle s’étaler sur le sol, je me relève enfin, et on est reparti.