J’ai introduit un personnage un peu trop vite, je lui ai donné beaucoup d’importance dès le départ, alors qu’il n’y en avait pas lieu. Disons que c’était une personne que je considère comme un véritable ami, au sens le plus limpide du mot. Je pensais aussi que c’était totalement réciproque. Je ressentais pour lui le même sentiment que pour mon frère, et Dieu sait, enfin, je le sais même mieux, combien mon frère compte pour moi.
Hier, je lui ai dit tout ça, parce que ça me tracassait ces regards fuyants, ces absences de dialogue, ces sourires contrits pour éviter de me voir. Je lui ai dit combien il comptait, il était très étonné. Je me suis sentie triste après ça. Mon frère était dans ma chambre, il squattait ma chaîne et mon lit. J’ai fermé la porte, et puis je suis allée m’asseoir sur la chaise. Il m’a dit “qu’est-ce qui va pas? t’es toute…” en mimant une figure boudeuse. “Ben rien!” Il s’est levé et puis il m’a dévisagé, il a plaisanté, fait l’idiot, il m’a fait sourire. “Raconte”. Je lui ai expliqué en deux phrases, ce qui ne rendait pas compte de toute la gravité de la situation (!) il a dit “mais c’est pas grave, en plus, t’as les larmes aux yeux, ça en vaut pas la peine.” Non, il avait bien raison, ça n’en valait rien.
Je me suis montée à la tête en pensant que j’avais trouvé un ami, mais qui finalement s’est éloigné petit à petit, comme les autres.
Les mots ne sont jamais porteur de toute leur signification hors du papier.
