Un peu plus d’un an que je raconte ma vie à un écran. Et j’ai la dérangeante sensation, que finalement, rien n’a vraiment changé depuis. Tous les personnages B sont loin maintenant, de nouveau. La scène se vide tout doucement. Bientôt, je n’aurais plus rien à raconter en me rapportant à d’autres, un peu comme au début de l’histoire. Mais ça ne me rend plus aussi triste, non, vraiment plus. J’en reviens toujours aux mêmes problèmes, mais avec d’autres remèdes que ce mal-être que je trimballe un peu, comme tout le monde, sans qu’il ne m’empêche d’être. Bref, on s’habitue.
Un peu plus de distance entre personnage B et moi, un peu de ma faute, un peu de la sienne, et voilà où on en est. Je ne m’en fais pas trop, ça reviendra sûrement un jour, toujours de cette manière un peu crispée, et je me dirais toujours que “c’était mieux avant” mais on n’y peut rien, c’est tout. Je ne peux que constater. Mais tout ce qu’on a vécu ensemble était réussi, y a pas à dire et je garde tout ça bien dans un creux de ma cervelle, par là. Je n’ai aucune nouvelle du personnage B’ depuis son deuxième coup de téléphone pour savoir si je voudrais partir chez son père avec elle. J’ai été aimable, tout en soulignant que j’ai beau ne pas avoir énormément d’amis, je ne vais pas venir en accourant quand ça arrange l’autre, alors que ce même autre n’a pas daigné passer du temps avec moi pendant plusieurs mois. Dans le langage courant, on dit “laisser tomber” et ça veut tout dire. Comme un poids encombrant, un caillou dans sa chaussure. Relations yo-yo qui te reviennent dans la gueule, juste quand tu as réussi à t’en défaire.
Ce qui est bien dans les vacances d’été, c’est que tu n’es plus obligé de voir tout un tas de têtes, de faire semblant d’être heureux de partager le même oxygène alors que t’aurais plutôt envie de leur dire de la fermer et de les balancer dans les airs loin loin comme Naru fait avec Keitarô et même qu’il fait “chting” dans le ciel bleu. Je me rends compte que quand je sors, comme hier après-midi, je ne suis qu’avec personnage A, et les autres, je ne les croise que très rapidement, le temps d’un salussava. “Je n’ai plus d’amis”, c’est ce que je me répète sans cesse, enfin, souvent. Ce à quoi, mon cher psychologue à domicile (mon père) me répond “s’ils ne sont plus là, c’est que ce n’était pas de véritables amis”. Alors voilà, ils ne sont plus là, et de longs monologues fermés s’annoncent. Enfin, peut-être pas. Je vais continuer ma vie par procuration avec tous mes ”écrans”. Mot ambivalent car il peut signifier “cacher quelque chose”, “empêcher de”. Ça s’trouve, derrière, c’est pas mieux.
